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Napoléon reçoit les clefs de Vienne à Schönbrunn, le 13 novembre 1805.
Anne Louis GIRODET DE ROUCY TRIOSON

© Photo RMN-Grand Palais
Napoléon devant Madrid, 3 décembre 1808.
Horace VERNET

© Photo RMN-Grand Palais

Les redditions

étude


Onglets Contexte, Analyse et Interprétation

Général invaincu depuis Toulon malgré quelques victoires douteuses comme Marengo, Napoléon grâce à ses talents militaires fut en mesure d’écraser les armées ennemies par d’habiles manœuvres d’encerclement. Les portes de nombreuses capitales étrangères lui furent ainsi ouvertes : Milan, Venise, Le Caire, puis Vienne, Berlin, Madrid et Moscou, qui fut son tombeau. Ces victoires militaires lui ont permis de conquérir et de conforter une légitimité politique devenue inséparable des armes.
Toutes ces villes ne tombèrent cependant pas facilement. Aux offensives grisantes du début de l’Empire, où la France a pu faire figure de libérateur, succèdent en effet des guerres n’ayant eu d’autre but que d’étendre la domination française. En Espagne en particulier, la population se souleva en 1808 contre l’occupant français, comme au Caire auparavant. Ces deux œuvres témoignent à leur manière de cette évolution.

Le tableau de Girodet

Grand peintre, très indépendant et d’un caractère taciturne, Girodet, élève de David, était mal à l’aise avec les commandes officielles. D’autant que, demeuré démocrate, il ne croyait guère en Napoléon à l’instar de son maître. Ce dont fait foi son célèbre tableau des Héros français accueillis dans le paradis d’Ossian (1800-1802, musée de Malmaison), rappel des compagnons d’armes de Bonaparte morts durant les guerres de la Révolution, et qui laissèrent ainsi le champ libre au Premier consul pour faire son coup d’Etat.

Ce malaise vis-à-vis de la peinture officielle se lit parfaitement dans ce tableau, qui fit partie d’une commande destinée à commémorer la campagne de 1805. L’œuvre se réduit à un simple face-à-face entre Napoléon et les dignitaires viennois qui, conduits par le prince de Seidenstetten et le comte Veterani, sont venus lui donner les clefs de la ville. A l’arrière-plan, on aperçoit la Gloriette et l’entrée du palais de Schönbrunn.
Après avoir fait prisonnière l’armée autrichienne à Ulm en octobre 1805 et repoussé les Russes en attendant la bataille d’Austerlitz le 2 décembre, Napoléon avança vers Vienne, déclarée ville ouverte. Le 14 novembre il pénétra dans la capitale de l’empire d’Autriche.
Sur ce tableau, les dignitaires ecclésiastiques, les militaires de la place de Vienne conduits par le général Bourgeois, et les officiers municipaux, dont le bourgmestre von Wohleben, présentent les clefs de la ville à Napoléon qu’entourent Murat, Bessières et Berthier, maréchaux le plus souvent représentés dans les peintures. Dans le fond apparaît cependant aussi le mamelouk Roustan, à côté du cheval de Napoléon. A l’humilité ou à la résignation des Autrichiens s’opposent les attitudes assurées et provocantes des Français.

Le tableau de Vernet

Les expressions relevées dans le tableau de Girodet sont plus exacerbées encore dans le tableau de Vernet. C’est aussi que le contexte politique était différent entre les Viennois ayant accepté la capitulation en raison de la défaite de leur armée, et la dure répression menée par Murat qui suivit l’insurrection du « Dos de Mayo » (2 mai 1808), si bien illustrée dans deux peintures de Goya (musée du Prado). L’Espagne entière s’étant soulevée et ses généraux ne parvenant pas à pacifier le pays (Dupont capitula à Baylen le 22 juin 1808), Napoléon se décida à mener une campagne qui lui permit d’entrer à Madrid le 4 décembre 1808. Entouré de Berthier et de généraux, Napoléon accuse d’un doigt indigné les généraux Morla et Fernando de la Vera, militaires de la place de Madrid, et les chefs des troupes populaires madrilènes, rendus responsables du soulèvement. Dans le tableau de Vernet, les attitudes de soumission des Espagnols sont outrancières – comme le fut cette guerre terrible –, mais c’est pour mieux accuser la propagande visant à grandir la puissance de Napoléon. Car c’est autour de la main de l’Empereur que tourne toute la composition. De cette « main de justice » dépend le sort des généraux espagnols.

Comparée au tableau de Girodet, l’œuvre de Vernet est beaucoup plus forte. Mais il est vrai que les Autrichiens, loyaux envers leur armée et n’ayant pas assisté à la déposition de leur souverain comme ce fut le cas en Espagne, ne s’étaient pas soulevés. L’insurrection des Tyroliens d’Andreas Höfer surviendra en 1809. De ce fait, à la composition calme de Girodet, toute de soumission retenue envers un souverain victorieux, s’oppose une composition dramatique, où Vernet multiplie les têtes d’expression de la tradition picturale classique, allant de la haine et de la rigidité à l’effroi qui se lisent sur les visages des Espagnols. Napoléon est certes entré dans Madrid, mais rien n’est perdu, car c’est le peuple en armes qui s’est insurgé contre l’occupant français. Le tableau de Vernet avait été exposé en 1810, deux ans après l’événement. Or la guérilla d’usure se poursuivait en Espagne. Le peintre avait exprimé des sentiments espagnols qui traduisaient l’irréductibilité de la lutte et sonnent comme une sorte de prémonition à l’issue de cette guerre farouche.

Auteur : Jérémie BENOÎT

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