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Le Roi des porcs (Planche n°4 de la série Le Musée des Horreurs).
Victor LENEPVEU

© Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Pascal Segrette
Le Traître (Planche n°6 de la série Le Musée des Horreurs).
Victor LENEPVEU

© Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Pascal Segrette

L'antisémitisme au cœur de l'Affaire Dreyfus

étude


Onglets Contexte, Analyse et Interprétation

L’Affaire Dreyfus, la cristallisation de la haine antisémite en France

Au moment de la réalisation de ces documents, la France est marquée depuis 1894 par l’Affaire Dreyfus. D’une simple accusation d’espionnage à l’encontre d’un capitaine de l’armée française, la situation a dégénéré en un scandale politique et judiciaire. En effet, lors de la condamnation à perpétuité de Dreyfus en 1895, peu de français doutent de sa culpabilité et de sa trahison aux profits de l’Allemagne. Dans le contexte de Revanche des années 1890, le souci de trouver le coupable est primordial. C’est à partir de 1896 et des révélations du lieutenant-colonel Picquart sur la culpabilité d’un autre officier, Esterhazy, que cette banale affaire d’espionnage va se muer en scandale, surtout après la décision du Conseil de Guerre de blanchir Esterhazy en 1898.
La société française se coupe en deux. La cause des Dreyfusards est portée en particulier par Emile Zola qui dans son célèbre article « J’accuse » du 13 janvier 1898 rend publique l’Affaire en médiatisant l’erreur judiciaire. De l’autre côté, les Antidreyfusards, dont les plumes portent les noms de Barres ou Maurras, s’arque boutent sur la culpabilité de Dreyfus. L’impossibilité pour une frange nationaliste de la population de reconnaître la faute des tribunaux militaires mais également de forts relents antisémites contre « le Juif Dreyfus » expliquent une position aussi intransigeante. Ces deux documents prennent racine dans ce contexte d’une France profondément divisée, où peu de monde parvient à se tenir à l’écart du débat. En 1900, la cause dreyfusarde tend à prendre le dessus puisque, après le second procès tenu à Rennes, Dreyfus est condamné à 10 ans d’emprisonnement mais se voit rapidement gracié par le président Loubet. Les Antidreyfusards comme l’auteur de ces documents, Victor Lenepveu continuent cependant à brocarder Dreyfus et ses soutiens tels Zola.

« Les monstres » qui soutiennent la cause de Dreyfus.

Ces documents appartiennent à une série de caricatures datant des années 1899/1900 et visant à prouver l’immoralité de la cause dreyfusarde. Cette collection s’intitule le Musée des Horreurs. Les planches n°4 et n°6 représentent respectivement Emile Zola et Alfred Dreyfus.
Ces dessins échappent aux représentations caricaturales classiques de l’époque car les visages des personnages ne sont absolument pas déformés et sont même d’une précision étonnante. L’auteur, Victor Lenepveu, désire que ses lecteurs identifient au premier regard les personnages. Cette véracité dans les portraits s’accompagne en revanche d’un dessin monstrueux des corps. Zola est assimilé à un porc tandis que Dreyfus l’est à un serpent. Il faut y voir l’influence de phénomènes très en vogue en Europe à l’époque puisqu’une dizaine d’années plutôt, en Angleterre, Joseph C. Merrick, autrement connu sous le nom d’Elephant Man, était un phénomène de foire, exposé contre rétribution. Lenepveu veut faire entrer les Dreyfusards dans un panthéon de monstres, le Musée des Horreurs.
Le dessin de Zola évoque une posture scatologique puisqu’il badigeonne de « caca » la carte de France et qu’il est assis, dans une auge, sur une pile de quelques uns de ses romans. La précision du dessin permet au lecteur de saisir le message : Zola n’écrit pas ses œuvres, il les produit d’une manière beaucoup moins noble… Ses textes peuvent même avoir une autre utilité que celle de la simple lecture. Sur la deuxième carte postale, Dreyfus est la tête principale d’un serpent. Cet animal représente dans la tradition chrétienne le pêché : il est donc un agent du malin, sa culpabilité malgré la grâce présidentielle ne fait aucun doute. Cette créature symbolise un danger multiple. Pour le combattre, il ne faut pas hésiter à employer la violence comme le suggère l’épée plantée dans sa queue. Cette arme évoque d’ailleurs le caractère chevaleresque voire médiéval, de la lutte antisémite.

La peur du complot, une base de l’antisémitisme

Dans les ouvrages antisémites, comme La France Juive de Drumont, les Juifs sont considérés comme apatrides. Ils sont donc potentiellement tous des traîtres. Le serpent a plusieurs têtes : Dreyfus n’est pas seul et un autre acte de trahison peut se répéter de la part du même ennemi. Le combat contre cette menace n’est pas terminé. Dans la référence mythologique à Héraclès et à l’Hydre de Lerne, toutes les têtes doivent tomber. Alfred Dreyfus, dont le visage est mis en avant sur ce dessin comme l’est celui d’un condamné sur le billot, a agi de manière concertée avec les « ennemis de la Nation » dont les Juifs sont le fer de lance.
Cette théorie du complot est également employée dans la planche n°4 puisque c’est avec du « caca international » que Zola souille la carte de la mère patrie. Le terme « international » prouve les influences néfastes de l’étranger. L’auteur sur la carte, illustre d’ailleurs le fort courant nationaliste et revanchard en mettant en relief l’Alsace perdue depuis 1871 et le Traité de Francfort. Le message est clair, c’est par la faute de traîtres comme Dreyfus ou Zola que la Nation a été affaiblie. Cet affaiblissement est territorial mais il est également intellectuel. Le choix des ouvrages dans l’auge du porc n’est pas innocent : la droite nationaliste et antisémite rejette les romans naturalistes comme l’Assommoir ou Germinal qui témoignent des difficiles conditions de vie de la classe ouvrière dans la société française issue de l’industrialisation.
Les deux hommes sont enfin perçus différemment : Dreyfus est juif, il est représenté comme un traître par fatalité car c’est une des caractéristiques de son peuple pour un antisémite de la fin du 19e siècle. En revanche, Zola, par son engagement dans l’Affaire et par ses ouvrages à caractère social qui peuvent justifier les revendications socialistes, a choisi de trahir sa patrie. La haine que les Antidreyfusards ressentent à son encontre n’en est que plus forte.

Auteur : Vincent DOUMERC

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