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Le petit Poucet [Illustration des Contes de Perrault].
Gustave DORE

© Photo RMN-Grand Palais - Bulloz
Le Chat botté [Illustration des Contes de Perrault].
Gustave DORE

© Photo RMN-Grand Palais - Bulloz

L'illustration du livre pour enfants : autour des Contes de Perrault

étude


Onglets Contexte, Analyse et Interprétation

Innovations dans la tradition du conte illustré

A l’origine, c’est-à-dire dès le XVIIe siècle, les vignettes possèdent seulement une fonction de frontispice introduisant chaque conte. L’illustration conquiert progressivement l’espace du conte. Jusqu’en 1840, l’illustration des contes de Perrault est fréquemment réduite à un frontispice et à une vignette par conte. Se transmet ainsi une imagerie merveilleuse restreinte, fortement inspirée par les dessins ornant la copie manuscrite de 1695, et gravés ensuite pour l’édition de 1697. De là nous viennent le Prince au chevet de la Belle au bois dormant assoupie, le petit Poucet tirant les bottes de l’Ogre, ou la dévoration de la grand-mère du Petit chaperon rouge par le loup.
Avec les éditions romantiques illustrées des contes de Perrault, l’unique image emblématique cède le pas aux nombreuses vignettes gravées sur bois et insérées dans le texte, offrant par là une lecture en images du conte. Ces images opèrent sur le registre de l’essentiel, dégageant les temps forts du texte.
Cette progression de l’image est, bien entendu, permise par un certain nombre d’innovations techniques, au premier rang desquelles nous trouvons la lithographie. Ce procédé, mis au point par Senefelder vers 1796, est maîtrisé et couramment utilisé à partir des années 1830.

Les Contes de Perrault vus par Gustave Doré

La plus célèbre des éditions des Contes de Perrault est sans doute celle parue en 1862 chez Hetzel, illustrée par Gustave Doré. L’ouvrage se présente sous la forme d’un volume inhabituellement grand (folio), et ne comporte pas de vignettes mais 40 grandes compositions en pleine page, proposant un regard neuf sur les contes et enrichissant ainsi considérablement l’iconographie de certains textes. Le Petit Poucet, relativement court, contient à lui seul 11 planches.
Les planches représentant le Petit Poucet semant des cailloux et le Chat botté appelant à l’aide dévoilent quelques caractéristiques du style de Doré. Toutes deux témoignent de l’esprit romantique des illustrations. Celui-ci se lit dans l’importance donnée au paysage et au décor, dans les effets théâtraux et emphatiques des gestes du Chat Botté, ou dans l’utilisation dramatique de la lumière, qui vient mettre en valeur les héros. La première image montre également un cadrage en plongée original et dynamique qui, associé à la pénétration des personnages dans la profondeur et au chemin sinueux, exprime la perte de points de repère et l’absorption des enfants dans l’univers dense et inquiétant de la forêt.

Fonctions de l’illustration

Le format monumental de l’ouvrage illustré par Doré, sa grande quantité d’illustrations, les décors et ambiances fouillés des images, tout concoure à donner aux textes de Perrault un statut égal aux plus grandes œuvres littéraires (Dante, Cervantès etc.). Cette légitimation des contes de fées se comprend dans un contexte où se développent des mouvements de type scientifique, lancés dans le sillage des frères Grimm (recherche des variantes, des filiations). L’engouement est tel que nous trouvons alors de nombreuses adaptations des contes au théâtre, au cirque, à l’opéra ou dans la publicité.
L’illustration possède une fonction ornementale, donnant aux livres un caractère luxueux, mais elle propose également une interprétation du texte. Le conte se présente comme un récit concis, au style allusif, sans détail dans les descriptions. L’économie dans l’écriture, l’enchaînement aride des actions et la sécheresse des descriptions, permettent à l’image de dépasser la paraphrase et d’enrichir le texte par des détails plus ou moins signifiants. Doré ne prend pas le parti de représenter la dimension merveilleuse du conte et ses êtres irréels. Par les cadrages, l’artiste sollicite les émotions du spectateur et l’invite à se projeter dans les images. Il donne à ses illustrations un caractère possible et, davantage dans l’esprit des frères Grimm que de Perrault, il met en valeur l’étrangeté, le drame et l’angoisse des situations.

Auteur : Cécile PICHON-BONIN

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