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Moine au bord de la mer.
Caspar David FRIEDRICH

© BPK, Berlin, Dist RMN-Grand Palais - Jörg P. Anders
Monument à la mémoire de Goethe.
Carl Gustav CARUS

© BPK, Berlin, Dist RMN-Grand Palais - Elke Walford
Ritterburg, château aux rochers.
Carl LESSING

© BPK, Berlin, Dist RMN-Grand Palais - Jörg P. Anders
La lecture du bréviaire, le soir.
Carl SPITZWEG

© Photo RMN-Grand Palais - Droits réservés

Retour à la nature

étude


Onglets Contexte, Analyse et Interprétation

« Celui qui créa terre et ciel est tout autour de moi » (Friedrich)

Le rêve d’un « retour à la nature », présent dès le XVIIIe siècle, conduit autour de 1800 à la revalorisation de la peinture de paysage, un genre alors jugé mineur dans la hiérarchie académique des sujets, où la figure humaine est censée couronner la création. En Allemagne, cette remise en question s’allie à une conception protestante du divin. Rompant avec l’approche des Lumières, supposée responsable d’un divorce entre l’homme moderne et la nature, les peintres de paysage entendent œuvrer à leur réconciliation. Ils traduisent un sentiment d’accord et de résonance entre l’homme et le monde, sur le mode non discursif des effets musicaux. À partir des années d’occupation napoléonienne (1806-1813), ces éléments prennent une coloration plus nationaliste. La nature devient le lieu de projection de l’identité allemande, avant que les dissensions confessionnelles et le retour des princes ne viennent faire éclater l’idéal d’unité du paysage romantique.

« La nature est […] un instrument de musique dont les sons, de nouveau, sont les touches de plus hautes cordes en nous » (Novalis)

Dans le Moine au bord de la mer de Friedrich, la disproportion entre la frêle silhouette et le paysage « nordique », réduit à trois bandes de couleur, l’effacement des voiliers originellement peints sur l’horizon et l’absence d’éléments dans les marges de la représentation, créent une impression de dilatation spatiale, d’infini, voire de menace. Ce sentiment du « sublime », théorisé à la fin du XVIIIe siècle par Kant, permet d’évoquer une grandeur divine proprement irreprésentable. « Le divin est partout, même dans le grain de sable », aurait affirmé Friedrich. La subjectivité de ce rapport est exprimée par la position et l’anonymat du personnage, qui forme un relais pour le spectateur tout en soutenant un des credo de l’artiste : « Ferme ton œil corporel afin de voir d’abord ton tableau avec l’œil de l’esprit. » Ce phénomène d’intériorisation de la nature émancipe le peintre d’une description précise des lieux au profit du sentiment qu’ils font naître. Dans le Monument à Goethe, Carus combine en un paysage irréel des roches, des végétaux et des phénomènes atmosphériques rigoureusement observés, selon la méthode poético-scientifique des recherches de Goethe sur la nature. L’instrument entouré d’anges symbolise la dimension musicale et harmonique de ce nouveau rapport au monde. Dans le Ritterburg de Lessing, le paysage est plus descriptif que chez ses aînés tout en conservant un caractère lyrique. Celui-ci s’exprime dans la manière organique dont le château médiéval imaginaire (issu de la lecture de Walter Scott) prolonge le paysage. Le point de vue et l’usage du contre-jour, la fragilité, mais aussi la pérennité de l’édifice font de l’œuvre une méditation sur le cours de l’histoire. La Lecture du bréviaire du Bavarois Spitzweg reprend les éléments romantiques pour en proposer une version satirique. Le personnage est placé dans un paysage pur (un village originellement à l’arrière-plan a été effacé), mais sa silhouette un peu grotesque, son costume de jeune séminariste catholique et les choux placés à l’avant-plan font plutôt obstacle à l’idéal de fusion. Spitzweg remet ainsi en tension la nature et la religion, l’origine et l’histoire, l’homme et le paysage.

Du paysage idéal au prosaïsme de la nature

Les quatre peintures témoignent de l’évolution du sentiment de la nature en Allemagne et des dissensions entre leurs auteurs. Alors que Friedrich est considéré comme le représentant du paysage métaphysique, son disciple Carus, également médecin et naturaliste, tend à partir des années 1820 à s’en distancier pour se tourner vers une restitution plus scientifique des configurations végétales et minérales. Ses Lettres sur la peinture de paysage (1815-1835) expriment encore son attachement à l’esthétique de Friedrich, mais aussi la crainte que le paysage subjectif du romantisme n’aboutisse à une forme d’opacité contraire à sa volonté d’alliance entre l’art et la science. Goethe, qui en écrit la préface et auquel Carus rend ici hommage, a lui-même tout autant contribué à la naissance du romantisme qu’il en a combattu les dérives subjectivistes et nationales dans un texte de 1817 écrit avec l’historien d’art Heinrich Meyer, « L’art néo-allemand, patriotico-religieux ». Défenseur d’un néoclassicisme européen, Goethe dénonce notamment dans le Cimetière d’un cloître sous la neige (1828-1830, Cologne, Wallraf-Richartz-Museul) de Lessing les aspirations d’une « jeunesse glacée » héritière de Friedrich. Lessing évolue toutefois lui aussi vers un mélange d’idéalisme et de réalisme. Le Ritterburg peut apparaître comme une œuvre de transition entre ses paysages romantiques, son nouveau souci d’observation du réel et son ralliement prochain à la peinture d’histoire nationale. Chez Spitzweg, l’idéal du « retour » à la nature des premiers romantiques, comme leur revendication d’une identité commune, montre ses limites dans une société biedermeier (petite-bourgeoise) désormais dominée par un individualisme et un sentimentalisme de convention.

Auteur : Julie RAMOS

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