Réunion des Musées Nationaux - Grand Palais
Ministère de la Culture

L'histoire par l'image de 1643 à 1945

Histoire de l'esclavage

En partenariat avec la Direction des Archives de France, L'Histoire par l'image a publié une série d'études portant sur l'Histoire de l'esclavage.


Guide des sources de la traite négrière

Guide des sources de la traite négrière, de l'esclavage et de leurs abolitions

Cet ouvrage, réalisé sous la houlette de la Direction des Archives de France, est destiné aux chercheurs et à tous ceux qui désirent mieux comprendre ce fait historique, sociologique et humain que fut l'esclavage.

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Les Européens et l’Afrique à la fin du XVIIIe siècle

Dans le dernier quart du XVIIIe siècle, le trafic de la traite des Noirs culmine à des chiffres jamais atteints : 80 045 captifs en moyenne sont transportés, chaque année, d’Afrique en Amérique et aux Antilles. L’économie de tous les pays européens est alors liée à ce commerce et presque tous pratiquent le transport négrier.

Ces intérêts européens considérables sont essentiellement économiques et commerciaux et non politiques. La présence des Européens, limitée aux côtes, se manifeste de trois façons : à terre par des forts et des comptoirs, et, en mer, par des bateaux qui viennent charger les captifs à la côte et dans les embouchures de quelques rivières.

A l’époque où s’enclenche la Révolution française, les récits de voyageurs, les cartes et les écrits de scientifiques ou d’administrateurs révèlent un désir nouveau de connaissance de l’intérieur de l’Afrique et de ses ressources. Dans ces régions nouvellement pénétrées, la pratique généralisée de l’esclavage est manifeste.

Des réseaux de marchands d’esclaves alimentent aussi une traite qui n’est pas destinée à l’Amérique par l’Atlantique mais aux pays orientaux, par la Méditerranée ou d’autres voies orientales. Ainsi, les itinéraires de traite à travers le Sahara, cartographiés par des Européens à partir de 1790, apparaissent comme bien établis, pour amener les captifs noirs vers les marchés du Maghreb et vers les ports d’Afrique du Nord, d’où ils sont envoyés au Proche et au Moyen Orient.

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Le mouvement abolitionniste et sa propagande

Le système esclavagiste pratiqué dans les colonies des Antilles et en Amérique est au XVIIIe siècle une réalité économiquement dominante dans laquelle tous les pays d’Europe sont impliqués. Le mouvement abolitionniste engage le combat, à partir de 1770, contre ce qui apparaît alors comme une institution solidement établie, efficace, fructueuse et donc tout à fait moderne. Les idées religieuses d’égalité entre les hommes lancées par les quakers des deux côtés de l’Atlantique, puis répandues par de nombreuses églises protestantes rejoignent le message universel des Lumières. De nombreuses sociétés anti-esclavagistes se développent, aux Etats-Unis comme en Angleterre.

Avec des moyens nouveaux et efficaces, les abolitionnistes anglais réussissent à mobiliser l’opinion populaire, organisent leur combat auprès des pouvoirs politiques au plan national comme international, diffusent des images fortes qui font appel non plus à la sensibilité mais à la conscience.

Les premières images abolitionnistes révèlent la nouveauté radicale de ce mouvement :

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La première abolition de l’esclavage du 16 pluviôse an II/4 février 1794

Proclamée à Saint-Domingue le 29 août 1793, l’abolition de l’esclavage est confirmée à Paris, le lendemain de l’arrivée des trois premiers députés de Saint-Domingue, par le décret du 16 pluviôse an II/4 février 1794. Il confère la qualité de citoyen français à tous les hommes, domiciliés dans la colonie, sans distinction de couleur; il affirme que ceux-ci jouiront des droits assurés par la Constitution. Implicitement, la traite est abolie. Quinze jours plus tard, le 30 pluviôse An II, une fête est organisée pour célébrer l’abolition à l’intérieur de la cathédrale Notre-Dame de Paris, transformée en temple de la Raison. Le député noir Belley y fait sensation. Son portrait par Girodet est célèbre mais la fin dramatique de ce militaire intègre est longtemps restée inconnue.

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Portraits d’esclaves

Dans l’univers esclavagiste, les esclaves apparaissent dans des tableaux de famille ou de petites scènes de genre destinées à donner une image de prospérité harmonieuse dans la plantation. Ils figurent aussi comme force de travail dans des scènes de production agricole ou industrielle. Avec le XIXe siècle, apparaissent des regards un peu différents sur les esclaves. En voici trois exemples :

L’habitation guyanaise ne peut fonctionner qu’avec les « noirs de pelle », employés au creusement et à l’entretien des canaux. Une aquarelle anonyme montre leur travail que la nature remet sans cesse en cause :

Lors d’une des premières expéditions ethnographiques, vers 1803, un jeune artiste formé dans l’atelier de David fait le portrait d’un esclave de l’Ile de France à l’origine incertaine :

Un industriel de la soie, en escale à Gorée, dessine un tisserand esclave en 1844 :

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Vision d'esclaves

Dans l’univers des exploitations coloniales, quelle perception les esclaves arrachés à l’Afrique ou nés aux îles pouvaient-ils avoir de leur vie et de leurs origines ? Ont-ils pu exprimer ce qu’ils ressentaient ? Quelle conscience gardaient-ils de leurs origines ?

Quelques œuvres, rares mais parfois accompagnés de récits documentés, permettent une approche du vécu personnel des esclaves : ce sont des scènes issues de contextes d’expression tolérés mais généralement incompris par les maîtres. L’analyse de ces images est complexe. Savoir qui les a faites, pour qui et à quel sujet, dans quel contexte est essentiel. Si l’on peut également discerner dans quelle pratique graphique, dans quel style, selon le goût artistique de quelle époque elles sont créées, les informations s’enrichissent. Ces analyses n'ont de sens et de validité que si elles sont pratiquées avec cohérence et avec un sens aiguisé de l'observation.

Si la danse est admise comme mode de distraction, elle révèle des conceptions bien différentes :

En 1837, existe à la Jamaïque, une forme de carnaval pratiquée par des esclaves depuis plusieurs décennies :

A la Guyane, un artiste voyageur découvre en 1831 une fascinante scène rituelle :

Les esclaves africains ont toujours réussi à reconstituer des rites communautaires auxquels ils s’adonnent plus ou moins clandestinement. Le culte vaudou qui émerge rapidement en Haïti est une des principales manifestations de résistance identitaire.

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Le rétablissement de l’esclavage en 1802

Au tournant du XIXe siècle, le statut des Noirs représente un enjeu économique et politique. L’abolition de l’esclavage, décrétée le 4 février 1794, par la Convention n’a pas été suivie d’une pleine application, du fait de la guerre ou de l’opposition des colons. Lors de l’accalmie entre la France et les pays d’Europe coalisés, la traite des Noirs reprend dans l’Atlantique et l’opinion s’interroge sur les différences raciales. Le Portrait d’une négresse nous révèle avec une acuité exceptionnelle comment Marie-Guilhelmine Benoist, a perçu l’importance du sexe, de la race et de la classe sociale à l’époque de l’entrée de la France dans la modernité :

Peu de colonies avaient connu l’abolition mais elle avait été effective en Guyane. Son rétablissement par Bonaparte en 1802, signifie pour 10 000 personnes (86% de la population) qui ont expérimenté la liberté et la citoyenneté pendant huit ans, le déni de leur humanité et la réduction de leur statut à celui de « biens meubles ». Les « affranchis et libres de couleur », soit près de 500 anciens esclaves (4% de la population) ayant bénéficié de mesure individuelle avant même la Révolution, voient aussi leur statut remis en cause :

L’opinion du Premier Consul Bonaparte est déterminante pour le rétablissement de l’esclavage ; dès le 31 octobre 1801, il annonce ses instructions : « On doit désarmer tous les nègres, de quelque parti qu’ils soient et les remettre à la culture ». Pour relire les Instructions secrètes de Bonaparte pour l’expédition à Saint-Domingue, relatives aux Noirs et à leur chef, voir le dossier de l’une des premières victimes :

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Les révoltes des esclaves

La fuite hors des espaces contrôlés par les maîtres, appelée marronnage, est une forme universelle de résistance à l’esclavage. En Guyane française comme hollandaise, elle est facilitée par la géographie qui fait voisiner les habitations, vastes exploitations agricoles où se concentre la main d’œuvre servile, avec l’univers, alors infini, de la forêt amazonienne.

Les fugues brèves sont tolérées par les maîtres mais lorsque les esclaves se constituent en bande pour fuir les plantations, créer de petites sociétés indépendantes et lutter contre la répression qui s’abat sur eux, les colons, organisés en milice, prennent les armes. Car le « grand marronnage » en s’opposant au système esclavagiste menace l’existence même de la colonie.

Le graveur, peintre et poète anglais, William Blake qui est un partisan convaincu de l’abolition de l’esclavage, est profondément marqué par les tensions politiques et sociales décrites par le capitaine Stedman, dans son récit de la guerre menée contre les esclaves marrons révoltés en Guyane hollandaise. Les célèbres illustrations qu’il grave pour ce livre donnent à voir cette réalité avec une modernité déroutante. Elles s’inscrivent dans un cri de révolte contre toute forme d’aliénation.

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La traite des Noirs

L’achat des captifs au XVIIIe siècle, dans la région du Congo

Un document d’archive très rare, le cahier du troc effectué par un navire négrier de Bordeaux, La Manette, entre juin et octobre 1790, du Sud au Nord de la « côte d’Angole », se recoupe avec le récit d’un ancien capitaine négrier, Louis Ohier de Grandpré. Celui-ci décrit et, de plus, dessine les courtiers africains et les conditions de négoce des esclaves à la même époque.

Par ce rapprochement, les acteurs de la traite prennent des noms et des visages, les lieux et les bâtiments où se pratique le négoce prennent une forme et l’on perçoit l’usage des marchandises troquées en Afrique, à la fin du XVIIIe siècle.

La répression de la traite illégale au large de l’Afrique, au XIXe siècle

Le passage de la pratique de la traite au XVIIIe siècle à sa mise hors la loi au XIXe siècle sur un plan international met plusieurs décennies avant de s’inscrire dans les faits en France.

Une caricature de Daumier sur la répression de la traite illégale est révélatrice des mentalités qui s’affrontent encore sur un tel objectif, au milieu du XIXe siècle, en France. La condamnation de la traite par la France, puis la répression des négriers par sa marine, se sont heurtées à des résistances fortes où les rivalités de politique intérieure et les relations avec l’Angleterre ont joué un rôle bien plus important que la prise en compte de la cause des Noirs. A travers des crises comme celle du « droit de visite », relayée par la presse, mûrit cependant dans le public la prise de conscience de l’universalité des droits de l’Homme.

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Le mouvement de la Négritude

Léon Gontran Damas publie en 1937 Pigments. Dans ce recueil de poèmes, il condamne avec virulence la compassion post-esclavagiste et la politique d’assimilation qui règne en France à cette époque. Cofondateur du Mouvement de la Négritude il défend l’idée que le monde noir a une pensée, un art, une parole qui lui sont propres.

La zone des « 50 pas géométriques » est une bande du littoral aux Antilles qui appartient au domaine public. C’est là que se développe une culture très forte de résistance et de marronnage, caractéristique des esclaves qui veulent s’émanciper.

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