L'Histoire par l'image 1789-1939

L'Histoire par l'image 1789-1939
Hors-série Napoléon Bonaparte
Réunion des musées nationaux en partenariat avec la Direction générale des patrimoines

Les artistes femmes au début du XIXe siècle

La mélancolie. La mélancolie.
Constance-Marie CHARPENTIER.
Autoportrait. Autoportrait.
Henriette LORIMIER.
Le maréchal Lannes. Le maréchal Lannes.
Julie VOLPIERE.
Armand-Louis de Gontaut, duc de Biron, général en chef de l'armée du Rhin, vers 1792. Armand-Louis de Gontaut, duc de Biron, général en chef de l'armée du Rhin, vers 1792.
Cornélie Louise REVEST.
La mélancolie.

© Photo RMN - Droits réservés

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Titre : La mélancolie.

Auteur : Constance-Marie CHARPENTIER (1767-1849)
Date de création : 1801
Dimensions : Hauteur 130 cm - Largeur 165 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Lieu de Conservation : Musée de Picardie (Amiens) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 74-001184

Autoportrait.

© Photo RMN - T. de Girval

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Titre : Autoportrait.

Auteur : Henriette LORIMIER (1775-1854)
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Vers1805.
Lieu de Conservation : Musée Magnin (Dijon) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 95-000559 / 1938F498

Le maréchal Lannes.

© Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN - Photo musée de l'Armée

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Titre : Le maréchal Lannes.

Auteur : Julie VOLPIERE (1790-1842)
Date de création : 1834
Dimensions : Hauteur 74 cm - Largeur 59 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Copie en buste d'après le portrait en pied de Lannes par François Antoine Gérard (1760-1843)
Lieu de Conservation : Musée de l'Armée (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 06-528021 / 10 ; Ea 131

Armand-Louis de Gontaut, duc de Biron, général en chef de l'armée du Rhin, vers 1792.

© Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN - Photo musée de l'Armée

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Titre : Armand-Louis de Gontaut, duc de Biron, général en chef de l'armée du Rhin, vers 1792.

Auteur : Cornélie Louise REVEST (1795-1856)
Date de création : 1835
Dimensions : Hauteur 73 cm - Largeur 57 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Lieu de Conservation : Musée de l'Armée (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 06-512607 /6574 ; Ea29 ; MV1205 ; INV7468 ; LP1655


Contexte historique

Vers 1800, de plus en plus de femmes participent à la vie artistique française, mues par un sentiment commun d’acquérir un rôle en dehors de la position familiale et d’élargir le statut restreint voulu par une misogynie révolutionnaire. Malgré les volontés de certains personnages politiques tels que le marquis de Condorcet ou Olympe de Gouges, la Révolution ne donne pas de droits civiques substantiels à la femme et celle-ci n’est pas encore l’égale des hommes devant la loi, ni devant la société. Pourtant, à la fin du XVIIIe siècle, Mmes Vigée-Le Brun, Vallayer-Coster, Labille-Guiard en France avaient réussi à entrer dans certaines académies de peinture et avaient une indépendance ainsi qu’une gloire liée à leur nom propre et non à celui de leurs maris (ces trois femmes gardent leur nom de jeune fille auquel elles accolent celui de leur époux). Les artistes du début du XIXe siècle désirent marcher dans leurs pas afin d’exposer dans la sphère publique et non plus privée. Formées pour la plupart par les grands noms du classicisme antiquisant tels David ou Regnault, mais également par d’autres femmes telle que Adélaïde Labille-Guiard qui aime enseigner, elles occupent une place de plus en plus importante jusque dans les années 1820 : Constance Mayer, élève de Pierre Paul Prud’hon, fait partie de ces nouvelles femmes qui réussissent ainsi à se mesurer aux hommes. Elles sont toutefois bien souvent cantonnées aux genres dits mineurs, comme les natures mortes ou l’anecdote. Ces genres prisés par les amateurs leur apportent une aisance financière mais la peinture d’histoire, la plus noble, exclusivement réservée aux peintres masculins, leur est encore défendue pour cause de convenance : une femme ne peut pas représenter un nu héroïque. Le succès des genres dits mineurs pourrait en partie expliquer une plus grande visibilité des femmes peintres au début du XIXe siècle.


Analyse des images

Constance Charpentier est une des plus intéressantes femmes peintres au début du XIXe siècle. Elève entre autres de David et de François Gérard, elle est fortement inspirée par l’art sévère de la fin du XVIIIe siècle. La Mélancolie, présentée au Salon en 1801, figure une jeune femme de profil habillée à l’antique par un soir de pleine lune. L’attitude de la femme, dont les membres sont relâchés et les yeux perdus dans le vague, est typique de la représentation de ce sentiment au début du siècle et explique son succès lors de sa présentation au Salon. Au contraire de l’attitude passive de la femme représentée, Constance Charpentier n’hésite pas à se positionner en tant que peintre d’histoire et à se mesurer à la critique et aux hommes peintres, puisque la même année François-André Vincent, un des ténors du retour à l’antique, présente lui aussi une Mélancolie (1801, huile sur toile, musée du château de la Malmaison). Au contraire de Charpentier, Henriette Lorimier assume sa fonction de peintre de portraits et de genre anecdotique vers 1805. En effet, dans cet autoportrait conservé au musée Magnin à Dijon, l’artiste tient d’une main une palette et de l’autre du fusain. Elle s’impose au spectateur, dans un intérieur qui témoigne de sa réussite sociale. Elle porte une robe orangée en velours, montrant la mode française pour l’industrie nationale des tissus ; la taille, très haute, est soulignée par des médaillons dans le style antique, ce qui met en valeur la curiosité artistique de l’artiste mais également sa richesse. Avec dans ses mains les attributs de sa fonction, elle esquisse un autre de ses tableaux, la Chèvre nourricière, succès critique au Salon de 1804. Lorimier exploite le genre anecdotique et par cette toile démontre son statut à la manière d’autres autoportraits masculins. Dans les années 1830, l’âge d’or des femmes peintres du début du XIXe siècle est déjà révolu. Le chantier du musée historique de Versailles permet à certaines telles Cornélie Revest ou Julie-Louise Volpelière de continuer à exister par la copie. En effet, de petite renommée mais de talent respectable, elles présentent toutes les deux des portraits de gradés de l’Empire, d’après Georges Rouget pour la première et François Gérard pour la seconde. Dans le portrait du maréchal Lannes, Volpelière, élève de Sérangéli, met son talent à copier celui d’un autre. Il est facile de détecter la finesse de sa touche par le travail accompli. Cornélie Revest effectue une œuvre similaire. Camarade d’atelier de Mlle Volpelière, Revest effectue comme elle une copie pour Louis-Philippe. La fraîcheur de la touche laisse apparaître le talent de cette femme, qui tient elle-même un atelier pour femmes.


Interprétation

Les artistes du début du XIXe siècle, encore influencées par les libertés qu’avaient gagné leurs aînées, c’est-à-dire de pouvoir librement exposer aux Salons sans faire partie d’une académie ou d’une société des Arts, osent des œuvres mettant en avant leur statut de peintre d’histoire comme le fait Constance Charpentier ou illustrant leur succès tel Henriette Lorimier. Encore jugée dans un esprit hérité des Lumières, la femme artiste bien que souvent dépréciée par certains critiques, arrive jusque dans les années 1820 à maintenir une place visible sur la scène artistique. Bien qu’il ait été considéré de bon ton de s’intéresser à la peinture au début du XIXe siècle, la mentalité de la société après la Restauration restreint encore plus la femme à un cercle familial ; même si les femmes participent de plus en plus aux Salons, un enseignement amateur, des commandes de copies et des critiques acerbes empêchent les talents de pouvoir s’épanouir. La situation de Marie Guillemine Benoist est à ce sens un exemple de ce changement, puisqu’obligée de renoncer à son art par la position de haut fonctionnaire de son mari, celle-ci s’écrie : « Mais tant d’études, tant d’efforts, une vie de travail acharné, et après une longue période d’épreuves, enfin le succès ! Et puis voir soudain tout cela comme un objet de honte ! Je ne pouvais m’y résoudre. Mais tout est bien ainsi, n’en parlons plus ; je suis devenue raisonnable… ». Malgré un nombre croissant de femmes participant aux Salons dû aux pionnières, très peu de noms marquent les esprits et les femmes de la seconde moitié du XIXe siècle devront exiger un enseignement professionnel pour retrouver cet âge d’or du début du siècle.

Auteur : Saskia HANSELAAR


Bibliographie

  • Olivier BLANC, Portraits de femmes, Artistes et modèles à l’époque de Marie-Antoinette, Editions Didier Carpentier, Paris, 2006.
  • Linda NOCHLIN et Ann SUTHERLAND HARRIS, Femmes peintres 1550-1950, Edition originale 1976, Museum Associates of the Los Angeles County Museum of Art, edition française Des Femmes, 1981.
  • Abigail SOLOMON-GODEAU, Male Trouble : a representation in crisis, Londres, Thames and Hudson, 1997.

Mots-clés

femmes - néoclassicisme - portrait

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