© Photo RMN - H. Lewandowski
Titre : La République.
Auteur : Honoré DAUMIER (1808-1879)
Date de création : 1848
Date représentée : 1848
Dimensions : Hauteur 73 cm - Largeur 60 cm
Technique et autres indications : peinture à l'huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 87EE1/RF 1644
© Musée Ingres, Montauban - Cliché Roumagnac
Titre : La République.
Auteur : Armand CAMBON (1819-1885)
Date de création : 1848
Date représentée : 1848
Dimensions : Hauteur 73 cm - Largeur 53 cm
Technique et autres indications : peinture à l'huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée Ingres de Montauban (Montauban) ; site web
Contact copyright : Roumagnac, Photographe, 25 chemin des ramonets, 82 000 Montauban, Tél 05.63.63.31.33 / Fax : 05.63.03.37.57
Référence de l'image : 16.1.33
© Musée de la Poste-Paris
Titre : Timbre-poste, Cérès 1f vermillon.
Auteur : Jacques-Jean BARRE
Date de création : 1849
Date représentée : 1848
Lieu de Conservation : Musée de la Poste (Paris) ; site web
Contact copyright : Moïsette Auger, Médiathèque, 34 bd de Vaugirard, 75 731 Paris cedex 15, Tél : 01.42.79.24.16 / Fax : 01.42.79.24.00 ; site web
La Révolution de février 1848 entraîne un retour des républicains au pouvoir. Dès la fin du mois de mars, le gouvernement lance par voie de presse un « appel aux artistes » sous la forme d’un concours pour « la composition de la figure symbolique de la République française » ; dans le même temps, est ouvert un concours pour une figure sculptée de la République ainsi que pour la médaille commémorative de la Révolution de 1848 et de l’établissement de la République.
La République de Cambon se présente comme une allégorie somme toute classique, accompagnée de nombreux attributs. Elle brandit des mains serrées, symboles de concorde, au-dessus des tables de la Constitution, surmontées du triangle égalitaire. L’arc-en-ciel est un symbole de fraternité. La ruche, également symbole de fraternité et de travail, est complétée par la force du lion. Le drapeau tricolore permet d’identifier la République française.
La République de Daumier s’appuie également sur le drapeau tricolore. Le célèbre caricaturiste du Charivari, fait ici — et sans doute pour la première fois — œuvre de peintre. Cette République, forte femme aux seins lourds, sera souvent perçue par les contemporains comme une Charité. Le signe placé à droite en bas par l’artiste offre une clef interprétative supplémentaire. La double patte d’oie inscrite dans un cercle et trois points disposés en triangle appartiennent au vocabulaire compagnonique. La République occupe la même fonction que la Mère des compagnons : elle nourrit, abrite, protège et instruit ses enfants. L’esquisse de Daumier est classée onzième par le jury. Pourtant l’artiste ne réalisera pas le tableau en grand.
Le concours pour la figure symbolique de la République montre combien les républicains étaient conscients de l’importance de la question de la représentation du pouvoir d’Etat. La République, abstraite, impersonnelle et collégiale, devait s’incarner sous une forme visible pour mieux estomper le souvenir du roi. La plantation d’arbres de la liberté et le maintien du drapeau tricolore — aux dépens du rouge — montrent que le gouvernement souhaite agir vite tout en contrôlant l’émergence de symboles nouveaux. La procédure du concours, revendication des artistes, traduit également le passage dans le domaine artistique du principe d’égalité qui s’impose alors avec le suffrage universel dans le champ politique.
L’image symbolique devait s’imposer au sein d’une population encore bien peu républicaine. Elle devait être à la fois explicative et rassurante. Les républicains de 1848 — de Lamartine à Ledru-Rollin — ont le souci de faire triompher un régime qui puisse faire oublier le précédent républicain de la Terreur. Le gouvernement avait laissé toute liberté aux artistes. Pourtant, une circulaire de Ledru-Rollin, ministre de l’Intérieur chargé des Beaux-Arts, rappelle l’esprit que doit exprimer la République fraternelle de 1848 : « Votre composition doit réunir en une seule personne la Liberté, l’Egalité, la Fraternité. […] Gardez-vous aussi des airs trop belliqueux. Songez à la force morale avant tout. »
Le concours sera un échec. Le jury, réuni le 23 octobre, renonce à choisir parmi les vingt œuvres retenues. L’heure n’était plus à l’euphorie fraternelle : l’insurrection ouvrière de juin et sa répression étaient dans toutes les mémoires. L’histoire de l’art sera tout aussi sévère. La postérité ne retiendra que La République de Daumier dans son panthéon des chefs-d’œuvre. L’esquisse entre dans les collections nationales en 1906 et est conservée aujourd’hui au musée d’Orsay. En revanche, l’imagerie publique investit un nouveau support. Le premier timbre poste, émis le 1er janvier1849, donne à voir une République coiffée d’une couronne mariant les épis de blé, le raisin, et le laurier. Cette République bien sage sied parfaitement à un régime de plus en plus conservateur. Quant à la République au bonnet phrygien, elle demeure la propriété des républicains convaincus, dans l’opposition à partir de 1849 ; avant d’être pourchassés après le coup d’Etat du 2 décembre 1851.
Le retour de la république en 1870 permettra l’épanouissement de la symbolique républicaine. Marianne s’impose comme l’allégorie de la République, et bientôt de la France.
Auteur : Philippe POIRRIER
allégorie - Deuxième République - fraternité - Marianne - République - Révolution de 1848 - suffrage universel
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