© Photo RMN-Grand Palais - G. Blot
Titre : Jeu de balles indien.
Auteur : George CATLIN (1794-1872)
Lieu de Conservation : Musée national de la Coopération Franco-américaine (Blérancourt) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 03-010550 / LP6694
© BPK, Berlin, Dist RMN-Grand Palais - Gisela Oestreich
Titre : Indiens de la tribu Sauk.
Auteur : George CATLIN (1794-1872)
Date de création : 1854
Date représentée : 1854
Lieu de Conservation : Musée d'Ethnologie - Ethnologisches Museum (Berlin) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 04-507106 / IVB12922
Catlin et son œuvre
En 1828, George Catlin, peintre autodidacte qui s’était lancé dans une carrière de portraitiste pour la bourgeoisie américaine, conçoit le projet de réaliser une œuvre picturale entièrement dédiée aux Amérindiens dont il pressent la fin. Avec la conquête de l’Ouest, les Indiens des plaines sont en effet progressivement chassés de leurs terres et contraints de modifier leurs modes de vie. Entre 1831 et 1838, Catlin monte ainsi plusieurs expéditions afin de peindre sur place des toiles relatant leur vie quotidienne. Il rencontre une trentaine de tribus, peint environ 500 tableaux, dont 300 portraits, et recueille des objets traditionnels.
Les deux peintures Jeu de balles indien et Indiens de la tribu Sauk sont assez représentatives de l’œuvre amérindienne de Catlin : les scènes de genres dépeignent les activités ou les mœurs des Indiens d’Amérique dans leur cadre naturel tandis que les portraits se focalisent sur des individus précis pour montrer en détail les parures des Amérindiens, leurs vêtements, leurs peintures corporelles, leurs armes ou leurs bijoux. Chacune des deux œuvres assume un propos différent et possède en conséquence des caractéristiques distinctes.
Des documents ethnographiques
La première toile, représente un jeu de balle dans un paysage de collines typique des plaines américaines où vivent les Amérindiens. Au centre de la peinture, deux groupes semblent s’affronter en une mêlée confuse au pied de deux buts matérialisés par des poteaux de bois. Certains joueurs, au cœur de la mêlée, combattent au corps à corps, d’autres courent vers l’un des buts, d’autres encore observent le jeu en brandissant des bâtons. Des spectateurs sont massés autour du terrain et parmi ceux-ci, deux occidentaux à cheval, sans doute des membres de l’expédition de Catlin, si ce n’est l’auteur lui-même – une manière de prouver l’authenticité de l’œuvre peinte par un observateur direct. Très animée, cette toile est peinte avec une touche rapide selon un point de vue éloigné : il s’agit de montrer un moment de la vie des Indiens d’Amérique et l’environnement dans lequel il prend place – les plaines américaines, le campement disposé à flanc de colline et ses tentes dispersées.
La seconde peinture est un portrait de groupe où seul compte le rendu des personnages et de leur parure : une femme et deux hommes en habits d’apparat avec toutes leurs armes et leurs bijoux posent devant un paysage indistinct. Catlin adopte un cadrage serré et brosse rapidement le fond – vert pour le sol et bleu pour le ciel – à peine agrémenté de quelques coups de pinceaux pour rendre l’herbe ou les nuages. Les personnages manquent de vie : ils ont une position statique et ne communiquent pas entre eux, comme s’ils avaient été peints séparément et juxtaposés les uns à côté des autres par l’artiste. Ce dernier détaille en revanche avec précision les vêtements des Amérindiens, leurs peintures corporelles, leurs armes et leurs bijoux.
Catlin est en effet avant tout intéressé par l’aspect documentaire de ses toiles, il ne s’embarrasse pas de problèmes esthétiques – comment animer des personnages, rendre une sensation de perspective dans un paysage... Ses peintures sont des documents ethnographiques avant l’heure ; elles permettent d’appréhender la culture des Amérindiens à l’époque en décrivant leurs coutumes, leurs usages, leurs habits. Elles initient le second mouvement de découverte des autochtones américains, dont les modes de vie avaient déjà été étudiés par les jésuites au moment de la christianisation du pays : à sa suite, d’autres peintres, photographes et intellectuels poursuivront ce travail documentaire avant que les ethnologues ne prennent le relais au tournant du XXe siècle.
Le syndrome de Noé
À l’image de Noé et son arche, Catlin se sent investit d’une mission de sauvetage : il souhaite, grâce à ses peintures, garder la trace de la culture amérindienne avant sa disparition et la faire connaître aux Américains. Il s’attache donc à réaliser un musée itinérant afin d’exposer ses tableaux et les objets qu’il a collectés, allant jusqu’à engager une troupe d’Indiens d’Amérique pour animer son exposition. Au moyen de cette présentation publique, il espère trouver un acheteur pour sa collection, qui forme à ses yeux, un tout indissociable, les artefacts attestant de la véracité de ses toiles.
Devant le peu d’écho que rencontre son travail au États-Unis, aucun établissement ne désirant acheter sa collection, il se résout à présenter son exposition en Europe, et notamment à Paris en 1845 où elle marque toute une génération d’artistes romantiques attachés à questionner la conception traditionnelle de l’art. Dans une optique complètement différente, les romantiques français perçoivent dans le musée de Catlin la preuve de l’universalité de l’art et du sentiment esthétique, ce qui témoigne, dans une certaine mesure, de la réussite de son projet : il est parvenu à proposer une reconstitution suffisamment convaincante de la culture amérindienne pour que ses manifestations soient reconnues comme artistiques.
Son œuvre est en effet unique par sa cohérence et son envergure : non seulement Catlin va bien plus loin que la plupart des explorateurs de l’époque, partageant la vie des Amérindiens, mais il conçoit dès le départ le projet de témoigner de la culture des Indiens d’Amérique dans sa totalité, de former une collection indivisible qui révèle l’ensemble des traditions amérindiennes. L’homme s’identifie tellement à son œuvre et à sa mission que, lorsque criblé de dette, il vend son musée à un mécène en 1852, il s’efforce ensuite de reconstituer sa collection perdue en repeignant de mémoire ses toiles.
Auteur : Claire LE THOMAS