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Ministère de la Culture

L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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Miniature sur ivoire représentant Louis XVI et sa famille

© Centre historique des Archives nationales - Atelier de photographie

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Titre : Miniature sur ivoire représentant Louis XVI et sa famille

Date de création : 1789
Lieu de Conservation : Centre historique des Archives nationales (Paris) ; site web
Contact copyright : CARAN - service de reprographie, 60 rue des Francs-Bourgeois, 75141 Paris cedex 03 ; site web
Référence de l'image : AE/Via/53

Marie-Antoinette et ses enfants au pied d'un arbre. 1790

© Photo RMN-Grand Palais - M. Bellot

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Titre : Marie-Antoinette et ses enfants au pied d'un arbre. 1790

Auteur : François DUMONT (1751-1831)
Date de création : 1790
Date représentée : 1790
Lieu de Conservation : Musée du Louvre (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 88DE4324

Marie-Thérèse Charlotte, future duchesse d’Angoulême, dite Madame Royale.

© Photo RMN-Grand Palais - Reversement Kodak

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Titre : Marie-Thérèse Charlotte, future duchesse d’Angoulême, dite Madame Royale.

Date de création : 1795
Date représentée : 1795
Lieu de Conservation : Musée du Louvre (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 98BE7774

  Contexte historique

Un objet interdit et compromettant

Saisie sous la Terreur sur l'inculpé Charles-Simon Vanesson, ancien huissier à la grande chancellerie, cette miniature a été versée à son dossier comme pièce à conviction[1] . Le procès-verbal d'arrestation et de perquisition mentionne avec précision la découverte, « caché [sic] dans le fumier », d'une « tabatière d'écaille entouré [sic] d'un cercle d'acier autour d'un médaillon représentant Capet, sa femme et ses deux enfans [sic] ».

En dépit de sa médiocre qualité, cette petite peinture se rattache à l'art délicat de la miniature, qui atteint en France une qualité artistique exceptionnelle à partir de 1760. A côté d'artistes renommés comme François Dumont, auteur en 1790 du portrait miniature Marie-Antoinette et ses enfants au pied d'un arbre, il existe des ateliers de miniaturistes qui reproduisent en série des portraits ; ceux de la famille royale sont fort prisés. On utilise l'aquarelle, technique dont le principe est la transparence, exécutée avec une minutie particulière à partir de couleurs délayées à l'eau et à la gomme. En outre, comme pour cette pièce, les miniaturistes exécutent cette peinture transparente sur une mince plaque d'ivoire collée sur du carton, pour mieux rendre les tons de chair. Ces portraits en miniature sont souvent montés en bijou (bague, broche ou bracelet)[2] ou enchâssés dans le couvercle d'une boîte à mouches, d'une bonbonnière ou d'une tabatière, comme ici. Sous la Révolution, les royalistes s'efforcent de dissimuler et de conserver les petites effigies des souverains déchus, devenues compromettantes.

  Analyse des images

Une représentation de la famille royale contemporaine de la Révolution

La miniature des Archives nationales, dont le diamètre ne dépasse pas 5,8 cm, touche par l'impression de proximité que dégage chacun des membres de la famille royale, comme le ferait une photographie de nos jours. Exécutée entre juin 1789[3] et le 13 novembre 1793, date de la saisie, cette miniature semble être une copie ; on en connaît deux autres exemplaires, l'un au musée des Arts décoratifs de Bordeaux et l'autre au musée Carnavalet, à Paris[4] , qui semble le plus achevé, mais pourrait aussi n'être qu'une copie[5] .

Les quatre visages esquissés avec quelques traits bruns pour les profils, les sourcils et les yeux et un peu de carmin pour les lèvres, les nez et les oreilles, sont rendus avec précision, mais cette miniature, sans doute exécutée à la hâte, ne rend pas le modelé des visages. Les cheveux sont rehaussés de gouache grise, brune et noire, et les vêtements sommairement mis en couleur. La composition surprend par son manque d'unité : le roi et la reine sont figurés de profil, et les enfants de face. Cela pourrait s'expliquer si l'artiste l'avait réalisée après l'incarcération ou même la mort des souverains dans le but d'évoquer leur sort par un registre différent. Mais cette représentation ne vise ni à flatter le physique ni à idéaliser les souverains déchus. L'expression affable des quatre personnages, qui ont le coin des lèvres relevé par le même sourire, confère seulement à l'ensemble un accent serein et naïf.

Une véritable révérence s'exprime par la représentation de la croix de Saint-Louis et du cordon bleu de l'ordre du Saint-Esprit porté en écharpe par le roi et le dauphin. La coiffure de Marie-Antoinette, ornée de plumes, d'une aigrette et de perles montées en bijoux, reproduit maladroitement le raffinement d'autres portraits de la reine. Le petit dauphin, connu sous le nom de Louis XVII, semble chétif. Il mourra au Temple, le 8 juin 1795.

Les boucles poudrées de la jeune Marie-Thérèse Charlotte, future duchesse d'Angoulême dite Madame Royale, sont maintenues par un ruban assorti à la robe. La fille de Louis XVI a 14 ans lorsqu'elle est emprisonnée au Temple. Elle y reste seule après l'exécution de sa tante, Madame Elisabeth (10 mai 1794). Le Directoire se servira d'elle, à la fin de 1795, comme monnaie d'échange, pour libérer les commissaires de la Convention livrés par Dumouriez aux Autrichiens. Elle vit alors à Vienne puis suit son oncle Louis XVIII à Mittau, où elle épouse son cousin Louis-Antoine, duc d'Angoulême, fils du comte d'Artois (1799). Son portrait en miniature réalisé dans l'entourage de Füger Friedrich Heinrich, est empreint de gravité malgré sa jeunesse[6] .

  Interprétation

Le témoin d'un attachement à la famille royale

Toute représentation de la royauté est strictement interdite par la Révolution. Depuis le 10 août 1792, on enlève les statues royales des lieux publics. La Convention ordonne, en 1793, la destruction des tombeaux des rois à Saint-Denis, celle des portraits royaux et même la démolition de la galerie des rois à Notre-Dame de Paris[7] . Car toute image, si petite soit-elle, comporte une dangereuse puissance d'évocation. L'acharnement du régime révolutionnaire à détruire et à interdire toute représentation de la royauté et toute effigie d'un membre de la dynastie se prolonge bien au delà de la Terreur et s'explique comme une nécessité profonde, en vue d'assurer l'emprise des idées nouvelles.

En dépit de sa maladresse, cette miniature témoigne des sentiments d'attachement à la famille royale qui subsistent dans une partie de la population. Loin d'être anodine à la date de sa saisie, elle constitue un portrait récent des souverains morts et de leurs enfants vivants, parés d'attributs honnis de l'Ancien Régime.

Le maniérisme de la représentation restitue une atmosphère bien éloignée de l'époque révolutionnaire. Dans sa naïveté, cette miniature évoque un monde disparu. L'art de luxe auquel elle se rattache, qui intéresse une clientèle fortunée, sombre lui aussi, en grande partie, avec l'Ancien Régime.

Auteur : Luce-Marie ALBIGÈS


Notes

Cet homme de 75 ans fut arrêté chez lui, « rue Neuve-Saint-François n° 14 », le 23 brumaire an II (13 novembre 1793), et convaincu « d’avoir enfoui chez lui de l’argenterie, armoirie, des espèces d’or et d’argent et des portraits de Capet, de sa femme et de ses enfants ». D’après le dossier, Vanesson mourut à l’hospice du Tribunal révolutionnaire avant d’être appelé à comparaître, le 14 vendémiaire an III (5 octobre 1794).

Un autre exemplaire de cette miniature est muni d’un anneau de pendentif et d’un verre très épais faisant office de loupe (Bordeaux, musée des Arts décoratifs).

La miniature des Archives nationales est postérieure, comme celle de François Dumont conservée au Louvre, à la mort du fils aîné de Louis XVI et Marie-Antoinette, Louis-Joseph-Xavier-François, le premier dauphin, mort le 4 juin 1789, qui n’est pas représenté.

Musée des Arts décoratifs de Bordeaux. Collection Jeanvrot. Inv. 58.1.6151. Musée Carnavalet, Paris. Don de J. Pierpont-Morgan (1914).
Inv. OM3308.

La miniature de Carnavalet présente quelques variantes dans le rendu des visages ; le roi et sa fille portent des vêtements bleu foncé et non plus violets ; les bijoux ornant la coiffure de la reine sont moins nombreux.

La duchesse d’Angoulême vit ensuite à Varsovie et en Angleterre. Revenue en France avec la Restauration, elle connaît un nouvel exil en 1830 et meurt à Frohsdorf en 1851.

Il ne s'agissait pourtant que des rois de Judas de la Bible !


Bibliographie

  • L’Age d’or du petit portrait, catalogue de l'exposition, Paris, RMN, 1995.
  • Miniatures sur ivoire, inventaire des miniatures sur ivoire conservées au Cabinet des dessins, musée d'Orsay et musée du Louvre, Paris, RMN, 1994.
  • Morris SLAVIN,, The French Revolution in Miniature, Princeton, Princeton University Press, 1984.
  • Louis XVI et son image,, catalogue de l'exposition, Nîmes, Association Louis XVI, 1988.

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