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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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L’armée de Vichy recrute

Affiche de recrutement de l’armée de l’armistice - GENIE. Affiche de recrutement de l’armée de l’armistice - GENIE.
Affiche de recrutement de l’armée de l’armistice - ARTILLERIE. Affiche de recrutement de l’armée de l’armistice - ARTILLERIE.
Affiche de recrutement de l’armée de l’armistice - CAVALERIE. Affiche de recrutement de l’armée de l’armistice - CAVALERIE.
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Affiche de recrutement de l’armée de l’armistice - GENIE.

© Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Laurent Sully-Jaulmes

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Titre : Affiche de recrutement de l’armée de l’armistice - GENIE.

Date de création : 1941
Date représentée : 1941
Dimensions : Hauteur 78 cm - Largeur 59 cm
Technique et autres indications : Affiche papier (impression en quadrichromie)
Lieu de Conservation : Musée de l'Armée (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 08-528297 / 20657.1

Affiche de recrutement de l’armée de l’armistice - ARTILLERIE.

© Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Laurent Sully-Jaulmes

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Titre : Affiche de recrutement de l’armée de l’armistice - ARTILLERIE.

Date de création : 1941
Date représentée : 1941
Dimensions : Hauteur 78 cm - Largeur 59 cm
Technique et autres indications : Affiche papier (impression en quadrichromie)
Lieu de Conservation : Musée de l'Armée (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 08-528298 / 20657.2

Affiche de recrutement de l’armée de l’armistice - CAVALERIE.

© Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Laurent Sully-Jaulmes

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Titre : Affiche de recrutement de l’armée de l’armistice - CAVALERIE.

Date de création : 1941
Date représentée : 1941
Dimensions : Hauteur 77 cm - Largeur 58 cm
Technique et autres indications : Affiche papier (impression en quadrichromie)
Lieu de Conservation : Musée de l'Armée (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 08-528299 / 20657.1

  Contexte historique

L’« armée nouvelle » de Vichy

Aux termes de l’article 4 de la convention d’armistice signée avec l’Allemagne le 22 juin 1940, l’armée française est limitée aux « troupes nécessaires au maintien de l’ordre intérieur ». Concrètement, cela représente en métropole 100 000 hommes tenant garnison dans la zone non occupée. Dépourvue d’unités motorisées ou blindées, d’artillerie lourde et d’armes antichars, cette force militaire est incapable de participer à un conflit moderne. De juin à novembre 1940, Vichy démobilise l’essentiel des troupes qui n’ont pas été capturées en 1940 puis, en novembre, l’armée d’armistice est mise sur pied.

Hormis les officiers et sous-officiers, qui sont des militaires d’active, elle ne doit être constituée que d’engagés volontaires. Le service militaire, suspendu, est remplacé par une période de 8 mois dans les « Chantiers de jeunesse ». Or, le flux des engagements s’avérant insuffisant, Vichy maintient sous les drapeaux une partie des conscrits des classes 1938 et 1939, précédemment incorporés, tout en lançant parallèlement une grande campagne de recrutement. Les trois affiches, tirées d’un corpus qui en compte une dizaine, ont été éditées en 1941 par le ministère-secrétariat d’Etat à la Guerre et réalisées à Clermont-Ferrand (grande ville la plus proche de Vichy, siège du gouvernement de l’État français) par les soins de l’imprimerie Mont-Louis, sous l’égide de l’agence Sogno.

  Analyse des images

Une volonté d’afficher la modernité

Les trois affiches présentées ici concernent le génie, l’artillerie et la cavalerie. Elles sont organisées de façon analogue : un ou plusieurs soldats en tenue de campagne, croqués dans une attitude représentative de leur spécialité, se détachent sur un fond très sobre. L’accent est mis sur la technicité, excluant toute référence à l’exotisme qui caractérise l’affiche des unités coloniales. Le slogan « engagez-vous, rengagez-vous » signale le désir de recruter des soldats formés et expérimentés. Afin de ne pas affaiblir le message, les conditions d’âge et d’état-civil, les avantages financiers ainsi que les formalités à accomplir ne sont pas spécifiés sur l’affiche, mais regroupés dans un dépliant particulier, largement diffusé. Surtout, la volonté de rupture avec l’armée vaincue de 1940 se marque de façon explicite. Les soldats sont vêtus de l’uniforme de campagne défini en 1941 (pantalon dit « pantalon de golf », casque métallique à bourrelet de cuir initialement réservé aux troupes motorisées, brodequins et jambières de cuir. Il importe de susciter la meilleure image de « l’armée nouvelle », expression utilisée dans deux affiches. Celle du génie, qui vise à recruter des « techniciens », préfère utiliser la formule « arme des spécialistes ».

Chacune des trois affiches insiste sur les caractères particuliers de chaque arme. Celle du Génie met en avant un militaire du rang consultant ce qui semble être un plan. L’homme se détache sur l’image d’un pont en construction, traitée comme un « bleu », c’est-à-dire un document technique. Le rouge et le noir des caractères du mot « GÉNIE » correspondent aux couleurs traditionnelles de cette arme (comme le rappelle l’écusson de col du soldat). L’affiche pour l’artillerie fait également appel à la couleur de tradition, le rouge, présent dans une partie des caractères et dans l’écusson de col. La scène montre une pièce d’artillerie de campagne en batterie, prête à tirer, le caisson à munitions ouvert. Le chef de pièce, reconnaissable à son galon de manche, vient d’ordonner le feu. Le tireur (à droite) s’apprête à faire partir le coup tandis que le servant (à genoux) semble préparer l’obus suivant. L’action collective de l’équipe (plus nombreuse en réalité) est ici réduite à trois personnages pour symboliser le « cœur de métier ». L’orientation de la scène, qui met le spectateur à la place de l’officier commandant la batterie, renforce la puissance du message.

L’affiche pour la cavalerie s’appuie sur un double registre, que résume le slogan « Arme moderne et sportive ». Les trois soldats illustrent trois activités supposées attractives, équitation, moto et automitrailleuse. La tourelle blindée, au premier plan, et la posture du chef d’engin revêtu de sa traditionnelle veste de cuir, vise à renforcer l’idée de puissance associée à la mécanisation. Rien n’indique qu’il ne s’agit pas d’un char (dont l’armée d’armistice est dépourvue), mais d’une simple automitrailleuse, puisque la caisse de l’engin et son train de roulement ne sont pas représentés. Le bleu des caractères correspond à la couleur de tradition des hussards, c’est-à-dire de la cavalerie légère.

  Interprétation

Une réalité fortement embellie

Ces trois affiches s’efforcent de dépasser le paradoxe consistant à vouloir donner de l’armée d’armistice l’image d’un instrument moderne et efficace alors qu’elle est, en réalité, toute petite et totalement déclassée dans un conflit moderne, faute de motorisation suffisante.

L’image du génie, assez statique, est dépourvue de toute référence à un quelconque franchissement d’assaut, mettant en œuvre des unités motorisées caractéristiques de la guerre-éclair. De leur côté, les artilleurs utilisent un canon de 75 mm, calibre maximal autorisé par la convention d’armistice, qui a eu son heure de gloire au début de la Première Guerre mondiale, mais s’avère totalement dépassé en 1941. Enfin, la cavalerie, disposant de moins d’une centaine d’automitrailleuses pour appuyer ses escadrons à cheval ou à bicyclette, demeure totalement incapable de s’opposer efficacement aux unités motorisées ou blindées de la Wehrmacht.

Il est tout à fait compréhensible, dans ces conditions, que l’armée d’armistice attire peu de candidats, d’où le maintien des appelés. Dès lors, incapable de s’appuyer sur sa capacité militaire proprement dite, « l’armée nouvelle » s’efforce de dépasser l’obstacle que représente la faiblesse de ses moyens en mettant l’accent sur la formation morale, ce qui correspond par ailleurs à l’un des principaux axes idéologiques de l’État de Vichy. A cet effet, elle pratique de façon intense le sport, notamment l’athlétisme (mais non le vol à voile ou le parachutisme, interdits par la convention de juin 1940). Elle fait également preuve d’une très grande rigueur dans la tenue ou l’organisation de cérémonies. Finalement, cette armée est dissoute en novembre 1942, après l’invasion de la zone sud sans combats par les Allemands.

Auteur : Jean-François BRUN


Bibliographie

  • BACHELIER Christian, « L'armée française entre la victoire et la défaite », dans La France des années noires, tome 1, Paris, Éd. du Seuil, 1993.
  • CORVISIER André (dir.), Histoire militaire de la France, T. IV, De 1940 à nos jours, Paris, PUF, 1992.
  • DELPERRIÉ DE BAYAC Jacques, Le Royaume du Maréchal, Histoire de la zone libre, Paris, R. Laffont, 1975.
  • PAXTON Robert, L'Armée de Vichy - Le corps des officiers français 1940-1944, Paris, Tallandier, 2004.
  • SEREAU Raymond, L’Armée de l’armistice, 1940-1942, Paris, Nouvelles Editions latines, 1961.

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