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Jules GRANDJOUAN.
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Cheminots, syndiquez-vous.

© ADAGP, © Bibliothèque de documentation internationale contemporaine / Musée d'histoire contemporaine

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Titre : Cheminots, syndiquez-vous.

Auteur : Jules GRANDJOUAN (1875-1968)
Date de création : 1910
Lieu de Conservation : Musée d'histoire contemporaine / BDIC (Paris) ; site web
Contact copyright : ADAGP, 11, rue Berryer. 75008 Paris. Tél: 33+01-43-59-09-78 - Email : adagp@adagp.fr -Site web : www.adagp.fr / Bibliothèque de documentation internationale contemporaine, 6 Allée de l'Université, 92001 Nanterre Cedex, Tél.:33-(0)1.40.97.79.00 / Fax : 33-(0)1.40.97.79.40 ; site web

Public, apprends que chaque semaine les accidents de travail tuent trois des nôtres et en blessent quinze.

© ADAGP, © Bibliothèque de documentation internationale contemporaine / Musée d'histoire contemporaine

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Titre : Public, apprends que chaque semaine les accidents de travail tuent trois des nôtres et en blessent quinze.

Auteur : Jules GRANDJOUAN (1875-1968)
Date de création : 1910
Lieu de Conservation : Musée d'histoire contemporaine / BDIC (Paris) ; site web
Contact copyright : ADAGP, 11, rue Berryer. 75008 Paris. Tél: 33+01-43-59-09-78 - Email : adagp@adagp.fr -Site web : www.adagp.fr / Bibliothèque de documentation internationale contemporaine, 6 Allée de l'Université, 92001 Nanterre Cedex, Tél.:33-(0)1.40.97.79.00 / Fax : 33-(0)1.40.97.79.40 ; site web

Dans les chemins de fer.

© ADAGP, © Bibliothèque de documentation internationale contemporaine / Musée d'histoire contemporaine

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Titre : Dans les chemins de fer.

Auteur : Jules GRANDJOUAN (1875-1968)
Lieu de Conservation : Musée d'histoire contemporaine / BDIC (Paris) ; site web
Contact copyright : ADAGP, 11, rue Berryer. 75008 Paris. Tél: 33+01-43-59-09-78 - Email : adagp@adagp.fr -Site web : www.adagp.fr / Bibliothèque de documentation internationale contemporaine, 6 Allée de l'Université, 92001 Nanterre Cedex, Tél.:33-(0)1.40.97.79.00 / Fax : 33-(0)1.40.97.79.40 ; site web

  Contexte historique

Un syndicalisme révolutionnaire

Depuis la création de la Confédération générale du Travail, en 1895, le syndicalisme révolutionnaire se renforce en France : les grèves de secteur se multiplient, la répression étatique se fait également de plus en plus sévère, y compris quand d’anciens radicaux (Georges Clemenceau) ou des socialistes (Alexandre Millerand) occupent d’importants ministères. Lors du congrès d’Amiens, en 1906, les syndicalistes décident donc de conserver leur autonomie par rapport au tout nouveau parti socialiste (SFIO), fondé en 1905, et de mener la lutte par leurs propres moyens, parmi lesquels la grève générale. Témoin de cette radicalisation, la Fédération des mécaniciens et chauffeurs, réformiste, se rapproche des positions du Syndicat national des cheminots. A l’automne 1910, les deux syndicats exigent du gouvernement l’instauration d’un salaire minimum journalier de cinq francs et lancent la « grève de la thune » (thune désigne une pièce de cinq francs).

Jules Grandjouan (1875-1968), déjà fameux pour ses caricatures radicales et anticléricales publiées dans L’Assiette au beurre, proches des milieux libertaires et futur membre du parti communiste, soutient vigoureusement le mouvement en produisant pas moins de trois affiches.

  Analyse des images

Contre l’exploitation des cheminots : les gros et les maigres

La série de trois affiches oppose constamment les profiteurs et dirigeants, gros et gras, aux travailleurs exténués risquant leur vie pour un salaire de misère. Ce contraste structure la composition de Cheminots, syndiquez-vous. Sous un bandeau énonçant le commanditaire de l’affiche – le Syndicat national des cheminots, fédération de la CGT – et inscrivant le contexte ferroviaire (trains et panaches de fumée), une gare sépare nettement le monde en deux. A gauche de la Sainte Touche, gare de triage des salaires, de rares individus, baudruches jaunes gonflées d’or sous le haut-de-forme du capitaliste. A droite, masse de visages tristes sous la casquette uniforme, défile péniblement en gris le peuple cheminot des différents réseaux, avec leurs outils – symboles du travail manuel. Le message central, opposant en chiasme risquer et avoir, se traduit par les salaires indiqués en chiffres, mais aussi par la représentation au premier plan à droite d’une famille manifestement dans la misère.

Public…, tout en couleurs cette fois, s’adresse aux usagers du chemin de fer. La composition privilégie le dessin au centre, où s’accumule l’information visuelle, et laisse le message dans les bandeaux supérieur et inférieur où se il détache en lettres capitales rouges. Le thème des accidents du travail, chiffré par le texte, est illustré à droite par une procession de cheminot aux vêtements sombres transportant sur des civières leurs camarades, écrasée par la massive locomotive. La couleur noire de la locomotive souligne le ton funèbre de la scène. A gauche, deux élégants bourgeois en haut-de-forme et habits clairs, sourient d’un air entendu et finaud. Ils sont désignés du doigt par un ouvrier placé exactement au centre de la composition, et par les regards de plusieurs personnages de ce côté de l’image.

Dans les chemins de fer reprend des éléments des deux autres affiches : la litanie des métiers et des salaires de la première, la présence de la locomotive et des bourgeois de la seconde. La hiérarchie est inscrite dans l’espace de la représentation puisque les dirigeants des réseaux s’élèvent au-dessus de leurs employés, restés au niveau du sol sur le quai d’une gare qui n’est pas sans rappeler Saint-Lazare peinte par Monet ; les uns, assis, se reposent et engraissent ; les autres sont debout et travaillent. Une nouvelle fois, un slogan simple, jouant sur les mots, résume la pensée révolutionnaire du dessinateur. Sur le drapeau rouge du chef gare sont inscrites les initales du syndicat (SNTCF pour Syndicat national des travaileurs des Chemins de fer). Le cadre rouge en bas à droite contient un appel à une réunion à la Bourse du travail.

  Interprétation

Mobilisation et communication syndicale

La société industrielle, capitaliste, est présentée par Grandjouan sous un double visage : modernité des métiers et hiérarchie des salaires, dignité du producteur et indécence du profiteur. L’image du gros banquier de Daumier ou des gros chez le Zola du Ventre de Paris sert ici la cause de la lutte de classes : la direction des réseaux accapare les richesses qu’elle ne produit pas, dévore le travail et engraisse, domine de façon illégitime le peuple.

La grève des cheminots de 1910, orchestrée par le Syndicat national des chemins de fer et mise en images par Grandjouan, entend mobiliser la solidarité des travailleurs, mais en appelle aussi au « public », c’est-à-dire à l’opinion que l’on cherche à sensibiliser et même à émouvoir. Cependant, en dépit de son ampleur et de sa durée, la grève échoue et débouche sur une très importante répression (38 000 révocations). Il faut attendre un an pour que, dans une atmosphère moins tendue, mais lourde du souvenir de 1910, des réformes soient conduites, en particulier sur le réseau d'Etat. Le salaire journalier de cinq francs y est accordé, un statut règlemente désormais les carrières, depuis le recrutement et l’avancement jusqu’aux congés et aux assurances maladie et accident. La campagne d’opinion des anarcho-syndicalistes, portée par le talent de caricaturiste de Grandjouan, a contribué en partie à cette évolution.

Auteur : Alexandre SUMPF


Bibliographie

  • Christian CHEVANDIER, Cheminots en grève ou la construction d’une identité, Paris, Maisonneuve et Larose, 2002.
  • Pierre VINCENT, André NATRRITSENS, « La grève des cheminots d’octobre 1910 », Les Cahiers d’histoire sociale de l’Institut CGT, n°115, septembre 2010, p. 6-11.
  • Jules Grandjouan. Créateur de l’affiche politique en France, Paris, Somogy, 2001.

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