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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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Porte d'Ivry : Baraque de chiffonnier.

© Photo RMN-Grand Palais - G. Blot

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Titre : Porte d'Ivry : Baraque de chiffonnier.

Auteur : Eugène ATGET (1857-1927)
Date de création : 1912
Date représentée : 1912
Dimensions : Hauteur 22.5 cm - Largeur 17.8 cm
Technique et autres indications : Photographie positive sur papier albuminé d'après négatif sur verre au gélatinobromure
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 90-001191 / Pho1990-2

Porte d'Italie : zoniers.

© Photo RMN-Grand Palais - D. Arnaudet

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Titre : Porte d'Italie : zoniers.

Auteur : Eugène ATGET (1857-1927)
Date de création : 1912
Date représentée : 1912
Dimensions : Hauteur 21.7 cm - Largeur 16.7 cm
Technique et autres indications : Photographie positive sur papier albuminé d'après négatif sur verre au gélatinobromure
Lieu de Conservation : Musées et domaine nationaux de Compiègne (Compiègne) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 94-057047

Porte d'Italie : zoniers.

© Cliché Bibliothèque Nationale de France

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Titre : Porte d'Italie : zoniers.

Auteur : Eugène ATGET (1857-1927)
Date de création : 1913
Date représentée : 1913
Dimensions : Hauteur 16.9 cm - Largeur 21.8 cm
Technique et autres indications : Photographie positive sur papier albuminé d'après négatif sur verre au gélatinobromure
Lieu de Conservation : Bibliothèque nationale de France (Paris) ; site web

Poterne des Peupliers : zoniers.

© Cliché Bibliothèque Nationale de France

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Titre : Poterne des Peupliers : zoniers.

Auteur : Eugène ATGET (1857-1927)
Date de création : 1913
Date représentée : 1913
Dimensions : Hauteur 17 cm - Largeur 21.6 cm
Technique et autres indications : Photographie positive sur papier albuminé d'après négatif sur verre au gélatinobromure
Lieu de Conservation : Bibliothèque nationale de France (Paris) ; site web

  Contexte historique

La « zone » de Paris

Sous le double effet de la seconde révolution industrielle et des grands travaux du second Empire, la périphérie parisienne voit se développer des espaces d’urbanisme sauvage où se logent tant bien que mal les plus pauvres. Tandis qu’avec la migration vers la ville, lieu de travail, parvient dans la capitale une population miséreuse, la modernisation de Paris repousse les indigents à l’extérieur, dans les faubourgs.
Des bidonvilles apparaissent alors aux portes de Paris, transformant les secteurs limitrophes en « zone ». De cette appellation, naît le nom donné aux habitants de ces quartiers : les « zoniers ». La plupart d’entre eux sont chiffonniers, ils vivent de la récupération et de la revente des déchets de la ville.
Entre 1899 et 1913, Atget réalise de nombreuses photographies des plus démunis et de leurs logements. Au départ limités à quelques sites insalubres intra-muros – la Butte aux Caille, la Cité Doré –, ses clichés s’étendent progressivement à d’autres cités – la Cité Valmy et la Cité Trébert de la porte d’Asnières – et aux terrains vagues habités jouxtant la Capitale : la Poterne des Peupliers, la porte de Montreuil, de Choisy, d’Italie, d’Ivry. Il réunit ces images en 1913 dans l’album Zoniers.

  Analyse des images

Vivre et faire avec les déchets

Les photographies d’Atget témoignent des conditions précaires et de l’environnement insalubre dans lesquels vivent les zoniers. Elles décrivent notamment leur habitat avec précision : les prises de vue se focalisent sur leurs roulottes ou leurs masures édifiées à l’aide d’un assemblage composite de matériaux récupérés. La luminosité diffuse et les ombres peu marquées des clichés ne masquent pas les détails, permettant de distinguer les planches de bois, les tissus, les tôles servant à construire ces baraques rudimentaires. L’une des images donne même à voir la manière dont certains logements, au-delà de leur caractère sommaire, sont personnalisés au moyen d’objets hétéroclites : une façade comporte en guise d’ornement une petite tête sculptée et des feuilles de papier, sans doute des illustrations.
Malgré les efforts pour recréer un foyer décent, la promiscuité, l’amoncellement des déchets, l’absence de toute infrastructure et commodité (eau, toilette, évacuation…) rendent ces sites insalubres. Les cadrages larges choisis par Atget montrent bien comment les cabanes, où s’entassent des familles entières, s’agglutinent les unes aux autres selon un développement anarchique. Ils révèlent également les monceaux de détritus – planches, textiles, tonneaux, mobilier, vaisselle, ferraille, pots, gravats et toutes choses réutilisables – au milieu desquels vivent les zoniers.
Ceux-ci sont en effet entourés des résidus qu’ils collectent et dont ils se servent pour subvenir à l’essentiel de leurs besoins. Ils ramassent tout ce qu’ils trouvaient dans la ville et le rapportent à leur domicile en vue d’une revente ou d’une utilisation personnelle. Les zoniers cèdent ces matériaux contre paiement aux usines spécialisées dans le recyclage ou les transforment pour les colporter ensuite dans la capitale. Ils conservent également tout ce qui peut leur servir, leur environnement, du domicile aux ustensiles quotidiens (vêtements, meubles…), étant constitué d’objets récupérés ou confectionnés par leurs soins. Atget s’attache également à montrer ces aspects du travail des zoniers : il photographie les chiffonniers avec les charrettes leur servant à transporter le produit de leur collecte ou en train de faire de menus artefacts. L’un des clichés montre ainsi un homme en train de réaliser une sorte d’escabeau. Lorsqu’ils ne peuvent employer des éléments tout faits, ils fabriquent eux-mêmes ce qui leur manque : vanneries, menus meubles, outils ou objets qui peuvent aussi être vendus.

  Interprétation

Du portrait d’une population au portrait d’une économie

A partir des images d’Atget, le milieu social des zoniers peut donc être reconstitué avec précision : leurs lieux de vie se révèlent dans les moindres détails ; leurs moyens de subsistance sont décrits avec précision ; leur mode d’existence, fondé sur la récupération, est retracé minutieusement. Procédant à une sorte de reportage photographique, il fit un portrait de cette population marginale, exclue de la ville, et enregistra un phénomène contemporain dont peu de photographes se préoccupaient.
Indirectement, cet album révèle aussi le circuit complexe des déchets et l’importance du recyclage à l’époque. Les chiffonniers étaient en effet la partie émergée d’une industrie des restes très développée au tournant du XXe siècle. Des usines s’occupaient du traitement des déjections et des urines humaines tandis que les nourritures de seconde main constituaient un véritable marché réglementé. Des établissements industriels se spécialisaient dans la transformation des rebuts que collectaient les zoniers. Les entreprises d’équarrissage se chargeaient de dépecer les charognes pour en récupérer la peau et convertir les chairs, les graisses, les muscles et les viscères en savon, bougies ou, par un procédé de liquéfaction, en engrais. Une gestion du même ordre touchait les bouchons de liège : non abîmés ils étaient remis tels quels sur le marché ; les autres servaient à fabriquer des tapis, du linoléum, de l’aggloméré ou des flotteurs…
Le ramassage et le tri des ordures représentaient une activité tellement importante que des termes spécifiques désignaient chaque type de récupérateur : les ravageurs recueillaient sur une barque les détritus charriés par les cours d’eau tandis que les tafouilleux opéraient exclusivement sur la Seine. Ainsi, les zoniers, tout en vivant des restes produits par Paris, participaient à l’économie de la capitale.

Auteur : Claire LE THOMAS


Bibliographie

  • Alain CORBIN, Le miasme et la jonquille. L’odorat et l’imaginaire social, 18e–19e siècle, Paris, Flammarion, 1986.
  • Guillaume LE GALL, Atget, Paris pittoresque, Paris, Editions Hazan, 1998.
  • Gérard NOIRIEL, Les ouvriers dans la société française, XIXe-XXe siècles, Paris, éditions du Seuil, 1986.
  • Madeleine LEVEAU-FERNANDEZ, La Zone et les fortifs, Paris, Le Temps des cerises, 2005.

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