© Musée Gadagne - Lyon
Titre : Intérieur d’un atelier de canut de la montée des Epies.
Auteur : ALEXIS
Dimensions : Hauteur 44 cm - Largeur 34 cm
Technique et autres indications : huile sur carton
Lieu de Conservation : Musée Gadagne (Lyon) ; site web
Contact copyright : Roseline Pellechia, (Documentaliste),Tél : 04.78.42.03.61 / Fax : 04.78.42.79.71, Musée Gadagne, 14 rue Gadagne, 69005 Lyon
Référence de l'image : (9)97.3
© Musée Gadagne - Lyon
Titre : La crise lyonnaise. Intérieur d’un tisseur de soie. (in Le Monde illustré, 3 mars 1877)
Auteur : M. FERAT
Date de création : 1877
Date représentée : 1877
Dimensions : Hauteur 36 cm - Largeur 27 cm
Lieu de Conservation : Musée Gadagne (Lyon) ; site web
Contact copyright : Roseline Pellechia, (Documentaliste),Tél : 04.78.42.03.61 / Fax : 04.78.42.79.71, Musée Gadagne, 14 rue Gadagne, 69005 Lyon
La Fabrique de soieries a été créée en 1536 par François Ier. Elle a bénéficié d’abord de l’élan économique apporté par les foires au XVe siècle. Le colbertisme, le rayonnement culturel de la France ont favorisé son développement. Après les difficultés de l’époque révolutionnaire, le blocus lui a ouvert les cours européennes. Pendant tout le XIXe siècle, elle a continué d’exporter en Europe et jusqu’en Amérique. Tout en dépendant du grand commerce pour la clientèle et pour la matière première (venue du Sud-Est voisin mais aussi d’Italie et d’Asie), le tissage est réalisé dans de petits ateliers familiaux. Mais les crises qui se succèdent vont transformer les modes de production.
Toutes deux montrent un atelier qui est aussi lieu d’habitation. Le métier tient le maximum de place au sol et en hauteur, ce qui permet d’aménager la « suspente » sous le plafond. Chats et souris cohabitent avec la famille, ainsi que l’habituel oiseau en cage (Selon une tradition locale sa vitalité permet de juger de l’absence de toute émanation toxique de gaz carbonique). Mais les situations sont bien différentes.
Les couleurs, les objets traités comme des natures mortes accrochant la lumière, donnent au tableau un air de prospérité. Les enfants jouent. Outre la jeune fille à la balustrade, cinq personnes sont au travail. La tisseuse assise sur la banquette d’un métier d’unis tire le cordon pour lancer la navette. Le tisseur, armé de forces, procède à quelque réparation. Trois femmes préparent les canettes sur des mécaniques différentes.
Situé sur la rive droite de la Saône, vieux quartier du tissage, l’atelier est sous le toit, probablement à flanc de colline pour recevoir toute la lumière. Le mobilier, les gravures au mur, le buste, la plante, révèlent une certaine aisance et le goût de la beauté, tandis que le bénitier et le buis indiquent de pieuses traditions. Les vêtements, sauf le pantalon et la casquette du garçon, prolongent la mode du XVIIIe siècle. Les bijoux sont un patrimoine qu’on pourra mettre en gage dans les moments difficiles (Tous les détails concordent avec les inventaires après décès ou les contrats de mariage). D’ailleurs le pain, le poisson et les légumes témoignent de la frugalité des repas.
Ce tableau, dont on ne connaît ni l’origine ni la date précise, montre une canuserie à l’ancienne avec peut-être le désir de célébrer des temps heureux.
En revanche, la gravure est une œuvre de circonstance pour faire connaître la crise très grave qui sévit alors à Lyon. L’absence de couleur, la sécheresse des lignes, le mobilier et la suspente rudimentaires, l’accablement des personnages, donnent une impression de tristesse et de pauvreté. Les enfants ne jouent pas. Le métier est arrêté. Il est surmonté de la mécanique Jacquard pour le tissage des façonnés. Il s’agit d’un de ces ateliers installés à tous les étages des immeubles construits depuis la Restauration sur les terrains sécularisés de la Croix-Rousse. Ils sont mieux adaptés aux dimensions des nouveaux métiers, mieux aérés, mieux éclairés par leurs grandes fenêtres que l’habitat vétuste des bords de la Saône et de la Presqu’île. Mais en 1877 il n’y a pas de travail.
La situation des chefs d’atelier n’est pas uniforme, mais leur bénéfice est étroit, entre les frais de montage des métiers (qui leur incombent) et le salaire fixé au plus bas par les négociants. Faute de réserves, le chômage les frappe durement, ainsi que la main-d’œuvre nombreuse, en partie féminine employée aux tâches annexes.
Au cours du XIXe siècle, la production a progressé malgré les crises fréquentes et passagères dues aux variations des cours, aux aléas politiques, à la concurrence étrangère mais aussi des tisseurs entre eux : 18 000 métiers en 1810, 27 000 en 1830, 60 000 en 1850, 100 000 à 120 000 en 1877. Ils sont de plus en plus nombreux à s’installer à la campagne, pour les unis qui demandent peu de savoir-faire, sont peu payés et sont à la mode. Les beaux façonnés, fleurons de la Croix-Rousse, sont des produits de luxe très sensibles aux secousses du marché. En 1877 une forte hausse des prix de la soie grège, à la suite de récoltes désastreuses des cocons, s’accompagne d’une chute des commandes. Les négociants sont endettés et chargés de stocks à écouler. Les métiers sont arrêtés. A cette crise grave succède la longue dépression de la fin du siècle. La Fabrique devra évoluer, abandonner peu à peu l’artisanat pour la production industrielle.
Evolution dont ces deux images sont aussi symboliques : une commande privée à un artiste local qui s’inspire des maîtres du passé ; les débuts de la grande presse moderne avec un hebdomadaire parisien qui envoie un enquêteur sur place et se soucie d’illustrer l’information.
Auteur : Hélène DELPECH