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Titre : Le Zouave blessé. Crimée, le 29 février 1855.
Auteur : Roger FENTON (1819-1869)
Date de création : 1855
Date représentée : 29 février 1855
Dimensions : Hauteur 13.4 cm - Largeur 15.8 cm
Lieu de Conservation : Musée Condé (Chantilly) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 01-014324 / PH529
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Titre : Guerre du Mexique, siège et prise de Puebla.
Date représentée : 20 mars 1863
Technique et autres indications : Imprimerie Charles Pinot et Sagaire (1860-1888), Editeurs-libraires à Epinal.
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 07-517308 / 53.86.1061C
© Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN / Pascal Segrette
Titre : Zouave tué en marchant à la charge.
Auteur : Henri TERRIER (1887-1918)
Date de création : 1915
Date représentée : juin 1915
Dimensions : Hauteur 4.2 cm - Largeur 6.5 cm
Technique et autres indications : Epreuve argentique sur papier.
Lieu de Conservation : Musée de l'Armée (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 06-510738 / 2004.33.1.339
Les zouaves, corps à part dans l’armée française
L’histoire des zouaves, unité d’infanterie spécifique au costume reconnaissable entre tous, remonte aux premiers temps de la seconde vague de la colonisation française. Au lendemain de la prise d’Alger, en août 1830, 500 de ces Berbères jusqu’alors au service des Turcs sont recrutés. En 1835 et 1845, Bugeaud les engage dans la guerre de pacification contre Abd-el-Kader. Les zouaves sont ensuite de tous les conflits, lointains ou proches, où Napoléon III décide d’intervenir. Ils s’illustrent lors de la guerre de Crimée (1854-1856) et des expéditions en Italie (1859) ou au Mexique (1862-1867). Dissous un temps à la suite de la défaite de Sedan (1870), le corps est reconstitué pour maintenir l’ordre dans les colonies d’Afrique du Nord ou participer à l’assujettissement du Tonkin (1887). Enfin, à l’instar des tirailleurs algériens, sénégalais ou annamites, les zouaves participent aux combats de la Première Guerre mondiale en France. Leur popularité s’est élargie au moment où l’industrie mettait au point ses techniques de reproduction iconographique de masse et développait la documentation photographique, vecteurs d’information ou de propagande.
Les zouaves, troupes de choc au combat
Le cliché de l’anglais Roger Fenton (1809-1969), l’un des premiers pris pendant les quatre mois de sa mission en Crimée, démontre la puissance de la photographie comme medium. Sur un bout de terre aride, méconnaissable, semble se jouer une scène en direct : son fusil près de lui, un combattant blessé est étendu. Le bandage sur sa tête fait une tâche immaculée dans les tonalités de gris et contraste avec le vin sombre de la bouteille, référence implicite au sang que l’on ne voit pas. Une femme, cantinière du corps des troupes de Marine mais faisant également office d'infirmière, lui apporte ce petit réconfort tandis qu’un compagnon le relève. Les deux hommes portent l’uniforme des zouaves avec la chéchia et le pompon.
C’est cet élément même que l’on distingue dans la mêlée du siège de Puebla, attaqué en mars 1863, mais qui ne tombe aux mains des Français qu’en mai, au prix d’intenses combats de rue. L’image d’Epinal fait la part belle à la lutte, réduisant le décor à un horizon citadin peu reconnaissable. La composition est dynamique, avec une perspective rendue par la diagonale entre le drapeau tricolore et le drapeau jaune mexicain, des personnages tous en mouvement et des volutes de fumée qui, à la manière des estampes orientales, voilent et dévoilent certaines parties du récit. Si trois soldats français sont montrés en train de mourir, le nombre de soldats mexicains est très réduit ; ils ne peuvent tenir que grâce à la milice populaire qui sort de la cité. Mais les zouaves donnent justement l’assaut : ils s’accumulent dans le coin en bas à droite, près d’une faille dans la défense ; surtout, au centre, un zouave brandit son fusil comme un gourdin, traçant une seconde diagonale montrant les Français avoir le dessus sur les Mexicains en contrebas. Enfin, les plis et les couleurs du costume zouave font écho à ceux du drapeau impérial, scellant picturalement cette alliance victorieuse.
Henri Terrier (1887-1918) a photographié la Grande Guerre au ras du sol, en juin 1915. Outre son cliché de la tranchée des zouaves près de Tracy-le-Val, il a saisi une scène qui fait écho à celle de Fenton en Crimée. Le zouave mort, vu de très près mais de dos et donc inidentifiable, cède cette fois-ci tout l’espace au no man’s land lunaire, où gisent corps et débris de matériel militaire. L’horizontalité mal assurée du cadrage indique la hâte du photographe, autorisée par un appareil compact tel qu’en possédaient les Poilus en dépit des interdictions. L’horizon où se terre l’ennemi invisible est souligné par la ligne de barbelés, enfoncée par le troupeau de combattants qui s’est rué en avant.
La guerre moderne, tombeau de l’héroïsme romantique
Les trois images sélectionnées illustrent chacune un moment de l’histoire croisée des guerres modernes et des moyens de propagande ou d’information. Ainsi, le cliché de Fenton semble pris sur le vif, mais étant donné la technique de l’époque, il n’a pu être obtenu qu’au prix d’un temps de pose assez long. Non seulement le document donné pour immédiat représente l’après, mais son intensité dramatique résulte d’une mise en scène qui fait appel à un topos de la peinture occidentale : la déposition de Croix du Christ. Cette convocation de la culture visuelle du public facilite l’attachement des Français à ce corps spécifique de l’armée et, plus largement, l’acceptation de cette guerre lointaine.
De même, l’héroïsme exalté par les couleurs de l’image d’Epinal, appelée à être largement diffusée, dissimule les motifs peu louables de l’engagement français au Nouveau Monde. L’empereur Napoléon III souhaitait installer un empereur, Maximilien, tête fantoche d’un régime sous implicite protectorat français. La prise de Puebla ayant ouvert en 1863 la route de Mexico au corps expéditionnaire, la propagande de ce haut fait se devait d’être à la hauteur des ambitions. Parmi les quelques 40 000 soldats envoyés, les tirailleurs algériens, les zouaves et le premier régiment de la Légion étrangère se distinguaient, à la fois par leur apparence et par leur bravoure, objet de facile publicité – d’autant plus que les quatre zouaves du pont de l’Alma, sculptés en 1856 pour célébrer la bataille du même nom en Crimée, étaient déjà bien connus de la population.
Le cliché de Terrier, en revanche, est un document d’origine et de destination privée, qui ne peut ni ne doit paraître publiquement – en dépit des sollicitations de la presse et en vertu des règles strictes de la censure, qui interdit de jusqu’en 1915 de montrer des morts et des prisonniers. Rien ne distingue plus le zouave des autres soldats, il meurt anonyme et sans assistance. Son costume folklorique a cédé aux impératifs de la guerre d’usure (camouflage, calfeutrage), son corps se confond déjà avec la glèbe et n’a plus rien d’exotique, d’héroïque.
Auteur : Alexandre SUMPF
Guerre de 14-18 - guerre de Crimée - Mexique - troupes coloniales
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