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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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L'institution des fêtes du vin par la Troisième République

Fête du vin à Beaune. 18 octobre 1925. Fête du vin à Beaune. 18 octobre 1925.
ANONYME.
Le président Lebrun à Bordeaux pour la fête du vin, le 18 juin 1934. Le président Lebrun à Bordeaux pour la fête du vin, le 18 juin 1934.
Jean CLAIR-GUYOT.
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Fête du vin à Beaune. 18 octobre 1925.

© Photo RMN-Grand Palais - J.-G. Berizzi

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Titre : Fête du vin à Beaune. 18 octobre 1925.

Auteur : ANONYME
Date de création : 1925
Date représentée : 18 octobre 1925
Dimensions : Hauteur 9 cm - Largeur 12 cm
Technique et autres indications : Tirage d'après négatif verre au gélatino-bromure d'argent.
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : Ph.2006.00.9.7 / 06-521599

Le président Lebrun à Bordeaux pour la fête du vin, le 18 juin 1934.

© Photo RMN-Grand Palais - F. Raux

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Titre : Le président Lebrun à Bordeaux pour la fête du vin, le 18 juin 1934.

Auteur : Jean CLAIR-GUYOT
Date de création : 1934
Date représentée : 18 juin 1934
Technique et autres indications : Tirage d'après négatif en verre.
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 07-536061 / Ph.2006.00.4.20

  Contexte historique

Les fêtes du vin en France dans la première partie du XXe siècle

Dans les régions françaises viticoles, il existe traditionnellement des célébrations liées au vin, notamment les fêtes des vendanges, qui concernent les zones rurales comme les centres urbains. Mais l'institution plus officielle des « fêtes du vin » date du début du XXe siècle, sur fond de régionalisme lié à un certain sens du folklore, mais aussi suivant des intérêts commerciaux, économiques, publicitaires et politiques. Les professionnels du secteur, certains groupes de presse régionaux, mais aussi les municipalités, et parfois le pouvoir central (députés et préfets) tentent d'organiser différents types de manifestations autour de la production locale, et de leur assurer la plus large audience possible. Les grands centres de négoce des régions viticoles (Bordeaux, Beaune pour la Bourgogne, Reims pour les vins de Champagne, par exemple) deviennent alors le lieu de foires, spectacles, bals, défilés et dégustations.

Le succès et la régularité de ces événements, assez soutenus avant la Première Guerre mondiale, s'essoufflent et restent assez mesurés par la suite, dépendant aussi des régions. Toutefois, on ne renonce pas à organiser ce genre de célébrations, qui prennent parfois un caractère officiel. Ainsi, la fête du vin à Bordeaux accueille, le 18 juin 1934, Albert Lebrun (1871-1950), Président de la République depuis 1932.

  Analyse des images

Convois de vignerons, vigneronnes, vignes et tonneaux de vins

La première image est l'une des photographies de la série intitulée Fête du vin à Beaune. 18 octobre 1925, ensemble de clichés anonymes pris le jour de l'événement. On peut y apercevoir les différents chars dédiés à la célébration des vendanges et des métiers de la vigne parcourir plusieurs rues de Beaune, ainsi que les spectateurs massés tout au long de la parade. Ici, deux chevaux qui disparaissent progressivement du cadre tirent lentement une grande charrette aux roues de bois. Sur celle-ci, uniquement des femmes, habillées du costume traditionnel pour les vendanges (tablier, chapeau ou sorte de voile pour se protéger du soleil). Elles sont entourées de paniers de vignes et de tonneaux. Au dessus de la voiture, un soleil souriant entouré de vignes grimpantes. Une inscription se trouve sur le côté du véhicule, indiquant (comme on peut le constater sur d'autres chars pris en photographie à cette occasion) soit le produit exposé (Le raisin), soit une des opérations des vendanges (La presse). On peut aussi penser à un sponsor de l'événement, comme un titre de presse. Le convoi prend le léger virage d'une rue de la ville, bordée de spectateurs (aussi bien hommes que femmes et enfants) souvent endimanchés. Deux jeux de drapeaux français marquent le passage. Au second plan, les beaux bâtiments typiques du centre-ville (commerce au premier étage, habitation au-dessus). Sur la droite, une publicité Recommandé aux familles qui ne concerne sûrement pas le vin, mais donne une touche presque involontairement comique au cliché.

La seconde image est une photographie de Jean Clair-Guyot, journaliste à L'Echo de Paris, accrédité à la Présidence pour la couverture des déplacements. Elle représente Le président Lebrun à Bordeaux pour la fête du vin, le 18 juin 1934. Sur une grande place, deux bœufs tirent un char en bois, bas, occupé par de solides vignerons en costumes folkloriques (il y a aussi deux femmes à l'avant et un enfant) juchés sur un grand tonneau. Celui-ci ne correspond d'ailleurs pas aux formes et dimensions habituelles : peut-être s'agit-il d'une cuve repeinte, ou encore d'un faux tonneau assemblé pour l'occasion. Ici aussi une inscription (Le premier vin) désigne l'attelage. Devant eux, des hommes portent des seaux de bois faits pour la récolte de la vigne. Au second plan, entourée de deux colonnes de pierre imposantes, la tribune présidentielle, assez lointaine (les personnages sont indiscernables à cette distance). Celle-ci consiste en une estrade et une grande tenture marquée du symbole de la République Française.

  Interprétation

Le monde vigneron, la ville et la République

Autour de 1910, les fêtes du vin sont réinstaurées pour combattre la crise liée à la chute des cours du vin : il s'agit de promouvoir la qualité des produits locaux, et de développer une certaine image du vigneron : vigoureux, artisan respectant un savoir-faire traditionnel et ancré dans la vie rurale. Après la sévère crise de 1907, qui vit les vignerons du midi s'opposer, parfois violemment, à l'Etat, la culture de la vigne se voit accorder un régime spécial, fait de subventions et de garanties sur les prix (par rapport à la concurrence des vins d'Algérie). Le lobby viticole constitué par les députés des régions productrices est alors très puissant, imposant une bienveillance des pouvoirs publics, qui se traduit notamment par la diffusion d'une image flatteuse et idéalisée du monde viticole, destinée tant aux professionnels (qu'il ne faut pas froisser) qu'aux consommateurs. Une représentation lisse, passéiste, traditionnaliste quelque peu forcée et factice (le « faux tonneau »), qui ne correspond pas tout à fait à la modernité, émergeante en 1931, de la production du vin de sa commercialisation (cette manifestation est aussi une opération publicitaire, financée par des journaux régionaux) ou encore aux violences dont sont capables les viticulteurs.

Non sans un certain folklore, à Beaune en 1925 ou à Bordeaux en 1934, le monde vigneron, se présente fièrement (les costumes sont impeccables, les hommes bombent le torse) aux habitants des villes (futurs clients) et à la Nation incarnée par le Président. L'aspect rudimentaire des outils insiste sur le caractère traditionnel, humble et difficile du métier, dans une ville qui porte tous les signes de la modernité. Le spectacle un peu nostalgique d'une ruralité tirée à quatre épingles, sans âge, idéale et encore pure produit ainsi un contraste à la fois symbolique et publicitaire.

Si chaque région viticole est différente, les fêtes du vin se déroulent sous le patronage de la République. Les drapeaux présents sur les deux images ancrent donc la localité et la fierté des terroirs dans l'unité de la Nation. Si l'aspect festif l'emporte dans la première image, l'aspect officiel domine dans la seconde, qui s'apparente à un vrai défilé, presque militaire. La fête du vin devient une fête nationale, rappelant le calendrier révolutionnaire où célébrations liées aux travaux des champs étaient autant d'occasions d'affirmation de l'identité et de l'unité de la France.

Enfin, certains éléments rappellent aussi, discrètement, des symboles ruraux plus anciens eux aussi intégrés à la célébration Républicaine : la présence du soleil (première photographie, et peut-être même dans le symbole Républicain de la seconde) évoque un certain paganisme rural et les chars chargés de vignes des réminiscences bachiques.

Auteur : Alban SUMPF


Bibliographie

  • Gilbert GARRIER, Histoire sociale et culturelle du vin, Bordas Cultures, Paris, 1995.
  • Christophe BOUNEAU et Michel FIGEAC (dir), Le verre et le vin de la cave à la table du XVIIe siècle à nos jours, Centre d'Etudes des Mondes Moderne et Contemporain, Bordeaux 1994.
  • Marcel LACHIVER, Vins, Vignes et Vignerons, Fayard, 1988.

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