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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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Scènes de Crimée.

© Photo RMN-Grand Palais - T. Le Mage

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Titre : Scènes de Crimée.

Dimensions : Hauteur 49.2 cm - Largeur 39.6 cm
Technique et autres indications : Lithographie coloriée. Imprimerie Pellerin.
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 05-526835 / 53.86.981D

En Alsace reconquise. Enfants d'Alsace et de Lorraine.

© Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Hubert Josse

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Titre : En Alsace reconquise. Enfants d'Alsace et de Lorraine.

Auteur : C. MARECHAUX
Dimensions : Hauteur 9 cm - Largeur 14 cm
Lieu de Conservation : Musée de l'Armée (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 06-518893

  Contexte historique

Les soldats et le vin du XIXe siècle à la fin de la Première Guerre mondiale

Depuis la Révolution française, et encore plus durant l’époque napoléonienne, ce ne sont plus seulement les gradés, mais bien tous les soldats français en campagne qui boivent régulièrement du vin. D’abord mal vue, la pratique tend à s’institutionnaliser : mis devant le fait accompli, les autorités militaires vont progressivement l’accepter, l’encadrer, le réglementer, pour finalement l’encourager lors du conflit de 1914-1918. Ainsi, au cours du XIXe siècle, le soldat français moyen, qui auparavant se procurait son propre vin de manière plus ou moins licite, va être approvisionné par l’Armée. C’est parfois le cas lors de la guerre de Crimée (1853-1856) et lors du conflit de 1870. Mais c’est bien en octobre 1914 qu’il est décidé que la distribution de vin, interdite en temps de paix, s’élèvera à un quart de litre quotidien. A cette ration réglementaire et gratuite, on ajoute un autre quart remboursable, qui devient gratuit par un vote du Parlement en janvier 1916. Chaque soldat dispose d’un demi litre quotidien auquel il peut ajouter un troisième quart remboursable (officiellement à partir de janvier 1918, mais officieusement dès 1916). Selon les dirigeants politiques et militaires, les conditions de vie dans les tranchées et l’héroïsme des « poilus » justifient un tel effort.

C’est la troisième section de Inspection Générale du Ravitaillement qui collecte, traite et achemine ces millions d’hectolitres. Un système de coopératives (coopératives centrales et coopératives d’unités) destinées uniquement à l’armée est créé. Le vin (rouge presque exclusivement) est fourni en partie par des réquisitions (jusqu’à un tiers de certaines récoltes) et l’on fait appel à la générosité des producteurs pour augmenter les récoltes, assurer des dons ou de bas prix. L’alcool est ensuite transporté par wagons-réservoirs spécialement conçus, puis stocké dans des « stations-magasin » qui se trouvent à l’arrière du front, et enfin transporté par camion aux cantonnements.

  Analyse des images

Le vin est associé au repos du guerrier et donne du cœur à l’ouvrage

La première image intitulée Scènes de la guerre de Crimée datant de la seconde partie du XIXe siècle, probablement peu après la fin du conflit en 1856. Il s’agit d’une lithographie sur papier qui présente en huit images la vie quotidienne des troupes au combat. Elle appartient à une série d’illustrations (comme l’indique le numéro 21 en haut à droite) populaires et largement diffusées. La suggestion efficace et colorée est typique de l’imagerie d’Epinal : chaque « scène » est directement accessible, et le message qu’elle délivre se veut édifiant. La dernière image (en bas à droite) montre des soldats (ici les gradés en pantalon bleu, les autres au pantalon rouge) au repos se procurer (l’homme sur la droite) et consommer (l’homme sur la gauche) du vin rouge. La présence deux tonneaux renforce cette évocation.

La seconde image, En Alsace reconquise. Enfants d'Alsace et de Lorraine, est un imprimé de l’illustrateur C. Marechaux. On peut supposer qu’elle a été réalisée pendant le conflit (mais après 1915 car le costume du « soldat » bleu horizon n’est pas celui de 1914) ou juste après. Ici aussi, la représentation, au trait simple est destinée à un large public. La scène se passe en Alsace (les maisons au second plan semblent avoir des colombages) On y découvre un enfant habillé en soldat attablé se faisant servir une bouteille de vin rouge par une jeune fille alsacienne en costume traditionnel. Deux bouteilles vides jonchent le sol, une troisième est sur la table. Sur la droite, un enfant portant le chapeau traditionnel alsacien. A gauche, une veste d’infirmier. L’inscription manuscrite (peut-être pour évoquer une écriture enfantine) marque, quant à elle, l’actualité du conflit : ce sont les nouvelles du front qui sont célébrées avec ce vin de qualité.

  Interprétation

Le vin, un symbole de la France et un attribut patriotique du soldat

Les deux images remplissent la même fonction : populariser l’armée et ses hommes, au moyen d’un art simple, immédiat et largement diffusé. Il s’agit bien d’ancrer dans l’imaginaire collectif une mythologie du soldat français en action, en exhibant ses signes distinctifs. Courageux sur le champ de bataille (scènes de combat sur la première image, et évocation du front sur la seconde), le fantassin ou le poilu trouve du réconfort dans la boisson nationale, dont il est inséparable. Si la décision politique et militaire de ravitailler ainsi les soldats répond en réalité à la nécessité de les contenter voire de les étourdir, on peut aussi apprécier la valeur symbolique et mobilisatrice de cette association entre les troupes et le vin.

Le vin rouge signifie en effet la France : couleur du sang que le soldat est prêt à verser, couleur du drapeau français (et des pantalons militaires avant 1915), produit français du terroir français, fruit d’une tradition rurale et agricole qui définit encore largement la France en 1914. La consommation quotidienne est une pratique à la fois culturelle et identificatrice partagée par tous les citoyens (de l’arrière comme du front) dans une réelle unité nationale : le soldat défend cette patrie du vin et, comme tous les français, peut-être au même moment qu’eux (l’heure du repos), il reconnaît et affirme ainsi son appartenance à la nation. La seconde image est ici très explicite : signifiée ici par les costumes de la jeune fille et du garçon sur le côté, l’Alsace-Lorraine est reconquise et cette reconquête est symbolisée par le retour du vin, c’est-à-dire de la France. Et la jeune alsacienne qui sert le vin en s’inclinant (comme on s’incline devant un drapeau) est celle qui est récupérée, (re)dressée dans l’amour de la patrie. Notons que son attitude docile, ainsi que celle du garçon (qui regarde ses pieds) évoque peut-être une forme de repentance, ou du moins de discrétion que ceux qui ont été (même malgré eux) « germanisés » doivent observer au moment de retrouver la Nation. Du vin pour des « enfants », car il s’agit bien d’une reconquête tournée vers l’avenir : les enfants d’Alsace seront nourris et abreuvés de France.

D’autre part, l’armée montre à tous (ceux de l’arrière, parmi lesquels des futurs combattants et les familles de ceux qui sont au front) qu’on s’occupe bien de ceux qui défendent la France : on leur donne « du meilleur », en abondance (tonneaux sur la première image, et nombre élevé de bouteilles pour un soldat sur la seconde). Les civils aussi doivent participer à l’effort de guerre (notamment les viticulteurs, en augmentant leur récolte de vin et accepter la réquisition ou les bas prix) pour permettre à la France de récompenser les soldats au quotidien. Le vin, produit, vendangé avec sueur, art et amour à l’arrière allège les souffrances et le sang versé sur le front. Solidarité nationale, ici encore qui réunit de manière égalitaire les gradés et les simples soldats (sur première image ils consomment le même vin dans les mêmes conditions), l’arrière et le front, les départements reconquis et les autres régions de France.

Auteur : Alban SUMPF


Bibliographie

  • Stéphane AUDOIN-ROUZEAU et Jean-Jacques BECKER Encyclopédie de la Grande Guerre 1914-1918, Bayard, Paris, 2004.
  • André CORVISIER (dir), Histoire militaire de la France (3 volumes), PUF, 1992.
  • Gilbert GARRIER, Histoire sociale et culturelle du vin, Bordas Cultures, Paris, 1995.

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