© Photo RMN-Grand Palais - J.-G. Berizzi
Titre : Vue de la nouvelle halle aux vins sur le quai Saint-Bernard, prise du pont d'Austerlitz.
Dimensions : Hauteur 32.8 cm - Largeur 47.8 cm
Technique et autres indications : Estampe coloriée
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 02-010115 / 65.80.14C
© Ministère de la Culture - Médiathèque du Patrimoine, Dist. RMN-Grand Palais / René-Jacques
Titre : Quai de Bercy, Paris.
Auteur : René GITON, dit RENE-JACQUES (1908-2003)
Technique et autres indications : Tirage d'après négatif 24x36 mm en bande.
Lieu de Conservation : Médiathèque de l'architecture et du patrimoine (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 07-524748 / RNJ3049ZZNR03/6
Edification de la nouvelle Halle aux Vins quai Saint-Bernard, puis des entrepôts de Bercy
Depuis 1662, il existe une halle aux vins sur le quai Saint-Bernard. La consommation ne cessant d’augmenter dans la capitale, on décide en 1808 de concevoir une nouvelle halle, plus grande et plus moderne. Les plans sont confiés à M. Gaucher, et la construction, débutée en 1811 est achevée aux trois quarts en 1813 (et totalement en 1845). L’édifice occupe une surface de quatorze hectares et est composé de quatorze halles destinées au marché, réparties en deux bâtiments centraux, et un ensemble de 123 celliers en pierre de taille répartis en trois bâtiments, eux-mêmes surmontés de magasins.
Malgré des capacités de stockage importantes pour l’époque, la Halle s’avère vite insuffisante, tant explose, au cours du siècle, l’acheminement (maritime, fluvial et par le train) de vins en provenance de toute la France et bientôt d’Algérie et destiné à Paris et à la banlieue. La consommation de vin passe en effet, dans Paris, d’un million d’hectolitres en 1800 à trois millions cinq-cents mille en 1865. On décide alors en 1869 de bâtir des entrepôts à Bercy, occupant quarante-deux hectares de caves sur berges. Jusqu’au début du XXe siècle, les deux halles ont une importance à peu près égale, mais l’agrandissement de l’entrepôt Bercy en 1910, ainsi que la spécialisation de la Halle de Saint-Bernard en vins fins et alcool achèvent de donner l’avantage au premier. En 1930, Bercy représente 70% du stockage et des sorties d’alcool dans la capitale, contre 30% pour Saint-Bernard.
Deux images de Paris
La première image Vue de la Nouvelle Halle aux Vins, sur le Pont Saint-Bernard, prise du Pont est une estampe colorée datant de la première partie du XIXe siècle. Reproduite à de très nombreuses reprises, elle présente au plus grand nombre une des images typiques de Paris, en montrant une de ses constructions moderne. Le point de vue du spectateur se trouve sur la Seine, au niveau du Pont d’Austerlitz. En suivant le fleuve, qui constitue comme le fil directeur de l’image, on découvre les aménagements du quai Saint-Bernard (sur la gauche) : bâtiments assez bas de briques rouges aux toits de tôle, couleur ardoise. L’activité liée au site est suggérée par le trafic sur le fleuve (péniches et voilier), ainsi que par les barques de déchargement et les marchandises posées sur le quai, avant d’être entreposées dans la Halle. Au second plan, le Pont de Sully, qui marque le début du quai Saint-Bernard, et les dernières habitations avant la Halle. Enfin, à l’arrière plan, Notre-Dame et la coupole du Panthéon (sur la gauche) ne laissent pas de doute sur la ville ici dépeinte.
La seconde image, Quai de Bercy, Paris, 1934-1935, est une photographie de René-Jacques (1908-2003), photographe travaillant d’abord pour la presse, puis auteur du livre Envoûtement de Paris qui présente, accompagné d’un texte de Francis Carco, des images inattendues de la capitale. Prise à mi hauteur, la photographie montre le quai de Bercy dans une atmosphère un peu sombre, matinale ou hivernale, recouvert de tonneaux alignés, semble-t-il sans fin. On aperçoit la Seine et un bateau déchargeant sur la gauche, ainsi qu’un pont au fond, mais l’image est comme remplie par les tonneaux, qui constituent même l’horizon en une ligne de fuite sombre et brumeuse, bordée d’arbres noirs sur la droite. On peut lire sur un tonneau l’inscription SVBN : société des vins de Banyuls naturels, fondée en 1904 par Edmond Bartissol (ingénieur, industriel, grand propriétaire viticole et député du Rousillon), qui regroupe et fédère de nombreux producteurs, assurant la commercialisation du Banyuls.
Le vin dans Paris
Les deux représentations suggèrent très différemment la présence du vin et de l’activité qui y est liée dans la capitale.
La première propose une image lisse et ensoleillée. Sous le ciel bleu, tout semble fonctionner à merveille : l’acheminement et le commerce des vins s’inscrivent parfaitement dans le cadre parisien, grâce à la Seine. La modernité des bâtiments fait écho à la tradition (Notre-Dame, les ponts) sans heurts. L’activité économique semble sereine (le cours paisible du fleuve et du voilier) mais dynamique.
La seconde est plus atypique, plus recherchée. Paris est comme recouverte de tonneaux, manière de rappeler que la consommation et le commerce du vin dans la région parisienne et en France atteignent des sommets dans les années 1930. Si l’activité de ceux qui déchargent est suggérée (le bateau), rappelant certaines photographies d’autres halles prises au petit matin (très fréquentes dans ces années), c’est bien sur le caractère infini de cet alignement que semble insister l’artiste. On peut suggérer qu’il évoque à la fois la richesse de la viticulture française et l’amour des parisiens pour ce vin : les réserves inépuisables de cette boisson française et parisienne débarquées le matin assurent, le soir, la vie festive dans les bars et cabarets de la capitale ainsi que dans les goguettes du bord de Marne. Montrer le vin dans la ville, ici avant qu’il n’irrigue celle-ci, au propre comme au figuré, revient à rappeler qu’il fait partie de Paris comme fait culturel et identitaire, tout en reliant Paris au reste de la France (d’où vient le vin).
Auteur : Alban SUMPF