© Photo RMN-Grand Palais - F. Raux
Titre : Imagerie nouvelle. Les vendanges.
Dimensions : Hauteur 35.3 cm - Largeur 45.2 cm
Technique et autres indications : Lithographie coloriée.
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 08-521445 / 53.86.4677D
© Photo RMN-Grand Palais - G. Blot
Titre : Coin de vigne, Languedoc.
Auteur : Edouard DEBAT-PONSAN (1847-1913)
Date de création : 1886
Dimensions : Hauteur 202 cm - Largeur 260 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Lieu de Conservation : Musée des Beaux-Arts de Nantes (Nantes) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 01-006536 / INV889
Les vendanges au XIXe siècle
Les vendanges, se déroulent habituellement aux mois de septembre et d’octobre. Elles correspondent à la récolte (exclusivement manuelle au XIXe siècle) du raisin servant à la production de vin, mais aussi, par extension, au foulage des vignes et au transfert du jus dans les bouteilles, tonneaux ou cuves. Dans de nombreuses régions elles constituent un point privilégié du calendrier des travaux agricoles et, plus largement, un moment important de la vie rurale. Occasion de travail en famille et en commun et dernier épisode important de la saison agricole, elles sont en effet associées à de nombreuses fêtes et coutumes villageoises autour du vin nouveau.
Le nombre de vignes augmente considérablement en France au XIXe siècle, qu’il s’agisse de petites surfaces cultivées par des familles qui vendront leur raisin (ou leur vin) à des coopératives pour compléter leurs revenus (dans la très grande majorité des cas) ou de plus grandes exploitations (de plus en plus au cours du siècle). Les vendanges, dont le déroulement évolue peu au cours du siècle (très rares sont les cas de « modernisation » dans ce domaine), concernent ainsi une assez grande partie des acteurs du monde rural. En effet, même si l’on ne possède pas toujours de vignes, on peut aider à ce moment d’autres personnes en exploitant, ou du moins participer aux célébrations diverses liées à l‘occasion.
Deux scènes de vendanges
La première image, Les vendanges est une lithographie coloriée éditée par l’imprimerie Haguenthal aux alentours de la moitié du XIXe siècle. La lithographie présente trois séries d’images en couleur avec des légendes. Elle représente diverses saynètes humoristiques et paillardes associées aux vendanges : la récolte, le transport, le foulage, la mise en tonneaux, le repos et la « dégustation » du vin nouveau. Ce sont des paysans, aussi bien hommes que femmes et enfants, qui s’adonnent à ces activités. Ils sont vêtus d’habits traditionnels et portent des sabots. Ils évoluent d’une part (deux premiers niveaux) au milieu des vignes proches d’une maison, et d’autre part (dernier niveau) à l’endroit des cuves en bois où l’on presse le raisin et stocke le jus.
La seconde image, Coin de vigne, Languedoc, est une toile d’Edouard Debat-Ponsan présentée au salon de Nantes de 1886 par Debat-Ponsan (1847-1913), peintre toulousain connu pour ses portraits, ses peintures d’histoire, et surtout ses représentations « provincialistes » de paysages et de scènes de la vie rurale. D’une manière ultra réaliste (l’effet est presque celui d’une photographie), est figurée une scène de vendanges. Au premier plan, parmi quelques vignes, une paysanne en sabots se tient debout, droite, le regard pur fixé au loin. Elle tient un panier tressé rempli de grappes de raisin rouge. Un jeune enfant est penché sur l’un des trois grands bacs de bois où l’on place la récolte. Au second plan à droite, derrière la jeune femme, d’autres paysans (deux femmes et un homme) récoltent, à la main. A gauche, un homme se tient debout sur une charrette traînée par deux bœufs, placée sur le chemin. Attendant vraisemblablement de charger les tonneaux, il regarde la belle jeune femme. Plus loin, de l’autre côté du chemin, s’élève une colline (qui n’est pas destinée aux vignes). En effet, comme souvent dans les petites propriétés languedociennes au XIXe siècle, la vigne n’est pas très étendue : on en possède « un coin », à côté d’autres cultures (ici, peu de vignes). La ligne d’horizon est constituée par une rangée de quelques arbres.
Imagerie traditionnelle et imagerie renouvelée des vendanges
Les deux représentations des vendanges, quoique contemporaines, semblent d’abord sans rapport. En effet, la gravure Les vendanges présente une scène générale, sans contexte, où les paysans sont des figures sans personnalité propre, placés dans des situations archétypales. Le propos est comique, paillard et même grivois : les vendanges sont l’occasion d’un travail éprouvant, mais associé à la fête et à la beuverie. L’horizon bachique est encore plus marqué dans les légendes, où l’on exalte les qualités du « gros buveur » et « les jambes » ou encore « les flancs » des femmes. A travers cette lithographie, on associe pour le grand public (et les ruraux eux-mêmes) directement les « vertus » du vin et celles des paysans : le gros travailleur est un grand buveur, et un grand coquin. A la fin du XIXe siècle, on reprend l’imagerie traditionnelle et immémoriale du vin et des vendanges.
Au contraire, dans Coin de vigne, Languedoc, Debat-Ponsan centre l’attention (du spectateur et de l’homme au second plan qui en est une figure mise en abîme) sur un personnage et un lieu précis. Associant le réalisme technique et un certain idéalisme (justement servi par la précision des traits et de la lumière) l’artiste suggère la pureté de ce monde paysan au travail. Les vendanges ne renvoient pas à la fête et à la griserie. La jeune femme est fière, belle et digne. On peut suggérer que l’artiste propose une perception renouvelée, moderne et à contre-emploi des vendanges, écartant justement les thèmes proposés dans la première image, pour mieux exalter ce monde rural.
Quoique différentes et même opposées, les deux images se rejoignent sur certains points. D’une part, on constate dans les deux cas l’absence de changement et de progrès techniques dans l’exercice des vendanges. Les mêmes instruments sont utilisés. D’autre part, on comprend que les vendanges sont l’occasion d’une certaine répartition des tâches : les femmes et enfants ne font que ramasser alors que le transport est assurés exclusivement par les hommes, pressent le raisin. Ainsi, les paysannes sont totalement absentes du troisième et dernier niveau de la gravure. Enfin, les vendanges, comme les moissons, se font en commun, et sont donc une occasion de sociabilité parfois festive.
Auteur : Alban SUMPF