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Titre : Le courage guerrier ou le courage Gaulois.
Auteur : François GERARD (1770-1837)
Date de création : 1830
Dimensions : Hauteur 260 cm - Largeur 142 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Versailles (Versailles) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 06-522172 / MV9088;inv4743;C372
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Titre : Scène de bataille : guerrier gaulois à cheval.
Auteur : Théodore CHASSERIAU (1819-1856)
Dimensions : Hauteur 32.6 cm - Largeur 42.6 cm
Technique et autres indications : Aquarelle.
Lieu de Conservation : Musée du Louvre (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 00-012574 / RF24367
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Titre : Brennus et sa part de butin.
Auteur : Paul Joseph JAMIN (1853-1903)
Date de création : 1893
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Lieu de Conservation : Musée des Beaux-Arts de La Rochelle (La Rochelle) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 90-006420
A l’origine étaient les Gaulois
Jusque dans les années 1820, l’histoire de France se fonde sur celle des princes dont les historiens dressent les portraits « psychologiques » (Clovis, Childéric). Cette tradition est rejetée par la génération de 1820 (François Guizot, Augustin Thierry) qui initie la vision de l’histoire nationale comme définition d’une identité commune. En dépit des connaissances encore minces sur les Gaulois, ils cristallisent la quête de l’origine du peuple français à travers tout le siècle, depuis la première Histoire des Gaulois d’Amédée Thierry (1828) à l’Histoire de la Gaule de Camille Jullian (1926). La familiarisation et l’appropriation des Gaulois par les Français se fondent successivement sur la vision romantique du « peuple », sur le souci naissant des monuments historiques comme patrimoine national, puis sur l’élaboration d’une vulgate historique servant la cause de l’unité et de l’indivisibilité de la France républicaine. Les œuvres choisies correspondent à autant de moments de cette construction identitaire.
Combattant farouche ou barbare sans pitié ?
Pour illustrer Le courage guerrier, François Pascal Simon Gérard (1770-1837) aurait pu choisir maints exemples dans l’histoire nationale. Il choisit comme allégorie un Gaulois, c’est-à-dire ni un stratège ni un vainqueur, à peine un héros. Echo de la tentative de forcer le double encerclement des armées romaines à Alésia, la composition est centrée sur la personnification du courage, dans des teintes nocturnes. Seul face à plusieurs ennemis retranchés, invisibles et lourdement armés de lances, le guerrier leur présente sa poitrine nue et blanche. Cheveux roux au vent, son attitude de défi typiquement romantique se lit dans la dynamique imprimée à l’ensemble de son corps, qui inscrit une verticale dans l’axe de la toile venant interrompre les horizontales tracées par les piques ennemies.
L’aquarelle de Théodore Chassériau (1819-1856), de petit format, met en scène dans un réel entassement la lutte inéquitable entre un guerrier à cheval et des civils soumis au meurtre, au pillage et au viol. Sur un cheval cabré pour franchir un mur de cadavres, le Gaulois s’apprête à frapper de sa hache brandie en l’air le dernier homme debout, mains nues ; dans l’autre diagonale, une femme tente de retenir la captive qu’il enlève et traîne ligotée à la croupe de sa monture. Ce trophée vivant et dénudé va de pair avec un trophée mort, une tête d’homme séparée de son corps. Les précieux drapés des vêtements des victimes et la tunique immaculée du guerrier tranchent avec l’arrière-plan crépusculaire, où une population subit l’impitoyable barbarie gauloise.
Au Salon de 1893, le tableau de Paul-Joseph Jamin (1853-1903) était un monument de classicisme en comparaison des toiles de Cézanne accrochées aux cimaises voisines : une touche très lisse, des contrastes élaborés entre l’or omniprésent, les peaux blanches des personnages féminins et les couleurs des fresques et des vêtements. Dans une veine orientaliste, surchargée de détails précieux, le peintre livre une composition rigoureuse où contraste un extérieur barbare, masculin, hilare, et un intérieur raffiné, féminin, inquiet, dans lequel il fait irruption. Obstruant le seuil qui offre une faible source de lumière, juché en haut de quelques degrés, Brennus apparaît d’autant plus terrifiant que Jamin a poussé à son comble l’érotisme des jeunes Romaines promises au viol.
Un lent et sinueux changement de regard
Amédée Thierry a fixé pour les décennies à venir l’apparence du Gaulois dans les représentations, pourtant sévèrement critiquée par les archéologues à partir des années 1860. François Gérard, élève de David, a peint tout ce que l’Empire comptait de personnages importants et excellait dans la peinture historique. Commande officielle, Le courage guerrier devait initialement être accroché au Louvre avec Le Génie, La Générosité et La Constance – vertus cardinales du peuple français – en complément de l’hommage à la lignée royale des Bourbons figuré par Henri IV et Charles X. Après les Trois Glorieuses (1830), le nouveau roi Louis-Philippe confirme la commande et en fait don à Versailles. L’ensemble est accroché dans la Salle du Sacre… salle bonapartiste avec les deux tableaux immenses de David : Le sacre de Napoléon, le 2 décembre 1804, et Le serment fait à l’Empereur par l’armée après la distribution des aigles, le 5 décembre 1804. Une forme de continuité se trouve ainsi tracée d’un régime à l’autre ; le Gaulois incarne alors surtout combativité, résistance et intrépidité.
Avec le tableau de Chassériau, lecteur revendiqué de César à une époque où le thème fait florès en peinture, c’est la face sombre du « Gaulois » qui se trouve dénoncée – même si les erreurs de représentation (hache, sandales) invalident la scène sur le plan documentaire et témoignent des confusions de ce milieu de siècle. Cependant, la vaillance et la maîtrise des armes ou de l’art de la cavalerie s’inscrivent bien au crédit des Gaulois, que Chassériau a magnifiquement brossés, sans braies ni nattes d’ailleurs, dans La Défense des Gaules (1855), l’œuvre la plus ambitieuse de la fin de sa carrière. Dans son Essai sur la formation et les progrès du Tiers-état (1856), Augustin Thierry fait naître la France avec la Gaule et théorise l’identité entre la France, le Tiers-état et les Gaulois ; il estime que la noblesse franque est une « race » qui a conquis le Tiers-état gaulois. Les Germains remplacent ainsi les Romains en tant qu’ennemis « héréditaires ».
Le Brennus de Jamin tire son nom du celte « brenn », le chef ; à la tête d’une petite troupe aguerrie, il a traversé les Alpes et pris Rome en 390 avant Jésus-Christ. Recevant le butin de 1000 livres d’or, il aurait prononcé le fameux « Vae victis » : malheur aux vaincus ! Après les incursions républicaine (1796-7) et impériale (1849) en Italie et la défaite face à la Prusse (1870), cet épisode vient rappeler l’ancienneté de la valeur militaire des Français. En revanche, si Brennus, figure de conquérant, a longtemps été préférée à celle de Vercingétorix, le vaincu glorieux, ce n’est plus le cas en cette fin de XIXe siècle. Mais la France connaît aussi une forte poussée de sentiment patriotique due au double conflit avec l’Allemagne : on oppose désormais systématiquement les Germains aux Gaulois, sans que les savants parviennent à bien situer dans le récit national ce peuple celte écrasé par le poids de la culture gréco-romaine, acteurs d’un âge du fer souvent confondu avec les âges de la Préhistoire tardive.
Auteur : Alexandre SUMPF
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