L'Histoire par l'image 1789-1939

L'Histoire par l'image 1789-1939
Hors-série Napoléon Bonaparte
Réunion des musées nationaux en partenariat avec la Direction générale des patrimoines

Le chef gaulois

Gaulois. Gaulois.
Jean-Baptiste CARPEAUX.
Gaulois. Gaulois.
Henri Alfred DUBOIS.
Chef gaulois. Chef gaulois.
Emmanuel FREMIET.
Gaulois.

© Photo RMN - T. Ollivier

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Titre : Gaulois.

Auteur : Jean-Baptiste CARPEAUX (1827-1875)
Dimensions : Hauteur 5.5 cm - Largeur 10 cm
Technique et autres indications : Encre noire.
Carnet de croquis.
Annotation : Album contenant cent quatre feuillets, Paul Foucart
Lieu de Conservation : Musée des Beaux-Arts d'Arras (Arras) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 07-500564 / CD2folio104recto

Gaulois.

© Photo RMN - Droits réservés

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Titre : Gaulois.

Auteur : Henri Alfred DUBOIS (1859-1943)
Dimensions : Hauteur 5.9 cm - Largeur 5.9 cm
Technique et autres indications : Bronze.
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 90-014019 / MEDOR456

Chef gaulois.

© Photo RMN - H. Lewandowski

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Titre : Chef gaulois.

Auteur : Emmanuel FREMIET (1824-1910)
Date de création : 1864
Dimensions : Hauteur 157 cm - Largeur 150 cm
Technique et autres indications : Bronze.
Fondeurs : Jacquier et Daurere. Commande impériale du 10 mars 1864. Ecrit sur le socle: "L'armure et les armes font partie des collections du musée"
Lieu de Conservation : Musée des Antiquités nationales (Saint-Germain-en-Laye) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 93-000807 / MAN22355


Contexte historique

Le retour de Vercingétorix

Traditionnellement, la royauté française se réclamait de Clovis et des Francs. Ses adversaires républicains se sont eux choisi un personnage alors moins bien connu sur le plan historique : Vercingétorix, proclamé champion de l’indépendance nationale, de la liberté du peuple, de la bravoure et du sacrifice. Au XIXe siècle, période de surgissement des nationalismes partout en Europe, les Français ne peuvent plus se revendiquer Francs ; quant à l’origine gréco-romaine, elle renvoie pour ses détracteurs autant au césarisme de Bonaparte qu’à l’intervention de l’Eglise catholique dans les affaires nationales. La réappropriation du passé gaulois en général et de Vercingétorix en particulier, solution à ce dilemme identitaire, n’est toutefois pas dénuée d’ambiguïté. Napoléon III, tout en signant une Histoire de Jules César, ordonne ainsi des fouilles à Alésia et Gergovie (1860), puis à Bibracte (Mont Beuvray, 1867), puis fonde en 1867 le Musée des Antiquités nationales à Saint-Germain-en-Laye. Avec l’empereur, les principales institutions s’emparent de la figure de Vercingétorix : en 1864, l’Académie française lance un concours de poésie qui a pour thème le grand chef arverne. La même année, Gustave Courbet, parmi beaucoup d’autres (Chassériau, par exemple), le peint dans Le Chêne de Vercingétorix. Sous la Troisième République instaurée en 1870, la mise au service de l’instruction publique pour le façonnement précoce d’une conscience nationale consolide l’adoption de Vercingétorix.


Analyse des images

L’archétype du Gaulois

Dans le dessin de Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875), le trait vigoureux à l’encre de Chine brosse en quelques coups de pinceau moyen une carrure, un visage et une attitude qui codifient la représentation du Gaulois. La poitrine nue dit le barbare, mais aussi la force brute, naturelle, soulignée par les muscles gonflés du bras ; les traits simples, le menton, les yeux peignent la détermination ; les attributs capillaires (moustache longue, cheveux lâchés mais non tressés) désignent une « race », presque une caste.

La médaille intitulée Gaulois est signée Henri Alfred Dubois. Le profil apparaissant en fin relief sur une surface vierge d’inscription offre avec un souci du détail réaliste les attributs capillaires (moustache, cheveux longs, nattes) traditionnels de la représentation du Gaulois que l’on doit à l’historien Amédée Thierry (1828). Le flot indiscipliné des cheveux lâchés en arrière contraste avec la lourdeur ornementale des nattes qui encadrent un visage aux formes géométriques nettes.

Le sculpteur Emmanuel Frémiet (1824-1910), spécialisé dans les statues équestres ; on lui doit celle de Jeanne d’Arc rue des Pyramides à Paris, mais il a aussi coulé dans le bronze Du Guesclin, François Ier ou Napoléon III lui-même (1868). Plus que par ses proportions (un peu plus d’un mètre cinquante de haut), c’est par le souci du détail que frappe cette œuvre qui s’attache au moindre détail – au point que l’on a pu qualifier l’art de Frémiet de « réalisme clinique ». Alors que ses massives sculptures d’animaux (implantées par exemple devant le Musée d’Orsay) cherchent à évoquer l’énergie bestiale, il multiplie ici les détails pour donner à voir muscles, poils, regard du cheval ; ou s’applique à saisir le moindre pli des braies, chaque ornement de l’armure, à exposer le plus objectivement possible une arme après l’autre en respectant au mieux les proportions et la place dans l’ensemble.


Interprétation

Les grands hommes qui ont fait la France

Les attributs brossés rapidement dans le dessin de Carpeaux sont autant de codes qui se retrouvent dans les œuvres de Dubois et Frémiet : vigueur, virilité, détermination. Bien que conservée au Musée d’Orsay, la médaille de Dubois ressemble singulièrement à la tête de la statue de Frémiet, commandée par Napoléon III avec son pendant le cavalier romain pour le tout nouveau musée des Antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye : les traits du visage, l’équilibre des nattes, le casque et l’armure sont identiques en tous points. La médaille dessinée par Dubois se veut sans doute un rappel des monnaies antiques en bronze, mais a peut-être surtout servi de mode de diffusion de l’image créée par Frémiet, dans un contexte d’assimilation du thème gaulois par l’ensemble de la haute culture officielle.

Le socle de sa statue porte gravée la mention : « L’armure et les armes font partie des collections du musée ». Avec une précision quasi maniaque, le sculpteur a en effet multiplié l’armement sur cette statue à vocation pédagogique, qui concentre tout ce que l’on croit savoir à l’époque sur les Gaulois. Cette synthèse séduisante mélange en fait époques et régions, au point de manquer son objectif initial en proposant aux visiteurs une œuvre anachronique. En revanche, à la différence de la statue de Vercingétorix par Millet placée sur le site d’Alésia, il n’y a ici nulle ressemblance avec les traits de l’empereur. A partir du milieu des années 1880, dans une République née sous occupation étrangère, la figure de Vercingétorix se propage entre autres sous forme de statues équestres – l’exemple le plus fameux étant l’œuvre de Bartholdi érigée à Clermont-Ferrand. Le XIXe siècle français, tour à tour monarchique, impérial et républicain, a adoubé l’ennemi vaincu de César, symbole du chef intrépide autant que de la nation résistance en armes. A l’instar de celles de Clovis ou Jeanne d’Arc, l’épopée Vercingétorix sert de vecteur à la propagande patriotique. Quoique toujours relativement mal connu, il entre alors définitivement dans le récit national comme un de nos « grands hommes ».

Auteur : Alexandre SUMPF


Bibliographie

  • Anny BRAUNWALD, André HARDY, Dessins de Jean-Baptiste Carpeaux à Valenciennes, Valenciennes, Musée des Beaux-Arts de Valenciennes, 1975.
  • Jean-Louis BRUNAUX, Nos ancêtres les Gaulois, Seuil Univers historique, 2008.
  • Kristof POMIAN, « Gaulois et Francs », in Pierre Nora, (éd.), Les Lieux de mémoire, Gallimard, Paris , 1992, III, Les France, 1, Conflits et partages, p. 40-105.
  • André SIMON, Vercingétorix et l’idéologie française, Paris, Imago, 1989.

Mots-clés

Gaulois - nationalisme

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