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Le lever de l'ouvrière.

© Photo RMN-Grand Palais - F. Vizzavona

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Titre : Le lever de l'ouvrière.

Auteur : Tony ROBERT-FLEURY (1838-1911)
Technique et autres indications : Exposée au Salon des Artistes Français de 1905.
Lieu de Conservation : Agence photographique Rmn, fonds Druet-Vizzavona (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 99-012337 / VZD2116S

Ouvrière, les mains sur les hanches.

© Photo RMN-Grand Palais - T. Le Mage

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Titre : Ouvrière, les mains sur les hanches.

Auteur : Théophile Alexandre STEINLEN (1859-1923)
Dimensions : Hauteur 59.7 cm - Largeur 44.4 cm
Technique et autres indications : Fusain, pastel sur papier bleu.
Lieu de Conservation : Musée du Louvre (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 02-014347 / RF33750

  Contexte historique

Peindre l’ouvrière au début du XXe siècle: du militantisme à l’académisme ?

En 1905, la population ouvrière est estimée à plus de quatre millions de personnes, dont près d’un tiers de femmes. Les travailleuses en tout genre marquent l’époque et constituent un sujet de préoccupation majeur. Au-delà des débats politiques, économiques et sociaux qu’elles suscitent, elles font l’objet de diverses représentations, et « l’ouvrière » s’impose comme un thème littéraire et pictural à part entière.

Le monde ouvrier est souvent relativement familier aux artistes qui s’attachent à le dépeindre à partir du milieu du XIXe siècle. « Engagés », ils montrent la misère ou les difficultés liées au travail à des fins sociales et politiques. Ainsi, Alexandre Steinlen, né à Lausanne en 1859 et marqué par les événements parisiens de 1871, a-t-il travaillé dans l’industrie textile à Mulhouse puis à Paris chez Demange. Dès son arrivée à Paris en 1881, il se lie avec les milieux ouvriers socialistes et anarchistes, illustrant régulièrement leurs revues et journaux comme Le Chat noir, Le Mirliton, La Voix du Peuple, La Feuille ou Le Chambard socialiste. Proche de Toulouse-Lautrec, d’Aristide Bruant, de Vallotton puis de Zola, ce dessinateur, graveur, caricaturiste, illustrateur, affichiste, peintre et sculpteur s’est surtout fait connaître par ses illustrations de périodiques et ses affiches, à l’iconographie à la fois militante et « montmartroise » (comme avec ses fameux chats noirs). Il joue donc un rôle important dans la culture visuelle et politique du temps, dans un contexte de revendications, d’émergence et de relative organisation du mouvement ouvrier.

Mais à la fin du XIXe siècle le thème du travail et des travailleurs, longtemps jugé indigne, finit par s’imposer au-delà des artistes « engagés » pour devenir plus académique. Si le Salon de 1905 expose non seulement Steinlen et sa célèbre toile La rentrée des ouvrières, il montre aussi un peintre plus classique comme Tony Robert-Fleury (1838-1911), spécialisé dans les compositions historiques, les scènes de genre et les portraits. Le Lever de l’ouvrière témoignerait ainsi à sa façon de la normalisation de la représentation du monde ouvrier, traitée sur un mode avant tout esthétique.

  Analyse des images

L’ouvrière est une femme

Avec Le Lever de l’ouvrière, Robert-Fleury choisit une scène intime qu’il travaille dans le sens d’un certain érotisme. Le spectateur y découvre, de dos, une femme partiellement dénudée qui s’étire. La composition est centrée sur ce personnage, et le format même de la toile semble répondre à la nécessité de le montrer des pieds à la main la plus haute, sans étendre la représentation au reste de la chambre.

Juste levée, l’ouvrière a noué autour de ses hanches un léger drap blanc qui tout à la fois révèle et dissimule le bas de son corps. Relevée en chignon, sa chevelure brune dégage entièrement son dos. Encore pieds nus et nichant sa tête dans le creux de son épaule gauche, elle s’étire en un mouvement qui accentue sa chute de reins autant qu’il bombe sa poitrine en partie visible sur la droite. Pour mieux concentrer le regard sur la jeune femme, le peintre a réduit le décor qui l’entoure à un lit défait aux oreillers encore marqués de son empreinte, à un réveil qui trône sur une modeste table de nuit en bois et à un tapis où l’attendent ses chaussons.

Ouvrière, les mains sur les hanches présente un intéressant travail sur les couleurs à travers l’usage du fusain et du pastel. On y devine les influences et la modernité iconographique du milieu où évolue Steinlen, ainsi que ses talents d’illustrateur. Mains sur les hanches, une ouvrière vraisemblablement maghrébine se tient debout devant un mur de briques rouges. Cette jeune et très belle femme est vêtue d’une robe de travail bleue, nouée à la taille par une ceinture noire et dont les manches retroussées montrent des bras très bruns. Elle porte un foulard rouge orangé au cou, et ses cheveux sont couverts d’une coiffe de tissu bleu typique d’Afrique du Nord. Les traits de son visage sont très fins, où le rose des lèvres contraste avec les sourcils et la mèche de cheveux d’un noir profond.

  Interprétation

Erotismes

Les deux images suggèrent de manière différente l’érotisme associé à l’ouvrière. Dans Le Lever de l’ouvrière, Robert-Fleury en révèle peu sur la condition sociale de la jeune femme. Certes, la chambre est petite, très modestement meublée, et le réveil rappelle la contrainte de se lever tôt pour aller travailler. Mais ce décor n’est qu’une sorte de cadre à une étude de nu, traitée par Robert-Fleury dans une veine naturaliste teintée d’un érotisme qui reste osé pour l’époque. La jeunesse et la vigueur d’un corps pas encore abîmé par le labeur suggèrent que les ouvrières qui travaillent et vivent souvent seules sont aussi parfois de belles femmes. À la différence des représentations qui marquent leur condition (où elles sont souvent montrées au travail, en habit, ou encore avec d’autres travailleuses), l’ouvrière est ici saisie dans l’intimité, et par là presque abstraite de son statut social. Ainsi ramenée à son corps, l’ouvrière n’est plus objet de débats, de combats ou de craintes, mais l’occasion renouvelée d’une approche picturale, avant tout esthétique et technique.

Au contraire, Ouvrière, les mains sur les hanches présente bien une ouvrière « en tenue », ce qui ne laisse pas de doute sur sa condition. Steinlen choisit lui aussi de suggérer avant tout la beauté, la jeunesse et la vigueur de cette femme. L’érotisme est ici plus discret et plus moderne : il s’appuie sur un certain exotisme (la femme venant des colonies) et sur l’usage des couleurs. Ainsi le pouvoir de séduction qu’exerce cette Maghrébine naît-il essentiellement de l’expression énigmatique de son visage, de son regard envoûtant et de sa mèche de cheveux noirs. Mais elle doit aussi sa beauté à son maintien digne et fier : mains aux hanches, elle semble prête à affronter les difficultés et le labeur, prête à prendre part aux luttes futures.

Auteur : Alexandre SUMPF


Bibliographie

  • Georges DUBY et Michelle PERROT (dir.), Histoire des femmes, tome IV « Le XIXe siècle », Paris, Plon, 1991.
  • Francis JOURDAIN, Un grand imagier : Alexandre Steinlen, Paris, Éditions du Cercle d’Art, 1954.
  • Gérard NOIRIEL, Les Ouvriers dans la société française (XIXe-XXe siècle), Paris, Le Seuil, coll. « Points », 1986.

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