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Folies Bergères. Tous les soirs la Loïe Fuller.

© Photo RMN-Grand Palais - G. Blot

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Titre : Folies Bergères. Tous les soirs la Loïe Fuller.

Auteur : Jean de PAL (1860-1942)
Technique et autres indications : Estampe.
Lieu de Conservation : Musée national de la Coopération Franco-américaine (Blérancourt) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 08-528888 / 69C3

Loïe Fuller dans la Danse du Lys.

© Photo RMN-Grand Palais - Droits réservés

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Titre : Loïe Fuller dans la Danse du Lys.

Auteur : Harry C. ELLIS (1857-?)
Dimensions : Hauteur 18.4 cm - Largeur 22.6 cm
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 87-001110-02 / PHO1984-18-2

Loïe Fuller dansant avec son voile.

© Photo RMN-Grand Palais - M. Bellot

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Titre : Loïe Fuller dansant avec son voile.

Auteur : Isaiah West TABER (1830-1912)
Date de création : 1897
Date représentée : 1897
Dimensions : Hauteur 16.7 cm - Largeur 11.3 cm
Technique et autres indications : Épreuve positive directe.
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 94-018136-02 / PHO1984-18-4

Loïe Fuller et ses élèves devant le sphinx au Caire.

© Photo RMN-Grand Palais - M. Bellot

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Titre : Loïe Fuller et ses élèves devant le sphinx au Caire.

Auteur : Harry C. ELLIS (1857-?)
Date de création : 1914
Date représentée : 1914
Technique et autres indications : Épreuve positive directe.
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 94-018132 / PHO1984-18-25

  Contexte historique

La « fée électricité » de la Belle Époque

Le mythe de Paris « Ville lumière » est indissociable de la « fée électricité » Loïe Fuller, artiste emblématique du climat d’enthousiasme pour le progrès scientifique, technologique et social qui marque la Belle Époque et que célèbre le ballet Excelsior (1881) de Marenco et Manzotti.

Née dans un village de l’Illinois en 1862, Mary Louise Fuller, dite Loïe, débute dans le théâtre amateur à l’âge de quatre ans ; à seize ans, elle anime une troupe ambulante avant d’intégrer une troupe à New York. En 1889, Loïe Fuller émigre à Londres ; en 1892 elle débute à Paris, où elle s’installe avec sa mère Dalilah. Une dame mystérieuse (« the Great Lady ») initie Loïe à la vie culturelle et mondaine de Paris. Dans la cathédrale Notre-Dame, elle conceptualise l’esthétique de ses spectacles : une unité harmonieuse entre la couleur, la lumière, le mouvement et la spiritualité. Ses chorégraphies mettent le progrès technologique au service d’une danse qui exalte la nature à travers des lignes courbes et des mouvements évoquant les fleurs, les papillons, les serpents : enveloppée dans de longs voiles qu’elle agite à l’aide de baguettes et baignée d’une lumière aux teintes changeantes, Loïe rappelle aux spectateurs que l’homme fait partie de la nature. L’originalité de ses danses est l’un des principaux attraits du cabaret des Folies-Bergère, lieu par excellence de la vie parisienne à la Belle Époque, où Loïe Fuller débute et se produit pendant dix ans.

En transcendant le corps pour atteindre une dimension spirituelle où le quotidien est transfiguré par la beauté de l’art, Loïe Fuller devient la muse de l’Art nouveau et des symbolistes, tandis que sa contribution aux innovations en matière d’éclairage et de dispositifs scéniques fascine les metteurs en scène, les photographes, les cinéastes et les scientifiques : parmi ses admirateurs figurent Mallarmé, Rodin, Toulouse-Lautrec, Carabin (voir Représentations de la danseuse à la barre à la fin du XIXe siècle), Ellis, Taber, les frères Lumière, Marie et Pierre Curie, l’architecte Guimard et l’astronome Flammarion. Loïe influence aussi les arts décoratifs et la photographie : une riche production de statuettes s’inspire de ses voiles dansants, et les photographes essayent de saisir la magie de son art.

Loïe Fuller expérimente inlassablement les possibilités des effets de lumière et de couleur sur des tissus à la matière et à la consistance différentes : ce travail lui vaut de nombreux brevets, mais sa santé en pâtit, à cause des longues répétitions sous des lumières violentes qui abîment ses yeux.

Lors de l’Exposition universelle de Paris, en 1900, Loïe fonde son propre théâtre-musée et présente la troupe japonaise de Sada Yacco. En 1901, elle crée sa première compagnie de jeunes danseuses, qui accueille en 1902 Isadora Duncan (voir Isadora Duncan entre hellénisme et modernité). À une époque où les droits des femmes et des homosexuels ne sont pas encore reconnus, Loïe Fuller affiche fièrement ses idées féministes, ainsi que son homosexualité. Entièrement vouée à l’art, elle dépense tout pour poursuivre ses recherches jusqu’à la fin de sa vie ; elle meurt d’une pneumonie en 1928, assistée par Gab Sorère, sa fidèle compagne et collaboratrice depuis 1897.

  Analyse des images

Égérie du Symbolisme et de l’Art nouveau

Le lys a une forte connotation symbolique dans l’iconographie religieuse, où il est associé à la vierge Marie et à l’archange Gabriel qui lui annonce sa future maternité. Loïe Fuller choisit le lys pour sa symbolique, mais aussi pour des raisons affectives : Lily (« lys » en anglais) est le diminutif par lequel Loïe nomme sa mère ; et une mère aimante est aussi la nature pour Loïe, qui veut en reproduire la beauté spirituelle. Pour se métamorphoser en fleur, elle crée une danse qui demande une grande force physique et une parfaite maîtrise des mouvements : dans les passages les plus spectaculaires, les voiles s’élèvent à une hauteur de 3,50 mètres. Cette chorégraphie apparaît dans le film La Féerie des ballets fantastiques de Loïe Fuller, réalisé par Gab Sorère en 1934.

L’affiche réalisée par Pal, peintre et caricaturiste d’origine roumaine, s’inspire de la Danse du Lys, mais sans souci de réalisme : aucune ressemblance physique avec Loïe Fuller, surgissant d’un voile magiquement suspendu en l’air, dont la couleur rouge-orange évoque les surprenants effets de lumière créés par la danseuse.

Sur la photo prise par l’Américain Harry C. Ellis et faisant partie d’une série réalisée en extérieur, la métamorphose de Loïe en lys est accomplie : le corps disparaît dans le voile qui prend la forme du calice typique de cette fleur. Dans le jardin, Loïe n’a pas besoin de lumières particulières : celle du jour lui suffit pour renforcer l’image d’une danse proche de la nature.

L’Américain Isaiah West Taber saisit sur ce cliché l’énergie et le bonheur de Loïe Fuller en action : son visage souriant et l’apparente légèreté des voiles dissimulent l’effort physique.

Fascinée par les cultures anciennes et exotiques qui reconnaissaient la sacralité de la danse, Loïe Fuller part en 1914 pour l’Égypte avec ses élèves. Dans cette photo, prise par Ellis, la position des danseuses à terre et la pose de Loïe, debout au milieu, les bras ouverts dans un geste hiératique, reprennent la forme triangulaire de la tête du Sphinx, en évoquant aussi la silhouette des pyramides égyptiennes.

  Interprétation

Génie et ténacité d’une pionnière

Les symbolistes admirent Loïe Fuller sur la scène, mais ils ne la jugent pas suffisamment cultivée pour l’admettre dans leur cénacle : trop grand est le clivage entre la femme-fleur incarnée par Loïe sur la scène et la femme réelle qui n’est pas aussi belle et raffinée que Cléo de Mérode (voir Cléo de Mérode, une icône entre Romantisme et Symbolisme), ni aussi charmante et souple qu’Isadora Duncan (voir Isadora Duncan entre hellénisme et modernité).

Le succès de Loïe Fuller est le fruit d’une grande inventivité, d’une profonde intelligence de la scène et d’un travail acharné qui permettent à cette artiste autodidacte de révolutionner la danse et les arts de la scène. Pendant quelque temps, Loïe ne s’intéresse pas au cinéma, à cause de son réalisme et de l’effet d’absorption de la lumière qui est l’exact contraire de ses danses, où le corps renvoie la lumière en devenant lui-même source lumineuse ; mais, quand elle découvre la manière de s’approprier le procédé cinématographique pour l’adapter à sa démarche en en faisant, comme elle dit, « un genre nouveau » où le film devient « un conte fait de lumière et d’irréel », ses réserves sur le cinéma tombent ; en 1920, Loïe réalise avec Gab Sorère son premier film, Le Lys de la vie, tiré d’un conte de la reine Marie de Roumanie, amie de la danseuse.

À une époque où l’industrialisation commence à éloigner l’homme de la nature et de lui-même, Loïe Fuller utilise la technologie pour créer un univers de rêve qui charme le public, quel que soit son niveau d’instruction.

Auteur : Gabriella ASARO


Bibliographie

  • Loïe Fuller danseuse de l’Art nouveau, catalogue de l’exposition du musée des Beaux-Arts de Nancy, 17 mai-19 août 2002, Paris, Éditions de la Réunion des musées nationaux, 2002.
  • Loïe FULLER, Ma vie et la danse, suivie de Écrits sur la danse, Paris, Éditions de l’Œil d’or, 2002.
  • Giovanni LISTA, Loïe Fuller danseuse de la Belle Époque, Paris, Hermann Éditeur des Sciences et des Arts, 2006.

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