© Photo RMN-Grand Palais - R. G. Ojeda
Titre : La tombe de Ronald Hoskier.
Auteur : ANONYME
Dimensions : Hauteur 25.4 cm - Largeur 34.8 cm
Lieu de Conservation : Musée national de la Coopération Franco-américaine (Blérancourt) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 07-519448 / DSB193.2
© Photo RMN-Grand Palais - R. G. Ojeda
Titre : Monument commémoratif de la mort d'Hoskier.
Auteur : ANONYME
Dimensions : Hauteur 23 cm - Largeur 17.2 cm
Lieu de Conservation : Musée national de la Coopération Franco-américaine (Blérancourt) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 07-519481 / DSB211.2A
L’escadrille La Fayette à l’heure de l’entrée en guerre officielle des États-Unis, symbole et modèle à suivre
Créée le 20 avril 1916, l’escadrille La Fayette est une unité aéronautique composée de trente-huit pilotes volontaires américains placés sous le commandement de cinq officiers français. Durant ses vingt-trois mois d’existence (elle disparaît le 18 février 1918), les pilotes réalisent de nombreux exploits sur le front, des Vosges à la Picardie. Neuf d’entre eux trouvent la mort au combat, parmi lesquels Chapman (1916), Rockwell (1916), Prince (1916), Genet (1917), Hoskier (1917) ou Lufbery (1918).
Si elle devance l’alliance officielle et l’entrée en guerre effective des États-Unis, la légende en marche de l’escadrille semble à la fois l’annoncer et y préparer, concrétisant et diffusant une image concrète, flatteuse et glorieuse de la collaboration entre les deux pays. L’exemple de ces jeunes gens, engagés au nom de l’amitié franco-américaine et des valeurs « légitimes » de liberté et de démocratie (La Fayette contre Guillaume II), est très apprécié en Europe. Aux États-Unis, les citoyens américains qui suivent et supportent les exploits des pilotes (largement relatés dans la presse) y trouvent un motif de fierté, une indication sur le parti à prendre et, peut-être pour certains, un élément qui les convainc du bien-fondé de la participation de leur pays au conflit.
Quelques jours après l’entrée officielle des États-Unis dans le conflit, le 6 avril 1917, la mort rapprochée de deux membres de la célèbre escadrille (Genet le 17 et Hoskier le 23) prend alors une valeur très particulière. S’ils appartiennent toujours à l’armée française, ces héros de l’escadrille deviennent des symboles, des exemples et des modèles pour tous les jeunes soldats américains qui vont pouvoir, à leur niveau, participer à la gloire dont ils ne percevaient jusqu’alors qu’un écho.
Dans ce contexte, on comprend l’importance de la photographie intitulée La tombe de Ronald Hoskier : célébrer l’un de ces héros et montrer l’hommage que les alliés français lui rendent immédiatement.
Croix de bois et stèle de marbre
La photographie La tombe de Ronald Hoskier a été prise sur les lieux mêmes du crash, peu après l’accident. La présence d’un soldat en uniforme français (ou anglais) sur la droite ainsi que l’inscription sur la croix indiquent que nous nous trouvons du côté allié. Du biplace Morane où Hoskier et son mitrailleur Dressy avaient pris place ne subsistent que des débris épars. On reconnaît l’habitacle sur la gauche avec, semble-t-il, le siège du pilote. Au centre, divers éléments du châssis et une roue. À droite, un cylindre qui est l’une des pièces du moteur. La tombe à proprement parler consiste en une simple croix de bois, dressée en plein milieu des restes de l’appareil. Elle porte la mention suivante, inscrite à la peinture blanche ou à la chaux : « ICI SONT TOMBÉS Serg.[ent] Pilote RONALD HOSKIER – Mitrail.[leur] JEAN DRESSY – 23-4-17 – Escadrille La Fayette – MORT [sic] POUR LA FRANCE ».
Monument commémoratif de la mort d’Hoskier montre une stèle de marbre sombre, composée d’un cube surmonté d’une colonne tronquée. Si l’inscription du bas est quasiment illisible, on peut déchiffrer celle de la partie haute : « Ici est tombé le 23 avril 1917, à une heure de l’après-midi, après un dur combat contre trois avions ennemis, le sergent pilote RONALD WOOD HOSKIER, âgé de 21 ans, aviateur volontaire américain de l’escadrille Lafayette [sic], avec son mitrailleur, l’adjudant français JEAN DRESSY, âgé de 28 ans. »
De l’air à la terre
Ronald Hoskier représente bien le type de pilotes composant l’escadrille : jeune, brillant et de bonne famille. Né le 21 mars 1896 à South Orange dans le New Jersey, il est étudiant à Harvard à partir de l’automne 1914 et s’entraîne dans le même temps à piloter des avions. En février 1916, il quitte l’université pour rejoindre ses parents, engagés en France dans le service des ambulanciers volontaires de Richard Norton. Après quelques mois de service dans le corps ambulancier Norton-Harjes, il intègre la Légion étrangère en août 1916 puis l’escadrille La Fayette le 11 décembre 1916. Le 23 avril 1917 il prend les commandes d’un biplace Morane Sautier 3 pour une mission au front, situé près de Saint-Quentin. Resté à l’arrière des autres avions de la formation de combat (son appareil est plus lent), il est surpris par des avions ennemis et abattu après quinze minutes de combat. Son biplace, dont des restes sont visibles sur La tombe de Ronald Hoskier, s’écrase près de Grugies. L’adjudant français Dressy et Hoskier trouvent la mort sur le coup. Hoskier est ensuite enterré symboliquement à Ham à côté de Genet (autre pilote américain de l’escadrille mort le 17 avril) et décoré de la Croix de guerre à titre posthume le 1er mai.
Le village de Grugies fait ériger la stèle commémorative visible sur la seconde photographie dans les années 1920, en même temps que les autres monuments aux morts, tous placés dans le cimetière communal.
Cette tombe et cette stèle sont bien sûr très différentes. Mais dans les deux cas, l’inscription en français, doublée de l’enfouissement du corps des pilotes dans le sol national, noue profondément l’alliance de l’Américain Hoskier et de la patrie (sa terre et ses « sillons ») française. Alliance qui est aussi celle avec Dressy puisque, unis au combat et dans la mort, ils le sont dans les textes commémoratifs. La photographie La tombe de Ronald Hoskier, prise pour mémoire mais aussi pour diffusion, peut donc jouer son rôle politique et symbolique auprès des soldats et du public.
Auteur : Alexandre SUMPF
dressy était mitrailleur-stagiaire ;leur vainqueur est willy schunke de la jasta 20 qui sera tué 1 mois plus tard etc...