© Photo RMN-Grand Palais
Titre : Louis-Philippe, Duc d'Orléans, arrive à l'Hôtel de Ville de Paris
Auteur : Eloi-Firmin FERON (1802-1876)
Date de création : 1837
Date représentée : 31 juillet 1830
Dimensions : Hauteur 122 cm - Largeur 149 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Titre complet : Louis-Philippe, Duc d'Orléans, nommé lieutenant général du Royaume, arrive à l'Hôtel de Ville de Paris.
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Versailles (Versailles) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 85DE866/MV 5796
© Photo RMN-Grand Palais - F. Raux
Titre : Incendie et destruction de l'hôtel de ville de Paris.
Auteur : ANONYME
Date représentée : mai 1871
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 07-517495 / 53.86.705C
© Photo RMN-Grand Palais - Bulloz
Titre : Fête devant l'Hôtel de Ville, fête franco-russe en 1895.
Auteur : Théodore-Joseph-Hubert HOFFBAUER (1839-1922)
Date représentée : 1895
Lieu de Conservation : Musée Carnavalet (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 08-515821
Au XIXe siècle : un lieu politique majeur
De 1789 à 1794, l’hôtel de ville a abrité le Comité de salut public. En juillet 1830, la commission municipale provisoire que préside Lafayette s’y installe à son tour durant les Trois glorieuses et reçoit là, le 31, le duc d’Orléans qu’elle avalise comme souverain du nouveau régime. C’est depuis ce même édifice que la République est proclamée en février 1848 par Lamartine et là encore que siège le comite central de la Commune, élu le 26 mars 1871. Contraints au repli par l’offensive engagée fin mai par l’armée de Versailles, les communards abandonnent le bâtiment avant de l’incendier, « comme un amant jaloux qui en mourant poignarda sa maîtresse » écrit le géographe et communard Elisée Reclus.
Une toile d’Eloi Féron, peinte en 1836, et une gravure d’Epinal illustrent deux de ces épisodes révolutionnaires. Sous le Second empire, l’hôtel de ville, devenu le siège de la Préfecture, accueille de brillantes fêtes officielles, lors de la visite à Paris de la reine Victoria en particulier. Le bâtiment renoue avec une telle fonction après sa reconstruction, décidée par le conseil municipal des août 1871 et achevée en 1883, et redevient un espace de fêtes et célébrations à caractère officiel. Un dessin du peintre et architecte Hoffbauer Théodore représente l’une d’elles, en l’honneur de l’escadre russe reçue à Paris le 22 octobre 1893 dans le cadre de l’alliance franco-russe.
Au cœur de l’événement
Eloi Féron est un élève de Gros. Ce familier de Louis Philippe, réalise cette œuvre de commande qui représente le futur souverain arrivant à l’hôtel de ville le 31 juillet 1830. Le futur souverain, suivi par Benjamin Constant, en chaise à porteur, et entouré de députés, en redingotes. Au sein de la foule dense qui l’acclame en arborant le drapeau tricolore, des gardes nationaux, des ouvriers, inscrit pour l’un d’eux dans le prolongement du drapeau, des parisiens d’allure plus aisée et de rares femmes. Devant l’édifice municipal, pavoisé de tricolore, la garde nationale attend celui qui doit à l’uniforme revêtu de s’afficher pour l’un des siens. Le réalisme affiché de cette œuvre néoclassique ne saurait occulter qu’elle répond au besoin de réaffirmer l’unanimisme entre le Peuple et son souverain, présumé avoir été scellé ce jour, à l’heure où l’attentat de Fieshi (1835) et les mesures autoritaires prises en réponse l’ont singulièrement mis à mal. Devant le cheval du futur Louis Philippe, un ouvrier fait disparaître les dernières traces de barricades, en signifiant ainsi l’ordre restauré. Comme dans la plupart des gravures contemporaines, la garde nationale occupe une place prééminente quand elle ne fut qu’un acteur tardif et marginal des Trois glorieuses ; cependant que la verticalité du drapeau arboré donne à entendre que l’histoire est achevée.
Charles Pinot, dessinateur parisien employé par Pelerin avant de fonder sa propre imprimerie en 1860 réalise une série de gravures hostiles à la Commune représentant l’incendie et la destruction de l’hôtel de ville. La construction de la gravure montre l’armée de Versailles, dotée d’uniformes bleus et rouges, à l’offensive, soulignée par les gradés, sabre au clair, arborant pour l’un d’eux le drapeau tricolore. Face à elle, les insurgés derrière un drapeau rouge. Leur barricade constitue un obstacle entre l’armée et l’hôtel de ville en flammes. Un texte explicite de manière quelque peu redondante ce que l’image suffit à signifier.
Théodore Hoffbauer à qui l’on doit de nombreux tableaux consacrés à Paris s’attache à la spectaculaire architecture éphémère conçue à l’occasion d’une retraite aux flambeaux en l’honneur de l’escadre russe. Avec, sur la hune d’un des mâts de vaisseaux reconstitués, l’emblème de l’empire russe mêlés à d’innovantes illuminations au gaz. Une foule dense (majoritairement masculine) assiste à la retraite, précédée de la musique militaire. Les officiels font de même depuis le seuil de l’hôtel de ville illuminé et pavoisé.
Un espace de souveraineté
Les deux premiers documents rappellent que la rue parisienne a joué un rôle décisif pour faire et défaire les régimes durant les deux premiers tiers du XIXe siècle, en conférant chaque fois à l’hôtel de ville un statut politique hors norme qui lui valut de s’imposer pour un lieu de souveraineté. Après la défaite de la Commune et la « deuxième naissance du suffrage universel » (1875), la province pèse d’un poids d’autant plus décisif que Paris se voit soumis à un statut d’exception qui le prive d’un maire élu (jusqu’en 1977). Les cérémonies déployées sur la place attenante n’en revêtent pas moins un fréquent caractère de souveraineté, qui témoigne d’une ambivalence conservée.
Auteur : Danielle TARTAKOWSKY