© Photo RMN-Grand Palais - T. Le Mage
Titre : Assassinat de Fualdès le 19 mars 1817 : translation du cadavre.
Auteur : Théodore GERICAULT (1791-1824)
Date représentée : 19 mars 1817
Dimensions : Hauteur 21 cm - Largeur 27 cm
Technique et autres indications : Dessin, encre brune, lavis brun, mine de plomb, plume.
Lieu de Conservation : Musée du Louvre (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 09-576929 / REC30
© Photo RMN-Grand Palais - F. Raux
Titre : Assassinat d'une religieuse par un forçat.
Dimensions : Hauteur 22 cm - Largeur 30.2 cm
Technique et autres indications : Bois de fil, pochoir, vergé.
Vers 1840. Périaux Emile, éditeur, imprimeur, Rouen
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 09-569318 / 981.38.11C
© MuCEM, Dist. RMN-Grand Palais / image MuCEM
Titre : Le crime du Kremlin-Bicêtre Supplément illustré du Petit Journal.
Date de création : 1897
Date représentée : 26 décembre 1897
Technique et autres indications : Imprimé, daté du 25 août 1907.
Sous-titres : L'assassinat - Le cadavre brûlé
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 09-570716 / b-3blpf1-371-0001-8
© MuCEM, Dist. RMN-Grand Palais / image MuCEM
Titre : Le crime de Monte-Carlo. Supplément illustré du Petit Journal.
Date représentée : 25 août 1907
Technique et autres indications : Imprimé, daté du 25 août 1907.
Sous-titre : Le crime de Monte-Carlo : une femme coupée en morceaux : Portrait de la victime et des coupables.
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 09-570722 / b-3blpf1-875-0001
Le XIXe siècle et la question du crime
Tout au long du XIXe siècle, la croissance significative de la population urbaine et le développement des faubourgs où règnent promiscuité, insalubrité et pauvreté ont pour conséquence une augmentation sensible du taux de criminalité, en particulier à Paris et à Londres. De là naît une angoisse permanente du crime et des classes dites « dangereuses » qui s’empare de toute la société. Écrivains et artistes sont en grande partie responsables de cet état de fait : Victor Hugo avec Le Dernier Jour d’un condamné (1829) et Eugène Sue avec Les Mystères de Paris inscrivent la figure du meurtrier dans l’imaginaire collectif, tandis que Balzac tisse une géographie du crime parisien dans La Comédie humaine et que Zola dessine une anthropologie du tueur-né. La presse n’est pas en reste : avec l’ouverture des audiences au public en 1789, spectateurs et journalistes se pressent sur les bancs des assises pour voir la justice à l’œuvre. Les affaires judiciaires sont minutieusement décrites dans les nombreux quotidiens populaires qui fleurissent. C’est ainsi que le fait divers criminel, déclencheur de passions, acquiert une place privilégiée au sein de la société française.
Faits divers sanglants
Les artistes du XIXe siècle éprouvent une fascination envers le crime, la violence de l’acte et de la mort, qu’ils cherchent à traduire de la manière la plus expressive possible. Ce thème traverse en particulier l’œuvre de Théodore Géricault (1791-1824), peintre romantique à la sensibilité exacerbée, qui s’est notamment penché sur l’assassinat d’Antoine Bernardin Fualdès, un député de l’Aveyron égorgé à Rodez dans la nuit du 18 au 19 mars 1817 par plusieurs complices au son d’un orgue de barbarie destiné à couvrir ses cris. La personnalité de la victime, ancien procureur général, franc-maçon et membre du Tribunal révolutionnaire, et les zones d’ombre qu’elle comportait ont incité la presse à chercher des mobiles politiques à cette affaire, la première du genre à être largement couverte au niveau national. Le sujet a inspiré Géricault qui, désireux de faire entrer ce fait divers dans l’histoire, a réalisé une série de dessins préparatoires en vue d’un tableau de Salon jamais exécuté. Elle représente les diverses étapes de cet assassinat, depuis l’enlèvement du député jusqu’à la fuite des meurtriers. Dans l’esquisse consacrée à la translation du cadavre de Fualdès vers l’Aveyron où il fut immergé, les attitudes haineuses des assassins et la composition pyramidale de la scène traduisent l’intensité des passions criminelles.
Donnant une place de choix aux faits divers criminels, les journaux quotidiens et les canards, feuilles volantes d’information, les relatent à coups de récits fourmillant de détails sanglants et d’illustrations en couleur de grand format. C’est notamment le cas d’une gravure coloriée au pochoir représentant l’assassinat d’une religieuse par un forçat, imprimée à Rouen par Émile Périaux vers 1840 : dans cette page, sans doute issue d’un canard ou de l’imagerie d’Épinal, l’image représente le moment le plus spectaculaire du crime, lorsque l’assassin brandit son couteau sur la religieuse. L’épaisseur du trait, typique de la gravure sur bois de fil, les larges aplats noirs et les couleurs criardes renforcent l’expressivité de la scène. Outre les précisions qu’il apporte sur les circonstances du crime, le texte évoque la douceur et les nombreux mérites de la victime pour mieux souligner l’ignominie de l’acte.
La formule évolue quelque peu dans les quotidiens qui prennent le relais des canards à partir des années 1850 : comme le montrent ces deux suppléments au Petit Journal, l’image règne en maître. L’édition du 26 décembre 1897 consacre ainsi sa une et sa quatrième de couverture au crime du Kremlin-Bicêtre et accompagne les deux illustrations en couleur de brèves légendes faites pour susciter l’effroi et la curiosité du lecteur. Le théâtre du crime et son horreur sont figurés d’une manière encore plus hyperréaliste à la une du supplément daté du 25 août 1907 : il s’agit ici du crime de Monte-Carlo et d’une femme coupée en morceaux. Cet aspect du drame organise toute l’illustration qui, pour mieux frapper les esprits, présente en médaillons les portraits de la victime et des coupables.
Le triomphe des journaux à sensation
La place qu’une certaine presse consacre aux faits divers témoigne de la fascination que le crime et les figures de criminels exercent sur un lectorat esentiellement populaire. Ce phénomène est perceptible dès le début du XVIIIe siècle dans les canards, publications occasionnelles consacrées à la relation d’événements extraordinaires, où les crimes se taillent la part du lion. Leurs illustrations « choc » et leurs textes prolixes en épithètes et détails suggestifs font les délices du public durant toute la première moitié du XIXe siècle. Toutefois, ces canards sont bientôt concurrencés par la presse à grand tirage qui tire profit des progrès techniques (invention de la presse rotative entre autres) et du recul de l’illettrisme pour prendre son essor à partir des années 1850 et s’affirmer comme le véritable média de masse. Les principaux journaux, dont les tirages se chiffrent à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires, comme Le Petit Journal, premier journal à sensation lancé en 1863 par Moïse Millaud, Le Petit Parisien (1876) ou Le Matin (1884), n’hésitent pas à voler la vedette aux canards en matière de faits divers criminels, grâce au recours massif à l’illustration en couleurs. En outre, le fait qu’ils paraissent quotidiennement leur permet d’informer leurs lecteurs au jour le jour des suites d’une affaire judiciaire et de les tenir ainsi en haleine, suivant le procédé employé pour les romans-feuilletons.
Auteur : Charlotte DENOËL