© MuCEM, Dist RMN-Grand Palais / Jean-Gilles Berizzi
Titre : Carte réclame : Asnières.
Dimensions : Hauteur 6.5 cm - Largeur 9.4 cm
Technique et autres indications : Carton, chromolithographie, rehauts d'or. Courbe-Rouzet (éditeur)
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 05-528630 / 995.1.1837.2A
© Photo RMN-Grand Palais - F. Vizzavona
Titre : La Guinguette.
Auteur : Jean VEBER (1868-1928)
Date de création : 1908
Technique et autres indications : Panneau décoratif destiné à la buvette de l'Hôtel de Ville. Exposé au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts de 1908.
Photographie de François Antoine Vizzavona (1876-1961).
Lieu de Conservation : Agence photographique Rmn, fonds Druet-Vizzavona (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 97-020307 / VZD5798
La guinguette, au cœur d’une nouvelle imagerie populaire
A la fin du XIXe siècle, les guinguettes constituent un référent culturel et identitaire fort, très ancré dans les pratiques et dans l’imaginaire collectif. Divertissement populaire et bon marché, véritable mode de vie et de loisir, ces établissements du dimanche où l’on peut boire, danser, se baigner et se détendre se multiplient, connaissant une hausse de fréquentation significative. C’est donc assez logiquement que les guinguettes deviennent l’objet des représentations les plus diverses et l’un des thèmes privilégiés de l’imagerie populaire, qui s’adresse ici à son public.
L'imagerie populaire connaît depuis la seconde partie du XIXe siècle une véritable révolution, tant du point de vue de la production que de celui de la distribution ou de l’orientation. Le premier facteur décisif réside dans le perfectionnement des techniques de l’estampe et notamment dans l’apparition de la chromolithographie (procédé d’impression lithographique en couleurs mis au point par Godefroy Engelmann à la fin des années 1830). Mais c’est surtout le développement corrélatif du capitalisme industriel, de grands centres urbains, de nouveaux produits, de nouvelles voies de distribution et de nouveaux clients qui, lançant l’âge d’or de la « réclame », explique la multiplication des affiches et autres « cartes réclame ».
Ces vignettes imprimées sur carton sont éditées en série (de 6 à plus de cent images selon les séries) et offertes en masse aux acheteurs des nouveaux grands magasins en échange d’un achat ou pour récompenser la fréquentation de l’établissement. Les thèmes représentés sont très divers, parfois pédagogiques (historiques ou géographiques) mais vantant de plus en plus souvent des produits, des événements (comme les expositions universelles), des régions à visiter ou encore des loisirs à pratiquer. Sur Carte réclame : Asnières, il s’agit de promouvoir la ville d’Asnières sur Seine en évoquant ses célèbres guinguettes.
D’une manière différente, le tableau La Guinguette fait aussi de la guinguette le thème d’une représentation simple, idéalisée et positive, confirmant son importance dans l’imagerie de l’époque.
Scènes de fête
Fidèle aux codes du genre, Carte réclame : Asnières propose une représentation lumineuse et très colorée, impression renforcée par l’utilisation de rehauts d’or assez fréquente à l’époque pour ce type de chromolithographies. Si le trait semble assez simple, l’utilisation partielle de petits points de couleur (visible surtout à la gauche de l’image) évoque une certaine modernité contemporaine de la création de cette carte réclame, celle du pointillisme impressionniste de Seurat, Pissarro ou Signac. A l’extérieur d’un établissement de bois, deux couples de personnages enfantins dansent sur un sol de bois. Ils sont néanmoins vêtus comme des adultes : les garçonnets portent un costume assez inédit qui mêle la référence aux canotiers (le haut de couleur rayé horizontalement aux manches courtes et dans une moindre mesure, leurs couvre-chefs), un pantalon blanc, des bottes et une ceinture de tissu. Les fillettes arborent des toilettes assez élégantes, élaborées et très colorées (jaune et rouge), avec des coiffes enrubannées assorties. La danse semble assez joyeuse, riche de mouvements amusés des « hommes » et des minauderies coquettes des « femmes ». Au second plan, on devine, esquissée, la terrasse de la guinguette située sous un auvent, ou un homme attablé boit un verre en contemplant le paysage arboré.
Si la photographie de La Guinguette, panneau décoratif destiné à la buvette de l'Hôtel de Ville est en noir et blanc, la peinture originale est, elle aussi, assez colorée. Elle est signée Jean Veber (1868 1928), sociétaire de la Société Nationale des Beaux-Arts depuis 1901. L’artiste choisit ici de figurer la guinguette à travers un large panorama, dont la composition et la distance du point de vue ne sont pas sans rappeler celles de Bosch. Sur fond de paysage rural (les champs au second plan), une grande scène de fête est figurée, où l’on joue de la musique, où l’on danse (à gauche), où l’on boit (les tables à droite), où l’on est ivre (de nombreux hommes titubent ou sont affalés), où l’on batifole (couples au premier plan), et où l’on joue à la pétanque (premier plan à droite). Les arbres portent des maisons (à gauche) ou deviennent des maisons à visage humain (à droite) apportant une touche iconographique de conte fantastique pour enfants. On reconnaît toutefois les « éléments » de la guinguette : un établissement et son tenancier sur le pas de la porte, la vente de boisson (les tonneaux), les tables et la danse.
La guinguette idéalisée, entre retour en enfance et joies d’adultes
Les deux images proposées figurent une représentation idéalisée de l’essence de la guinguette, qui évoque positivement les caractéristiques générales de ce qui apparaît avant tout comme lieu de sociabilité et de détente festive. Si Carte réclame : Asnières appartient à une série de cartes qui promeuvent la ville, c’est bien la guinguette qui est ici vantée comme un lieu de couleurs et de joie. Quant à La Guinguette, elle rappelle à propos, au cœur de la ville, que la guinguette est vécue comme une partie de campagne, où les Parisiens se rendent le dimanche pour festoyer, parfois avec de gentils excès. Dans les deux cas, on souligne les traits caractéristiques de cette pratique culturelle, en signifiant avec insistance les éléments qui constituent l’imaginaire collectif de la guinguette (danse, verdure, nature, alcool, fête, charme, jeux et loisirs etc.)
Un point semble cependant assez troublant, qui concerne la référence à l’enfance et à l’âge adulte. D’un côté, Carte réclame : Asnières suggère que la guinguette est un lieu où l’on retombe en enfance, retrouvant dans cette fontaine de jouvence l’insouciance de ses jeunes années que l’on oublie dans les tracas urbains de la semaine. De même, La Guinguette diffuse une atmosphère fantastique (les arbres habités) irréelle et quelque peu enfantine, loin du réel et de ses complications. Mais ces enfants ont des pratiques adultes : le charme est présent sur Carte réclame : Asnières, où les « demoiselles » ne sont peut-être pas si naïves et sur La Guinguette où les couples ne se contentent pas de jeux innocents.
D’ailleurs, si l’évocation assez marquée de l’alcool et de ses effets dans cette dernière œuvre peut être appréciée positivement (comme l’un des facteurs permettant d’oublier le quotidien et de s’évader du réel), elle comporte aussi un aspect inquiétant (propre au fantastique évoqué précédemment) dû aux corps et aux visages déformés ainsi qu’à une atmosphère de désordre généralisé.
Auteur : Alexandre SUMPF
Merci
agence photographique de la Réunion des musées nationaux.
Pour une recherche plus approfondie sur sa vie, vous pouvez également faire une recherche dans les fonds de la Bibliothèque nationale de France, ou, si vous savez où chercher, en vous adressant aux services d'archives.