© Photo RMN-Grand Palais - G. Blot
Titre : Folies-Bergères - L'orchestre des éléphants de Sam Lockart.
Auteur : ANONYME
Dimensions : Hauteur 120 cm - Largeur 84 cm
Technique et autres indications : Lithographie
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 05-509288 / 55.46.76
© Photo RMN-Grand Palais - G. Blot
Titre : Folies-Bergères - Les Trevally, acrobates.
Auteur : ANONYME
Dimensions : Hauteur 82.5 cm - Largeur 59 cm
Technique et autres indications : Lithographie
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 05-509396 / 61.18.15E
© Photo RMN-Grand Palais - G. Blot
Titre : Folies Bergères - Tous les soirs Jack de Fer
Auteur : ANONYME
Dimensions : Hauteur 82.5 cm - Largeur 59.5 cm
Technique et autres indications : Lithographie.
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 05-509337 / 69.6.17E
Les Folies Bergère à l’affiche
A Paris, la fin du XIXe est une période de foisonnement artistique, culturel, économique et commercial. De nouveaux biens de consommation comme de nouveaux types de loisirs (ou de nouvelles manières de profiter des loisirs traditionnels) émergent. Une certaine modernité gagne alors la pratique et l’économie du divertissement, en lien étroit avec le développement de la réclame.
En effet, c’est toute une iconographie et une imagerie publicitaires « populaires » qui sont liées à ce phénomène. L’affiche, notamment, est désormais incontournable : largement diffusée, elle découle des pratiques et des représentations liées à cette nouvelle culture du loisir, tout autant qu’elle les façonne.
Ainsi, les trois estampes ici retenues sont-elles des affiches faisant la publicité pour des spectacles des Folies Bergère, le cabaret fondé en 1869 (il prend son nom en 1872), situé 32 rue Richer dans le 9e arrondissement et qui devient vite l’une des places fortes et l’un des symboles de la fête et de la nuit propres à la nouvelle « vie parisienne ». Outre les revues et les numéros de music-hall, il propose aussi des spectacles de cirque à proprement parler, tels que ceux mentionnés sur les images.
Des spectacles hauts en couleur
Folies-Bergères - L’orchestre des éléphants de Sam Lockart, Folies-Bergères - Les Trevally, acrobates et Folies Bergères - tous les soirs Jack de Fer sont organisées selon le même principe et utilisent les mêmes couleurs vives, le même trait simple et la même typographie pour transmettre la même information.
Sur Folies-Bergères - L’orchestre des éléphants de Sam Lockart la mention écrite en grosses lettres rouges de l’établissement où a lieu le spectacle barre le haut de l’image. La précision du moment (tous les soirs à 11hres) où il se tiendra se trouve, en noir et rouge, juste en dessous. En bas, avec un rappel des couleurs des inscriptions l’auteur du numéro, dont le nom est écrit en lettres noires, et, plus en évidence, le titre écrit en rouge de celui-ci : l’orchestre des éléphants. L’image représente l’un des moments du spectacle où le dresseur (au second plan) fait jouer ses bêtes. Cet ensemble, qui évoque autant une fanfare en liberté dans les rues qu’un orchestre, suggère une ambiance sonore assez festive, les trompes et les barrissements des éléphants rejoignant des instruments plus « classiques ».
Folies-Bergères - Les Trevally, acrobates mentionne le cabaret de la même façon, mais le reste des inscriptions joue avec le dessin d’une pyramide humaine, qui traverse l’image en diagonale. La mention tous les soirs est ainsi placée en bas à gauche (pour le spectateur) et la précision sur le numéro et ses exécutants (Les Trevally, acrobates) en haut à droite. Ici aussi, la représentation est directe, montrant certaines acrobaties exceptionnelles qu’on pourra voir. Un médaillon évoque quant à lui un autre de ces moments, où la performance collective est aussi celle, mieux mise en valeur, de chacun des athlètes. Les couleurs moins vives et le trait plus fin donnent à l’image une certaine délicatesse qui la distingue des deux autres. Certains détails sont travaillés, tels les uniformes spécifiques (qui sont de la même couleur) qui sont, dans le cirque, comme un signe de reconnaissance de la confrérie des acrobates.
Proche de la première affiche, Folies Bergères - tous les soirs Jack de Fer mentionne l’établissement et le moment du spectacle de la même manière et dans les mêmes couleurs. Ici, seul le nom de l’artiste, assez explicite et en lettres stylisées (suggérant le fer), accompagne la représentation du numéro de force qu’il propose au public. Avec une certaine exagération du trait (voir les muscles « de fer » et la taille du personnage par rapport au cheval), on insiste sur la puissance surnaturelle de l’artiste. L’artiste a eu plus d’audace sur cette lithographie, puisque, à part la stylisation du nom, on remarque aussi certaines précisions assez soignées (touches de couleurs nuancées) pour le costume de Jack.
La marque « Folies Bergère »
Les trois affiches ont été réalisées par l’imprimeur et lithographe François Appel, située 12 rue du Delta, tout près des Folies Bergère. Alors à la tête d’une centaine d’ouvriers, Appel (que l’on peut ainsi considérer comme l’auteur au moins « indirect » des images) est l’un des principaux acteurs de la formidable extension de la chromolithographie publicitaire qui a lieu à l’époque, et dont les principaux clients sont les grands magasins (on doit à cette maison de nombreuses « cartes réclames » qui y sont distribuées) et les grandes enseignes alimentaires (Appel réalise par exemple des centaines d’affiches pour Zan ou Liebig). Au-delà de la maison F. Appel, on retrouve d’ailleurs un style assez similaire (voir par exemple les publicités pour les romans feuilletons) qui est caractéristique de l’imagerie populaire de la fin du XIXème siècle. Des couleurs vives, des traits simples et des messages en évidence, qui remplissent la fonction publicitaire d’attirer l’attention et qui s’adressent le plus souvent à un public relativement modeste. C’est donc tout un univers familier et par là rassurant qui est transmis ici, où le client potentiel peut se retrouver, pour consommer en confiance.
C’est bien la même iconographie (couleurs, typographie, dessin) que l’on retrouve sur Folies-Bergères - L’orchestre des éléphants de Sam Lockart, Folies-Bergères - Les Trevally, acrobates et Folies Bergères - tous les soirs Jack de Fer. Il est d’ailleurs intéressant de noter que si le cabaret appartient d’une certaine manière à « l’esprit Montmartre » (il n’est pas loin géographiquement et thématiquement du Moulin Rouge), les affiches diffèrent tout de même de celles par lesquelles, au même moment, le « village » se donne à voir, se vend et se représente. L’audace artistique (que l’on pense aux affiches du Chat noir, ou à celles de Toulouse-Lautrec pour le Moulin Rouge) n’est pas la même, et les trois chromolithographies sont finalement plus « classiques », jouent sur des codes plus communs.
Publicitaires, les affiches vendent d’abord une marque, celle des Folies Bergère, dont le nom est mis en avant. Avant même de considérer le numéro qu’il pourra y voir, le spectateur trouve dans le nom du lieu une garantie sur la qualité du spectacle, un certain « esprit » et un art de la fête qu’il vient chercher au-delà de tel spectacle. Ensuite et pour donner envie, l’image figure le numéro dans l’un de ses moments les plus spectaculaires, les plus exceptionnels (qui défient les lois de la gravité, de la puissance ou de la normalité) en mettant en évidence les noms (assez célèbres comme ceux de Sam Lockhart ou les Trevally ou celui, plus méconnu mais assez explicite de Jack de Fer) des artistes qui les réalisent. La consonance anglaise de ses noms rappelant par ailleurs que le spectacle populaire qu’est alors le cirque reste, pour quelque temps encore, d’origine et d’influence anglaise.
Auteur : Alexandre SUMPF