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Fernand PELEZ.
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Grimaces et misères ou les Saltimbanques.

© Photo RMN-Grand Palais - F. Vizzavona

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Titre : Grimaces et misères ou les Saltimbanques.

Lieu de Conservation : Musée du Petit Palais (Paris)
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 97-015055

Grimaces et misères ou les Saltimbanques.

© Photo RMN-Grand Palais - Bulloz

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Titre : Grimaces et misères ou les Saltimbanques.

Auteur : Fernand PELEZ (1843-1913)
Lieu de Conservation : Musée du Petit Palais (Paris)
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 04-001214 / 04-001213

  Contexte historique

Pélez ou la parade des humbles

Héritière des spectacles des grandes foires marchandes du Moyen Âge, où jongleurs, comédiens et baladins donnaient des représentations sur une estrade, la fête foraine connaît un nouvel essor tout au long du XIXe siècle. En reprenant les spectacles classiques et en développant de nouvelles attractions plus « modernes », les fêtes foraines attirent un public croissant, notamment dans les grandes villes de plus en plus peuplées. Ce spectacle populaire connaît ainsi son âge d’or dans le dernier quart du siècle.

Si ceux qui viennent à la fête foraine sont le plus souvent des gens modestes, les saltimbanques et autres artistes qui assurent le spectacle et les animations font eux aussi partie du petit peuple, comme le suggère ici Fernand Pélez avec Grimaces et misères ou les Saltimbanques. Formé à l’école académique et élève de l’école des Beaux-Arts depuis 1870, Pélez choisit dans les années 1880 de peindre le Paris populaire de la Belle Epoque dans une veine à la fois naturaliste et sociale. Sous l’influence de Jules Bastien Lepage notamment, il représente une certaine « misère » urbaine, celle des victimes, des exclus de la modernisation et de l’urbanisation caractéristiques de cette époque de progrès et de prospérité très relatifs. Peintre des « cris de la ville », des petits métiers urbains et des « petites gens », Pélez s’inscrit ainsi dans une tendance artistique qui va de Sue à Zola en passant par le roman de mœurs, le livre illustré ou encore la presse populaire (qui utilise la lithographie et de plus en plus la photographie). Dans cet esprit, la toile Grimaces et misères ou les Saltimbanques réalisée en 1888 montre la fête foraine et les métiers du spectacle « de cirque » sous un angle inhabituel.

  Analyse des images

Une composition monumentale

Les deux images retenues ici nous montrent la même toile : une photographie en noir et blanc de l’ensemble, et une reproduction du tableau en couleur. La toile est monumentale, puisque les personnages y apparaissent grandeur nature. Avec une présence plastique très forte, Pélez nous place devant une scène (à tous les sens du terme) foraine, de laquelle les personnages semblent prêts à surgir. En évitant toute profondeur de champ ou toute perspective, l’artiste nous place pour ainsi dire nez à nez avec ces saltimbanques dans une confrontation presque directe.

Alors que Pélez utilise le plus souvent des teintures grises, le tableau est ici très coloré (le jaune à gauche et le rouge au centre notamment). Cependant, la couleur n’est pas ici un élément joyeux, et l’on retrouve bien les thèmes et le type de représentation caractéristiques de l’artiste. Dans un style naturaliste marqué par une tendance presque photographique, avec des traits réalistes et parfois austères, il montre, ici comme ailleurs, les corps et les visages fatigués des « humbles ».

Même si elle présente une certaine unité, visible sur le cliché en noir et blanc (ce dernier semble d’ailleurs montrer l’œuvre à peine achevée, comme l’indique sa mise en perspective et en situation dans l’atelier, puisque les pinceaux et la peinture sont visibles au premier plan), la toile se décline en trois « tableaux ». Bien que réunis sur une même estrade, les trois groupes de personnes représentées sont assez distincts.

A gauche on aperçoit un groupe de cinq enfants (quatre jeunes filles et un petit garçon) en costume, avec les tambours dont ils jouent pour accompagner leur numéro de bateleur et de danseur. Au dessus d’eux, quatre lanternes et deux oiseaux exotiques posés sur des anneaux. Si la représentation n’est pas en cours à proprement parler et que les artistes sont dans une posture d’attente, les traits sont néanmoins tirés : la lassitude et une certaine souffrance (physique comme psychologique) semblent habiter ces forains.

Véritable centre de la composition, un espace marqué par un fond rouge sombre et profond (annoncé par l’oiseau rouge sur la gauche) sur lequel se tiennent trois saltimbanques. Le clown, personnage central, est vêtu d’un costume blanc orné d’une grenouille rouge, et des symboles trèfles et pics noirs. Le visage peint de blanc, il est en pleine performance, en train de chanter ou de déclamer. A ses côtés, un nain (pantalon rayé rouge et noir, haut bleu) assis fixe le spectateur tandis qu’un autre clown plus âgé et vêtu de marron esquisse, assez tristement, un sourire un peu forcé. Ici aussi, des lanternes surmontent l’ensemble.

A droite enfin, l’orchestre français annoncé par un panneau de bois, sur lequel un petit singe en costume se tient, dos au public. L’orchestre est constitué de trois vieillards avachis qui tiennent leurs instruments à vent (trompette, clarinette, gros hautbois). Ici aussi, la représentation n’est pas en cours (c’est donc le cas pour la partie centrale de la scène uniquement). Pauvres et harassés, les trois hommes sont vêtus misérablement (pantalons déchirés, chapeaux usés et chaussures en piteux état). Les deux musiciens placés à gauche semblent dormir (les deux sur la gauche) tandis que le troisième regarde dans le vide, les yeux hagards.

  Interprétation

Les saltimbanques, ou la grimace de la misère

Pélez joue admirablement des contrastes pour suggérer, sous les oripeaux du cirque, la désolation des saltimbanques. Ainsi, les éléments du spectacle (costumes, maquillage, animaux exotiques, singe, instruments de musque) ne font-ils que souligner, dans un décalage troublant, la pauvreté et la dégradation des corps. Les enfants, déjà, arborent une tristesse qui souligne presque cruellement que si le spectacle est censé être gai et léger, il implique des contraintes et une existence miséreuse. Impression renforcée par l’étalage des âges des saltimbanques, qui apparaissent de plus en plus usés à mesure de leur âge, décliné de gauche à droite. Dans cette logique, les vieillards figurent sans doute le futur, bien triste, des enfants et leur orchestre n’en a que le nom.

Le sourire forcé, simiesque et souffrant du personnage central (à droite du clown) en devient presque ironique, écho à la présence du singe qui figure symboliquement que les saltimbanques, obligés en permanence de se donner en spectacle et toujours exposées comme sur cette scène, aux regards et aux attentes, deviennent au sens propre des animaux de foire, costumés contre nature. Singe qui tourne d’ailleurs le dos au public, dans un dernier symbole de renoncement, impossible pour les acteurs. La grimace est ainsi celle que l’on se force à faire quand on joue (personnages centraux), ou celle liée à la douleur (enfants) induite par ce « métier », aussi difficile que les autres « métiers urbains » que Pélez représente souvent. Quant au clown, il est évidemment triste, évoquant à la fois la réalité festive de la parade foraine et une réalité plus grave : la fatigue et la misère des baladins qui vont de fête en fête, pour gagner difficilement leur vie.

Installé à Montmartre, contemporain de Toulouse-Lautrec de Degas qui, eux aussi, s’intéressent au monde du spectacle (ici, le monde forain ou le cirque, ailleurs, les danseuses de l’opéra), Pélez développe un point de vue très différent, porteur d’une sensibilité sociale, suggérant une sorte de martyr moderne et urbain. Si la ville lumière est le lieu du spectacle et d’une certaine joie de vivre à cette époque, elle comprend aussi un aspect plus sombre.

Auteur : Alexandre SUMPF


Bibliographie

  • Alain CORBIN, L'avènement des loisirs (1850-1960), Paris, Aubier, 1995.
  • Fernand Pélez ; La Parade Des Humbles, catalogue de l’exposition au Petit Palais, Paris-Musées, 2009.
  • Zeev GOURARIER, Il était une fois la fête foraine... de A à Z, de 1850 à 1950, exposition à la Grande Halle de la Villette, 18 septembre 1995-14 janvier 1996. Paris, éditions RMN, 1995.
  • Pascal JACOB, La Grande parade du cirque, Paris, Gallimard, 2001.
  • La belle époque de l’art forain, Catalogue d’exposition au musée municipal de Saint-Dié-des-Vosges, 19 novembre 1988-22 janvier 1989. Imprimeries municipales, 1988.

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