Le cirque (6 oeuvres)
© Photo RMN-Grand Palais - F. Raux / Droits réservés
Titre : Les Carlos au Cirque Médrano.
Auteur : Marthe et Juliette VESQUE
Date de création : 1916
Date représentée : 23 mars 1916
Dimensions : Hauteur 29.9 cm - Largeur 20.2 cm
Technique et autres indications : Aquarelle, encre noire, mine de plomb, papier (matière), plume (dessin).
Numéro de cirque, le 23 mars 1916.
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 09-520520 / 68.102.208C
© Photo RMN-Grand Palais - F. Raux / Droits réservés
Titre : Les Marcès au Cirque Pinder.
Auteur : Marthe et Juliette VESQUE
Date représentée : juillet 1921
Technique et autres indications : Album "Le cirque en image"
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 07-518372 / 68.102.150
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Titre : Henriquas Rubio équilibriste au Cirque d'Hiver.
Auteur : Marthe et Juliette VESQUE
Date représentée : 11 octobre 1924
Dimensions : Hauteur 30 cm - Largeur 20.2 cm
Technique et autres indications : Aquarelle, encre noire, mine de plomb, papier (matière), plume (dessin)
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 07-518396 / 68.102.202C
Le cirque en images
Dessinatrices, peintres et historiennes, Marthe Vesque (1879-1962) et sa sœur Juliette Vesque (1881-1949) ont dressé une véritable chronique des spectacles et de la vie du cirque à Paris en proche banlieue de 1902 à 1948. Projet d’une histoire illustrée du cirque, ce travail de recherche est constitué d’un journal et d’une importante œuvre graphique comportant plus de 8000 esquisses et dessins réalisés au fur et à mesure des nombreux spectacles qu’elles allaient voir presque hebdomadairement.
L’œuvre commune (les pages et les planches sont toujours signées M. J. Vesque) des deux sœurs formées à l’école du dessin naturaliste présente un intérêt documentaire évident, qui nous renseigne sur les acteurs, les lieux, les différents numéros, le monde du cirque et son évolution pendant près d’un demi-siècle. Mais l’inventaire graphique des numéros qui décrit le mouvement avec vérité, précision et réalisme a aussi un intérêt artistique évident. Dans la tradition issue de la fin du XIXe siècle qui voit de grands artistes exploiter les promesses esthétiques liées au cirque, les sœurs Vesque proposent ainsi un regard neuf et original sur le nouveau cirque.
C’est sans doute pour ces raisons qu’en 1977, une sélection de leurs œuvres léguées au Musée national des Arts et Traditions populaires est réunie dans l’album Le cirque en images, un ensemble de plus de 200 dessins, dont sont extraits Les Carlos au Cirque Médrano, Les Marcès au Cirque Pinder et Henriquas Rubio équilibriste au Cirque d'Hiver.
Le cirque en mouvements
Comme toutes les représentations tirées de l’album Le Cirque en images, Les Carlos au Cirque Médrano, Les Marcès au Cirque Pinder et Henriquas Rubio équilibriste au Cirque d'Hiver, sont contemporains des scènes qu’ils décrivent et datent donc respectivement de mars 1916, de juillet 1921 et d’octobre 1924. Conformément au projet des sœurs Vesque, et de la même manière que leurs autres images de l’album, les trois dessins font la description graphique d’un numéro, sélectionnant un moment précis et crucial (Les Carlos au Cirque Médrano) ou présentant plusieurs de ses étapes (Les Marcès au Cirque Pinder et Henriquas Rubio équilibriste au Cirque d'Hiver).
Le trait incisif, à la fois léger et précis, sert l’étude admirable des gestes et du mouvement. Les couleurs fines et minces (effet de l’aquarelle) associées au parti pris de ne pas surcharger l’ensemble (grande présence du fond blanc, notamment sur Les Carlos au Cirque Médrano et Les Marcès au Cirque Pinder) ajoutent à la délicatesse de l’ensemble, aérien et doux.
Sur Les Carlos au Cirque Médrano on aperçoit trois membres de la troupe (une femme et deux hommes) vêtus de costumes de funambules d’un même vert bouteille : les artistes d’une même « famille » portent souvent des uniformes identiques, qui affirment leur identité par rapport aux autres formations tout en suggérant l’esprit de corps qui les anime (la performance est celle du collectif, puisque tous dépendent des autres pour le spectacle). Au sol, sur la piste du cirque dont on devine les bords circulaires, la femme regarde le numéro, prête, sans doute, à utiliser le trampoline (aux couleurs de la famille) qui se trouve à ses côtés. Un homme tient d’une main une grande perche en haut de laquelle le troisième homme se trouve presque à 90° au dessus du vide, les mains tendues en avant pour assurer son équilibre. La hauteur de la feuille est bien utilisée, pour rendre l’altitude à laquelle il se trouve.
Les Marcès au Cirque Pinder représente divers moments d’un numéro de trapèze exécutés par divers artistes, eux aussi vêtus du même uniforme noir et blanc. Saisissement du trapèze (à droite), arrivée dans le filet (en bas) voltiges et acrobaties (en haut et à gauche) sont ainsi étudiées.
Parce qu’il ne met en scène qu’un seul et même personnage, Henriquas Rubio, et parce qu’il comporte plus de figures (au sens propre et figuré) Henriquas Rubio équilibriste au Cirque d'Hiver donne aussi l’impression d’une étude décomposée du mouvement. Les séries horizontales (deux fois deux puis trois dessins) suivent l’ordre chronologique des acrobaties de l’équilibriste, évoquant indirectement les célèbres planches photographiques réalisées Muybridge à la fin du XIXe siècle. Rubio porte son costume de scène de style « espagnol » (chemise blanche et pantalon de torero, rendus dans leurs moindres détails), conforme à son origine et à sa « marque ».
Poétique du cirque
Les trois dessins résultent d’un processus toujours suivi par les sœurs Vesque. Un travail d’observation directe et réalisé « sur place », qui s’accompagne de premiers croquis au crayon et à la plume pris sur le vif du haut des gradins souvent réalisés dans le noir et dans le froid, auxquels succèdent mises au point et retranscriptions. Les compostions sont ainsi retravaillées à l’aquarelle, à l’aide de mannequins très souples (conçus par les Vesque elles-mêmes pour mieux étudier les mouvements); et parfois ce sont des artistes de cirque eux-mêmes qui acceptent de poser et de refaire certaines positions pour les deux artistes. Cette attention très poussée aux costumes, aux gestes et au mouvement traités dans un style réaliste et minutieux caractérise nettement les trois aquarelles ici étudiées.
Cependant, l’étude des corps recèle aussi une certaine poésie, qui doit autant au sujet représenté qu’à la manière, presque amoureuse, dont il est traité par les sœurs Vesque. Les postures sont gracieuses (voir notamment Les Marcès au Cirque Pinder) et les personnages sont comme en apesanteur, suggérant bien le côté merveilleux et fabuleux du cirque, qui transfigure ses artistes en une matière dansante (voir Henriquas Rubio équilibriste au Cirque d'Hiver), légère et aérienne.
Une poésie qui est donc aussi profondeur, ouvrant çà et là des perspectives métaphysiques concernant la matière, la chair, le corps et sa représentation, ainsi que son rapport à l’espace et à ses propores déplacements. Ainsi, par exemple, sur Les Carlos au Cirque Médrano où le funambule épouse (tendant les bras, il semble prêt à s’y jeter) littéralement un vide qui semble infini (le blanc, très présent sur le dessin) évoquant aussi un rapport troublant au néant et à la mort, ou au moins à l’immensité d’un espace dans lequel il a su s’élever.
Auteur : Alexandre SUMPF