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Les étoiles populaires.

© Photo RMN-Grand Palais / Image Compiègne

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Titre : Les étoiles populaires.

Auteur : Carlo GRIPPA
Date de création : 1865
Date représentée : 1865
Dimensions : Hauteur 46 cm - Largeur 31 cm
Technique et autres indications : Gravure sur bois.
Paru dans l'hebdomadaire La Lune, Novembre 1865.
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Compiègne (Compiègne) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 09-579209 / C58.031

La nouvelle chanson de Thérésa.

© Photo RMN-Grand Palais / Image Compiègne

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Titre : La nouvelle chanson de Thérésa.

Auteur : André GILL (1840-1885)
Date de création : 1867
Date représentée : 1867
Dimensions : Hauteur 45.5 cm - Largeur 30.5 cm
Technique et autres indications : Gravure sur bois.
Paru dans l'hebdomadaire La Lune, 9 septembre 1866, 3e année, n°27
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Compiègne (Compiègne) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 09-579631 / C2006.0.146

Résurrection de Thérésa.

© Photo RMN-Grand Palais / Image Compiègne

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Titre : Résurrection de Thérésa.

Auteur : André GILL (1840-1885)
Date de création : 1867
Date représentée : 1867
Dimensions : Hauteur 46.4 cm - Largeur 31 cm
Technique et autres indications : Gravure sur bois.
Paru dans l'hebdomadaire La Lune, 15 décembre 1867, 3e année, n° 93.
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Compiègne (Compiègne) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 09-579632 / C2006.0.147

  Contexte historique

Thérésa « la diva du ruisseau »

Le Second Empire voit s’épanouir un nouveau type de divertissement qui séduit le public populaire comme bourgeois, le café-concert. Ce nouveau spectacle est en effet particulièrement attractif car il offre au spectateur la possibilité de boire, de fumer ou de se promener, tout en écoutant des chansons sentimentales, réalistes, satiriques ou patriotiques. Des salles comme l’Eldorado, l’Alcazar ou le Bataclan se développent partout dans Paris.

Devenue la première grande vedette du café-concert, la chanteuse Thérésa, de son vrai nom Emma Valladon, incarne la réussite éclatante du genre. Cette interprète qu’on surnomma la « diva du ruisseau » (Paul Colin) et la « rivale de la Patti » (Alexandre Dumas) est née Eugénie Emma Valladon le 25 avril 1837. Elle débuta dans des cafés-concerts modestes, chantant par exemple, au café Moka, rue de la Lune – « Une bien grande bouche pour un si petit établissement », lit-on dans Le Tintamarre – et poursuivit avec un tour de chant au café des Géants. Chanteuse au talent discuté, elle ne remporte à ses débuts qu’un succès médiocre. Mais c’est au cours d’un réveillon chez le directeur de l’Eldorado, son employeur de l’époque, qu’elle se distingue : déguisée, elle interpréte la chanson de Mazini « Fleurs des Alpes » avec l’accent allemand et en iodlant le refrain ! Emballés, les invités l’applaudissent à tout rompre. Parmi eux se trouve Goubert, le directeur de l’Alcazar, qui la raccompagne et lui propose 300 francs par mois pour venir chanter cet air dans son établissement. En moins d’un mois, tout Paris accourt pour voir et entendre ce phénomène drolatique. Elle a « un petit chic canaille » (Alfred Delvau) qui la distingue immédiatement des autres chanteuses et chanteurs. La critique est désarmée, mais très tôt elle n’hésite pas à qualifier Thérésa d’« artiste » (Jules Claretie), un titre alors réservé aux seuls chanteurs lyriques. En quelques mois, son succès rassemble le public des faubourgs et les grands noms du pouvoir, de Paris à la province, de Rome à Saint-Pétersbourg.

Le Second Empire est aussi la période qui voit s’épanouir le talent du célèbre André Gill, dont les nombreuses et brillantes caricatures fleurissent alors dans la presse. Celui qui fut l’ami de Jules Vallès et d’Henri Rochefort connut en effet la notoriété et la gloire en dessinant plus de mille portraits-charges dans l’hebdomadaire satirique La Lune, tiré à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires. À une époque où le café-concert occupait une place centrale dans la vie des Français – les bourgeois y faisaient des affaires, les écrivains et les artistes s’y rencontraient et y trouvaient une source d’inspiration –, une vedette comme Thérésa avait tout naturellement sa place à la une des journaux satiriques.

  Analyse des images

Une icône de la presse du Second Empire

La première estampe, parue dans le journal La Lune en novembre 1865, présente trois femmes vêtues d’élégantes robes qui se tiennent par la main. Carlo Grippa décrit ici « les étoiles populaires », la Lune étant entourée de Thérésa et d’une autre artiste de café-concert, Suzanne Lagier. Suzanne Lagier avait débuté à l’âge de treize ans aux Variétés en 1846, avant de mener une carrière d’artiste au Palais-Royal en 1848. Elle s’était ensuite rendue à Saint-Pétersbourg puis était revenue pour se produire à l’Ambigu, à la Gaîté, en 1856, et finalement à la Porte-Saint-Martin en 1859. Elle est donc célèbre quand, en 1865, fait tout à fait inusité à l’époque, elle signe un contrat avec la direction de l’Eldorado pour contrebalancer la vogue de Thérésa. Or, pour la critique, cette stratégie commerciale a en partie échoué, Suzanne Lagier n’ayant pas réussi au final à incarner la rivale souhaitée, la popularité de la créatrice de « La femme à barbe » rendant toute concurrence impossible. Si, à propos de Thérésa, le rédacteur du Figaro, Nestor Roqueplan souligne « le piquant de sa diction », « l’esprit de sa physionomie », il cite également Alfred Delvau qui l’avait appelée « la grasse », et ajoute qu’elle n’atteindra jamais autre chose qu’une « grivoiserie assez crapule ».

La deuxième caricature, « La nouvelle chanson de Thérésa », parue dans La Lune le 9 septembre 1866, est agrémentée d’un texte. Thérésa y est représentée comme l’icône populaire par excellence, maigre, noiraude et pauvrement vêtue d’une robe-tablier bleue, une femme du peuple qui braille. Gill l’a saisie du bout de son crayon au moment où elle chantait sa romance humoristique « Nourrice sur lieux », dont les paroles sont de Bedeau et la musique de Villebichot, les fournisseurs ordinaires de la chanteuse.

La troisième caricature, parue le 15 décembre 1867, est aquarellée en vert, rose et chair, et a pour titre la « Résurrection de Thérésa ». Cette fois, Gill a représenté une véritable diva, en robe de velours ornée de dentelle, avec des bouquets de fleurs rouges à ses pieds. Le terme de résurrection fait écho aux rumeurs qui avaient couru à propos de la reine de l’Alcazar : elle avait en effet déserté la capitale, et si brusquement que chacun avait tenté de fournir une explication. Jules Clarétie, qui estimait que la diva tenait trop de place dans l’actualité, écrivit ainsi que le public en avait sûrement assez « des chansons de Thérésa […] Il était temps qu’on s’occupât d’autre chose que des premières représentations de l’Alcazar ». Pour sa part, le journaliste Léon Donmartin défiait tout voyageur « de trouver une bourgade où il n’y ait au moins un café-concert muni d’une demoiselle qui chante les Thérésa. De là une décadence fatale. Ce genre a beaucoup perdu parce qu’il a été beaucoup imité ». Ce serait donc la lassitude du public qui expliquerait la fin de sa vie d’artiste, un trop-plein de Thérésa. Adulée en octobre, rejetée en novembre ? En fait Thérésa n’avait nullement lassé le public, et c’est une banale laryngite qui l’avait fait souffrir et qui, ayant provoqué une extinction de voix, l’avait condamnée au silence. Après quelques semaines de repos sur la Côte d’Azur, Thérésa était de retour au Théâtre de la Gaîté pour créer, entre autres, « Les canards tyroliens », ce qui constitue sans doute son plus grand succès.

  Interprétation

La première star de la chanson

La carrière de Thérésa paraît exemplaire, l’artiste ayant su exploiter toutes les possibilités de publicité et de promotion de ses chansons. Toutes les étapes de son parcours ont ainsi fait l’objet d’articles et de caricatures qui attisaient et entretenaient l’intérêt du public, autant d’éléments qui ont alimenté la rumeur, engendré des récits et construit sa légende. La presse jouait déjà un rôle capital dans le lancement des vedettes, l’appréciation de leur talent artistique, et leur renommée dans l’espace public. Thérésa publiera par ailleurs ses Mémoires en 1865, le public étant friand de cette destinée digne d’un conte de fées, l’histoire d’une fille du peuple devenue, comme l’écrit Anne Martin-Fugier, « la plus grande chanteuse burlesque de l’époque, celle dont on imitera le style, celle dont les chansons imprégneront la vie quotidienne pendant des dizaines d’années ». En effet, les refrains de chansons comme « La gardeuse d’ours » (1863), « Rien n’est sacré pour un sapeur ! » (1864) ou encore « La femme à barbe » (1865) seront repris et entonnés par un public qui les connaît par cœur, tant l’artiste est populaire. Elle connaîtra également une éclatante réussite financière (elle gagne plus de 100 000 francs par an) grâce à la création de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (S.A.C.E.M.), fondée en 1850 pour protéger les droits des auteurs, les chansons étant désormais devenues des produits économiques. Ayant fait de la chanson populaire une culture de masse, elle percevra des droits vertigineux en peu d’années.

Enfin, une star comme Thérésa parvint également à toucher les plus hautes couches de la société, l’artiste ayant été admirée par l’empereur aussi bien que par Alexandre Dumas ou Banville. Elle fut par exemple sollicitée pour aller chanter dans les soirées aristocratiques du faubourg Saint-Germain. Parmi ces femmes du monde, la princesse Metternich alla même jusqu’à lui demander « d’initier tout un public d’altesses et de grandes dames à ce qui peut être et n’être pas sacré pour un sapeur », raconte Gaston Jollivet. Thérésa fut la première grande vedette féminine à déplacer les foules. Sa carrière dura quarante ans.

Auteur : Catherine AUTHIER


Bibliographie

  • Catherine AUTHIER, « La naissance de la star féminine sous le Second Empire », in actes du colloque Les spectacles sous le Second Empire, université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, 27-29 mai 2009, Paris, Armand Colin, 2010.
  • Jacqueline BLANCHE, Thérésa : 1837-1913, première idole de la chanson française, La Fresnaye-sur-Chédouet, Imprimerie Auffret, 1981.
  • Gaston JOLLIVET, Souvenirs de la vie de plaisir sous le Second Empire, Paris, J. Tallandier, 1927.
  • Pierre-Robert LECLERCQ, Thérésa : la diva du ruisseau, Paris, A. Carrière, 2006.
  • Anne MARTIN-FUGIER, Comédiennes, Paris, Le Seuil, 2001.
  • Marie-Ève THÉRENTY, « Thérésa Trimm : le mariage du café-concert et de la petite presse », in actes du colloque Presse, chanson et culture orale au XIXe siècle. La parole vive au défi de l’ère médiatique, université Paul-Valéry Montpellier III, 9-11 octobre 2008, Valenciennes, Presses universitaires de Valenciennes, 2010.
  • THÉRÉSA, Mémoires de Thérésa, écrits par elle-même, Paris, E. Dentu, 1865.
  • Jean-Claude YON, Histoire culturelle de la France au XIXe siècle, Paris, Armand Colin, 2010.
  • Jean-Claude YON, Le Second Empire, Paris, Armand Colin, 2009.

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