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La Croisière jaune. La Croisière jaune.
Autochenille Citroën. Autochenille Citroën.
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La Croisière jaune.

© Bibliothèque de documentation internationale contemporaine / Musée d'histoire contemporaine

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Titre : La Croisière jaune.

Date de création : 1934
Technique et autres indications : Affiche du film
Lieu de Conservation : Musée d'histoire contemporaine / BDIC (Paris) ; site web
Contact copyright : Bibliothèque de documentation internationale contemporaine, 6 Allée de l'Université, 92001 Nanterre Cedex, Tél.:33-(0)1.40.97.79.00 / Fax : 33-(0)1.40.97.79.40 ; site web
Référence de l'image : AFF 21138f

Autochenille Citroën.

© Photo RMN-Grand Palais - F. Raux

Agrandissement - Zoom
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Titre : Autochenille Citroën.

Dimensions : Hauteur 28 cm - Largeur 82 cm
Technique et autres indications : Métal
Lieu de Conservation : Musée national de la voiture et du tourisme (Compiègne) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 04-512003 / CMV288

  Contexte historique

1931, année des colonies en France

Trois semaines avant l’ouverture officielle de l’Exposition coloniale de Paris, à la Porte Dorée, André Citroën donne le signal du départ à la plus médiatisée et suivie de ses quatre expéditions continentales de l’entre-deux-guerres : la Croisière Jaune, ou expédition Centre-Asie. Après la traversée du Sahara en 1923, puis la Croisière noire (1924-1925), et avant la Croisière blanche dans le Grand Nord américain (1934), la troisième expédition Haardt & Audouin-Dubreuil ambitionne de faire traverser l’Asie à plusieurs autochenilles le long de la mythique Route de la soie. Début avril 1931, une équipe part de Beyrouth, l’autre de Tianjin en Chine : elles doivent faire jonction en ayant prouvé au monde les qualités techniques des véhicules du constructeur français, mais aussi en ayant récolté le plus de données scientifiques possible. Le groupe Pamir conduit par Georges-Marie Haardt (1884-1932) et Louis Audouin-Dubreuil (1887-1960) comprend une équipe cinématographique dont la participation devait assurer la promotion de la Croisière. Elle est conduite par André Sauvage (1891-1975), auteur de grands documentaires comme Portrait de la Grèce en 1927 ou Etudes sur Paris en 1928. Il s’agit de capitaliser l’intérêt des Français pour leurs colonies, nourri par la littérature de voyage, les importants intérêts économiques en jeu et l'affirmation de la puissance française notamment après une difficile victoire contre l’Allemagne en 1918.

  Analyse des images

Les outils de la conquête

Citroën met à disposition de « ses » explorateurs des véhicules tout-terrain et un équipement dernier cri en matière technologique pour les prises de vue.

L’affiche du film est construite verticalement en un contraste très vif entre une partie gauche jaune doré, rappel du soleil levant et du préjugé de la couleur de peau des Asiatiques ; et une partie droite sombre comme la roche, opposition renforcée par l’inversion des couleurs des lettres capitales du titre, en bas. La dynamique visuelle se révèle en fait plus complexe : elle se sert d’une diagonale opposée au sens de lecture pour accentuer la sensation de pente, relever l’obstacle franchi par l’autochenille, le danger traversé symbolisé par le rocher qui tombe dans le vide. Cette impression est renforcée par la superposition du premier plan, avec son action de franchissement confuse, et du second plan, fond mythique où brillent les neiges éternelles de l’Himalaya (en bas) et où se dessine, telle une apparition, la figure menaçante du conquérant Gengis Khan.

Le véritable héros de l’expédition, c’est l’autochenille inventée par l’ingénieur Adolphe Kégresse (1879-1943), dont les spectateurs du film savent qu’elle a triomphé – sans connaître les détails, toutefois. Le modèle réduit en métal conservé au Musée de l’automobile avec sa remorque reproduit non pas le mythique « Scarabée d’Or » P19, véhicule de commandement du groupe Pamir reconnaissable à son réservoir sur le côté et à ses sièges passagers, mais un véhicule usuel C6, plus lourd, utilisé par le groupe Chine, qui peut emporter jusqu’à 450 kilos de charge dans sa remorque. Les deux couleurs relèvent les deux points forts de l’autochenille : ses chenilles passe-partout en caoutchouc, plus robustes et silencieuses que les métalliques, et son équipement robuste, simple, à l’épreuve des températures extrêmes (chaleur le jour, froid la nuit) de l’Asie centrale et des sables de Gobi. Ce modèle réduit ne se distingue par pas le luxe des détails, mais affiche les symboles reconnaissables : les chenilles, le rouleau avant, la structure légère du toit bâché.

  Interprétation

La croisière de l’imaginaire

En ces temps de triomphe colonial de la France, remis en cause au Maghreb par les premiers mouvements indépendantistes, l’Asie apparaît comme un Eldorado, une frontière à conquérir. Les collectionneurs ou les enfants qui acquièrent le modèle réduit du C6 de Citroën sont mobilisés culturellement sur le front colonial – construit sur des demis vérités, comme le récit de l’expédition.

Sur l’affiche, les membres de l’expédition sont des silhouettes peu identifiables autour de la masse mécanique du véhicule, dont on reconnaît les chenilles. Le spectateur associe cette épopée à celle d’Hannibal franchissant les Alpes avec ses éléphants, mais aussi aux chars français (Renault) de 1918. De fait, les autochenilles Citroën étaient très utilisées par l’armée française. L’affiche du film reproduit un cliché pris près de Godhaï et diffusé dès l’époque : l’autochenille y apparaît suspendue entre piste et précipice, stoppée par un effondrement de roches. Si les lecteurs de Le Fèvre dans L’Illustration savent qu’il a fallu près de cinq heures d’efforts pour redresser ce véhicule pesant plus de 2 tonnes, rares sont les Français à connaître la suite de l’histoire : face aux obstacles naturels et aux difficultés géopolitiques (révoltes et rivalité entre puissances européennes), Citroën a dû renoncer. La plupart des autochenilles repartent en sens opposé, seules deux franchissent les cols, mais en pièces détachées.

L’affiche du film produit par Pathé-Nathan représente l’un des éléments principaux de l’imaginaire lié à la Croisière jaune – parce qu’elle a été diffusée à grande échelle, reproduite dans des ouvrages, et que le film a été beaucoup vu. Or Sauvage s’est vu reprocher d’avoir insuffisamment mis en valeur Citroën et les autorités françaises. Son emploi des intertitres et ses longues séquences sur les populations Moïs tournées en Indochine en avril 1932, son refus du commentaire off de Georges Le Fèvre, qu’il juge trop nationaliste, conduisent à la mise à l’écart de Sauvage. Le montage final est confié à Léon Poirier, réalisateur de La Croisière noire (1926), qui avait refusé ce nouveau voyage. Le film sort finalement en 1934, mais André Sauvage, ami de Breton ou de Max Jacobs, renonce au cinéma – sacrifié sur l’autel du marketing colonial.

Auteur : Alexandre SUMPF


Bibliographie

  • Ariane AUDOUIN-DUBREUIL, Croisière jaune : sur la Route de la Soie, Grenoble, Glénat, 2007.
  • Pascal BLANCHARD, Lemaire Sandrine, Culture coloniale. La France conquise par son empire, 1871-1931, Paris, Autrement, 2003.
  • Raoul GIRARDET, L’idée coloniale en France, Paris, Hachette, 2007.
  • Jacques WOLGENSINGER, L’épopée de la Croisière jaune, Paris, Robert Laffont, 2002.

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