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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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Bamiyan : le grand Buddha.

© Photo RMN-Grand Palais (musée Guimet, Paris) / Droits réservés

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Titre : Bamiyan : le grand Buddha.

Date de création : 1931
Date représentée : 1931
Lieu de Conservation : Musée Guimet (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 03-008753

La Croisière jaune.

© Bibliothèque de documentation internationale contemporaine / Musée d'histoire contemporaine

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Titre : La Croisière jaune.

Date de création : 1933
Technique et autres indications : Affiche pour l’ouvrage de Georges Le Fèvre.
Lieu de Conservation : Musée d'histoire contemporaine / BDIC (Paris) ; site web
Contact copyright : Bibliothèque de documentation internationale contemporaine, 6 Allée de l'Université, 92001 Nanterre Cedex, Tél.:33-(0)1.40.97.79.00 / Fax : 33-(0)1.40.97.79.40 ; site web
Référence de l'image : AFF 21141f

  Contexte historique

A la découverte de l’Asie centrale

La France de l’entre-deux-guerres se passionne pour son empire, dont hommes et ressources ont participé à la victoire dans la Guerre de 14-18. La Croisière jaune, ou expédition Citroën Centre-Asie, est la troisième du genre lancée par le constructeur automobile. Le succès technique de la traversée du Sahara en 1923, doublé du retentissement international de la Croisière noire ou Centre-Afrique (1924-1925), pousse Georges-Marie Haardt à préparer dès 1928 une nouvelle aventure, cette fois-ci le long de la mythique Route de la soie. Le 14 avril 1931, l’un des deux groupes, dit Pamir, composé de 42 membres, s’élance de Beyrouth pour rejoindre la Chine non par l’URSS, qui a finalement refusé le droit de passage, mais par l’Inde et l’Afghanistan. Ces quelques 13 000 km sont accomplis, outre par les deux directeurs de l’expédition (Haardt et Louis Audouin-Dubreuil), par le paléontologue et théologien Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955), l’écrivain et photographe Maynard Owen Williams (1888-1963) ou le peintre Alexandre Iacovleff (1887-1938), déjà présent lors de l’épisode africain.

En août 1931, l’archéologue Joseph Hackin (1886-1941), conservateur au musée national des Arts asiatiques-Guimet et alors détaché à la maison franco-japponnaise de Tokyo, rejoint le groupe Pamir là même où il a effectué des recherches : à Bamiyan, en Afghanistan. Cette vallée située à environ 250 km au nord de Kaboul abrite les fameux Bouddhas sculptés à même la roche, probablement au Ve ou VIe siècle de notre ère. En revanche, le journaliste et grand reporter Georges Le Fèvre (1892-1968) ne connaît pas du tout le continent. Il accompagne le groupe depuis son départ de Paris et se fait le premier chantre de l’épopée dans un ouvrage réimprimé plusieurs fois depuis.

  Analyse des images

Une expédition scientifique et artistique

Le cliché photographique représentant les principaux membres de l’expédition au pied d’un des principaux monuments du bouddhisme est l’un des plus connus ; un tirage original a été offert par Citroën au Musée Guimet. Le contraste de taille entre la statue (55 mètres) et les six hommes encadrés dans l’entrée troglodyte du sanctuaire permet de mesure la monumentalité de la sculpture. Le grand Bouddha apparaît dans son état d’avant la destruction totale de 2005, le visage sculpté déjà supprimé par les musulmans interdisant la reproduction d’images de Dieu. Les ouvertures dans la falaise de grès abritaient des cellules de moines bouddhistes ; les trous circulaires dans la statue même servaient d’ancrage aux enduits de paille et de bois qui formaient la structure pour le détail peint des visages et des costumes. Cette photographie imposante fait partie du processus de justification d’une expédition qui vise entre autres à faire découvrir aux Européens les richesses monumentales du monde asiatique.

L’affiche d’intérieur faisant la promotion de l’ouvrage de Georges Lefèvre n’est a priori pas sa couverture qui, dans sa première version reprend en dessin couleur le cliché de l’autochenille suspendue dans le vide (voir La Croisière jaune, une conquête de l’Orient pour conquérir l’Occident). La composition offre les deux tiers supérieurs à l’image, le tiers inférieur aux spécifications éditoriales : titre en noir et jaune franc, sous-titre scientifique, maison et prix. La diagonale le long de laquelle progressent trois autochenilles incarne la traversée vers l’est et le gravissement des pentes de l’Himalaya. L’ombre portée de la première autochenille, dessinée avec un luxe de détails techniques (toutes les chenilles, aérations du moteur, plis de la bâche de protection), produit deux autres véhicules de plus en plus gros, à la silhouette reconnaissable. La « lune » de cette scène nocturne est un visage jaune pâle, d’Asie orientale (plutôt indochinois), qui ne projette pas de lumière, mais au contraire une obscurité dense conquise par le mouvement des autochenilles : la poussière symbolisée par le traitement en points vient trancher l’ombre en striures horizontales rapprochées.

  Interprétation

Promouvoir l’expédition coûte que coûte

Citroën met ses véhicules au service d’une expédition ethnographique, archéologique – scientifique. Hackin est ainsi en mesure de revenir à Bamiyan et de s’appuyer sur une nouvelle logistique ; à l’oasis de Turfân, il demande au peintre Alexandre Iacovleff de reproduire en couleur des fresques jusqu’ici connues seulement par des photographies en noir et blanc. La masse de renseignements collectés, transportés d’ailleurs à dos de chameau plutôt que dans les célèbres remorques, parvient finalement en France, après de multiples péripéties. Entre-temps, le 6 mars 1932, le chef de l’expédition Haardt décède, épuisé par des épreuves physiques très dures et très éprouvé par de fortes tensions diplomatiques. Surfant sur la vague de l’Exposition coloniale internationale qui a attiré des millions de visiteurs à la Porte Dorée à partir de mai 1931, Citroën produit en public les résultats (triés) de l’expédition. Le 18 juin 1932, l’immense exposition Citroën Centre-Asie est donc inaugurée (sans Haardt) à Paris, place de l’Europe. En 1933, seul Audouin-Dubreuil peut rédiger l’introduction au récit de Le Fèvre, agrémenté de 95 gravures et photographies, qui vient rassembler et compléter ses comptes rendus pour L’Illustration. Plus encore que sa consœur africaine, la Croisière jaune, comme la marque Citroën, fait partie de l’imaginaire national.

Auteur : Alexandre SUMPF


Bibliographie

  • Ariane AUDOUIN-DUBREUIL, Croisière jaune : sur la Route de la Soie, Grenoble, Glénat, 2007.
  • Pascal BLANCHARD, Lemaire Sandrine, Culture coloniale. La France conquise par son empire, 1871-1931, Paris, Autrement, 2003.
  • Raoul GIRARDET, L’idée coloniale en France, Paris, Hachette, 2007.
  • Jacques WOLGENSINGER, L’épopée de la Croisière jaune, Paris, Robert Laffont, 2002.

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