© Photo RMN-Grand Palais - J.-G. Berizzi
Titre : Cavalerie russe. Cosaques.
Technique et autres indications : Bois de fil, pochoir, vergé.
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 05-532210 / 79.82.122C
© Photo RMN-Grand Palais - F. Raux
Titre : Cavalerie russe (Cosaques).
Technique et autres indications : Imprimerie Pellerin.
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 07-517837 / 53.86.2501C
© Photo RMN-Grand Palais - F. Raux
Titre : Armée russe, cosaques.
Dimensions : Hauteur 39.9 cm - Largeur 27.9 cm
Technique et autres indications : Lithographie coloriée.
Imprimerie Charles Pinot et Sagaire (1860-1888)
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 08-521125 / 53.86.2504C
© Photo RMN-Grand Palais - G. Blot
Titre : Les virtuoses de la lance. Armée russe. Cosaques.
Date de création : 1914
Date représentée : 1914
Technique et autres indications : Lithographie coloriée
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 04-509115 / 50.39.1914 D
Les Cosaques, guerriers indomptables
De la bataille d'Austerlitz à l’engagement commun contre les Empires centraux en 1914, en passant par la campagne de Russie de 1812, l’occupation de Paris en 1815 et la guerre de Crimée en 1854-1856, l’histoire croisée de la France et de la Russie au XIXe siècle est riche en évènements militaires. La figure du cavalier cosaque, mythifiée par Nicolas Gogol en 1843 dans son roman historique Tarass Boulba (traduit en français en 1845), imprègne toute cette époque. Les Cosaques sont les descendants de bandes d’aventuriers peuplant les steppes du sud de la Russie et de l’Ukraine ; moins qu’une ethnie particulière, ils se distinguent par leur statut de soldats nomades, reconnus pour leur maîtrise des armes et de la cavalerie, fameux aussi pour leur férocité au combat. Après la répression de la révolte de Pougatchev en 1775 par Catherine II, ils intègrent les troupes tsaristes en unités territoriales d’élite composées de volontaires, où règne une forme de hiérarchie par élection. Participant à toutes les opérations russes de conquête et aux guerres internationales, la seule mention de leur nom fait frémir le public. Après l’alliance franco-russe signée en 1892, l’armée russe connaît les faveurs de l’engouement médiatique pour une force qu’on imagine inépuisable (on compte alors plus de 170 millions de Russes), stoïque comme le moujik, et courageuse comme le cosaque.
La charge des Cosaques, arme terrible
La première image d’Epinal représentant les Cosaques, comme élément à part de l’armée russe, se sert de l’espace horizontal d’une feuille de grand format pour reproduire un défilé équestre – une constante des images du XIXe siècle. On y trouve deux types de soldat, un clairon à l’avant sonnant la charge, et des lanciers vêtus du pantalon cosaque, le sabre long qui les rend terriblement célèbres, la coiffe des cosaques du Don (parakha). La rousseur de la barbe répond au rouge orangé du haut de l’uniforme.
La seconde image, postérieure d’au moins quinze années, inverse le sens du défilé et comporte plusieurs innovations : sol bicolore évoquant la variété et l’infini des espaces parcourus, doublement des figures de simples cavaliers signifiant la solidarité, alternance de la robe des chevaux qui doit donner l’illusion du nombre sans l’impression de répétition, ajout d’un chef brandissant son sabre. Le costume militaire bleu à parements rouges est celui des cosaques du Don, les détails du harnachement se multiplient dans la veine réaliste de l’étude des armées européennes. Les chevaux sont représentés en pleine charge, muscles bandés, pattes allongées, naseaux écartés.
La troisième image d’Epinal n’appartient pas à la même maison, mais s’inscrit dans la même série culturelle par l’alternance des chevaux en pleine course, soulevant une épaisse poussière, leurs longues crinières, le pantalon bouffant rouge et la tunique bleue, les deux clairons et l’officier en tête haranguant sa troupe. On note aussi l’ajout du drapeau impérial jaune avec l’aigle bicéphale, porté par un Cosaque lui aussi tête tournée vers l’arrière, et le retour à une représentation conforme de la parakha ornée d’un galon.
Changement total de style avec la dernière image, lithographie coloriée où le décor apparaît extrêmement détaillé. Un ciel gris d’automne domine le tiers supérieur, au-dessus d’une forêt de bouleaux atteinte par la guerre (arbre couché). Le centre de la composition aux couleurs pâles est occupé par un Cosaque en pleine charge, faisant corps avec son cheval en extension maximale. Dans son élan, la lance pointée vers l’ennemi franchit même le cadre de l’image. Le porte-drapeau et le cavalier tirant au fusil depuis son cheval cabré complètent la série de cosaques reconnaissables à leur coiffe, à leur barbe, et à leur adresse en selle.
D’ennemi à allié
L’image d’Epinal produite par Pellerin utilise la technique de la gravure sur bois et de la coloration au pochoir, qui autorise la reproduction manuelle de la même figure à l’infini. La fameuse maison a beaucoup produit de séries d’images et de cartes à jouer avec des uniformes, goûtées par un public populaire nourri des récits d’exploits militaires sur tous les théâtres de la guerre. La généralisation de la lithographie en couleurs, employée pour les deux dernières images, permet la multiplication à grand tirage et de conséquents profits : l’image de Pinot et Sagaire n°174, vendue à 10 centimes l’unité, a sans doute envahi les échoppes en même temps que le reste de la série. Troupe d’élite aux codes propres, les Cosaques sont aussi chargés par le tsar – dont ils portent haut les couleurs – de maintenir l’ordre public : leur intervention brutale lors du Dimanche sanglant (9 janvier 1905) marque l’opinion publique défavorablement. Mais moins de dix années plus tard, alors que l’engrenage des alliances pousse la France à s’engager aux côtés de la Russie attaquée par les Empires centraux, cette même aisance dans le combat, ce goût de la charge à grand risque emporte l’imagination chauffée à blanc des patriotes restés à l’arrière. Pourtant, dans une guerre plus mécanique que prévue, qui verra apparaître les chars en guise de nouvelle cavalerie, la lance et la fougue héroïque des cosaques semblent appartenir à un autre siècle.
Auteur : Alexandre SUMPF