© Bibliothèque de documentation internationale contemporaine / Musée d'histoire contemporaine
Titre : Saint-Mihiel.
Auteur : Michel TOUSSAINT
Date de création : 1919
Lieu de Conservation : Musée d'histoire contemporaine / BDIC (Paris) ; site web
Contact copyright : Bibliothèque de documentation internationale contemporaine, 6 Allée de l'Université, 92001 Nanterre Cedex, Tél.:33-(0)1.40.97.79.00 / Fax : 33-(0)1.40.97.79.40 ; site web
© Photo RMN-Grand Palais - M. Urtado
Titre : Miss Dougherty, Williamsport.
Auteur : ANONYME
Dimensions : Hauteur 23 cm - Largeur 17 cm
Lieu de Conservation : Musée national de la Coopération Franco-américaine (Blérancourt) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 09-536881 / VHPH654
© Photo RMN-Grand Palais - M. Urtado
Titre : Miss Willett et Miss Green.
Auteur : ANONYME
Dimensions : Hauteur 17 cm - Largeur 23 cm
Lieu de Conservation : Musée national de la Coopération Franco-américaine (Blérancourt) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 09-536848 / VHPH621
© Photo RMN-Grand Palais - M. Urtado
Titre : Groupe de femme sur un tank allemand.
Auteur : ANONYME
Dimensions : Hauteur 17 cm - Largeur 23 cm
Lieu de Conservation : Musée national de la Coopération Franco-américaine (Blérancourt) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 09-536871 / VFPH644
Les Américains dans la Première Guerre mondiale, bienfaiteurs des civils français
L’entrée de la puissance américaine dans la Première Guerre mondiale date du début avril 1917, mais dès le début du conflit, des volontaires américains s’engagent du côté de la France – tels les aviateurs de l’escadrille Lafayette. L’écrivain Edith Wharton, surprise à Paris par la déclaration de guerre, s’emploie pendant quatre années à visiter le front et à rendre compte des atrocités de cette guerre auprès du public d’Outre-Atlantique. Les femmes sont particulièrement actives sur le « front » de la mobilisation culturelle et humanitaire.
Anne Morgan (1873-1942) crée le Comité américain pour les régions dévastées (CARD), actif en particulier en Picardie, de 1917 jusqu'en 1924. Depuis les ruines du château de Blérancourt, la région est parcourue inlassablement par les voitures Ford de l’escouade, composée surtout de femmes qui portent secours aux civils privés de tout. Elles croisent près des lignes de front les anciens combattants et touristes venus se recueillir en mémoire des quelques 116 000 soldats tombés. C’est le cas de Saint-Mihiel, au sud de Verdun, qui a vu en 1918 l’offensive victorieuse contre un saillant du front et qui concentre tôt l’afflux par train depuis la gare d’Est à Paris – ce qui pousse la compagnie à commander une affiche spécifique à Michel Toussaint (1882-1974), connu tant pour son talent à illustrer les sujets militaires (napoléoniens, en particulier) qu’à réaliser des images ferroviaires.
Le calme après la bataille
L’affiche réalisée par Michel Toussaint reprend certains codes de l’affiche ferroviaire tout en y insérant des éléments propres à l’enjeu du souvenir de la guerre. Le soleil couchant, dans des teintes orange pastel travaillées par les nuances dues aux nuages, le point de vue montagnard, les collines boisées au loin et les fleurs détaillées au premier plan rappellent l’aspect balnéaire du premier tourisme national. L’abbaye de cette petite bourgade des bords du fleuve Meuse, au centre de la composition, rappelle le rôle de la culture bénédictine européenne dans l’ancienneté de ce lieu de peuplement. Mais le reste de l’image porte les stigmates de la guerre : pont détruit, les ruines du premier plan, à-pic des falaises en forme de tranchées au second plan, l’affût rouillé de canon sur lequel s’appuie un soldat. Toussaint le représente avec un luxe de détails véridiques – dans une position ambiguë, entre garde et contemplation.
La série de photographies conservées dans le fonds Anne Morgan du Musée franco-américain de Blérancourt, établi sur les lieux de l’état-major du CARD, montre des touristes américains au milieu des stigmates laissées par la guerre en France. Le cliché montrant Mlle Dougherty, originaire de Williamsport (Pennsylvanie), revendique son origine américaine. Cette jeune femme, probable assistante d’Anne Morgan si l’on en croit son habit au style semi militaire, chevauche joyeusement un canon de campagne de calibre moyen, sur fond de fil barbelé et d’une ville non identifiée. Le ciel clair et la luminosité indiquent une saison clémente, sans doute l’été. Dans le cliché suivant, deux autres jeunes femmes, tout aussi heureuses et même hilares, passent leur tête dans les trous faits par des obus dans un épais mur en béton. Le cadrage ne laisse cette fois-ci aucune place à un second plan et joue sur le contraste entre solidité du mur et fragilité des visages féminins, entre ouverture violente, effritement minéral et êtres bien vivants, bien vêtus. Enfin, la dernière photographie, de groupe cette fois, montre onze personnes assez bien vêtues, perchées sur un tank allemand renversé. L’identité de l’arme ne fait aucun doute, grâce aux croix dessinées sur ses flancs de métal riveté. Les sujets photographiés ressortent nettement sur l’horizon dépouillé de la campagne française, civils ayant triomphé de la bête militaire.
L’insouciance d’un après-guerre pacifié
Le soldat américain dessiné par Toussaint se situe géographiquement à l’Est de la Meuse. Il trône donc sur un reste de défense allemande, belle et bien vaincue par l’effort militaire américain et son engagement sur cette partie du front. Le combattant, valide, regarde vers l’ouest, vers sa patrie, mesurant sans doute le chemin parcouru depuis 1917. A quelques éléments près listés dans l’analyse de l’image, la tonalité de l’affiche est plutôt apaisée. La cité en contrebas apparaît peu marquée par une guerre qui l’a pourtant vue énormément souffrir ; l’affichiste a préféré insister sur l’aspect pastoral de la représentation traditionnelle de la campagne française, avec ses fleurs, symboles de vie et de bonne santé, qui poussent parmi les ruines.
Les photographies réalisées par les agents du CARD servaient principalement à sensibiliser l’opinion américaine aux conditions de vie de la population des régions les plus touchées de Picardie. Mais les clichés présentés ici sont d’un autre genre, plus personnel. Ils représentent soit les membres du Comité, soit des bienfaiteurs venus des Etats-Unis constater in situ les effets de leurs donations, et emmenés sur les chemins de mémoire de la région. Le ciel représenté dans deux des trois images est non menaçant, vide de nuages, d’avions, d’obus. Les armes métalliques, mécanique de mort, apparaissent inoffensives en dépit de leur caractère massif. Les dégâts occasionnés par les bombardements ne sont qu’une péripétie dont on se joue, tant est grande la confiance dans l’avenir de la reconstruction.
Auteur : Alexandre SUMPF