© Photo RMN-Grand Palais - H. Lewandowski
Titre : Intérieur de la cathédrale d'Arras en ruines.
Auteur : Fernand SABATTE (1874-1940)
Date de création : 1916
Dimensions : Hauteur 168 cm - Largeur 137 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 00-002745 / INV20734
© Bibliothèque de documentation internationale contemporaine / Musée d'histoire contemporaine
Titre : Arras.
Auteur : Géo DORIVAL (1879-1968)
Date de création : 1920
Lieu de Conservation : Musée d'histoire contemporaine / BDIC (Paris) ; site web
Contact copyright : Bibliothèque de documentation internationale contemporaine, 6 Allée de l'Université, 92001 Nanterre Cedex, Tél.:33-(0)1.40.97.79.00 / Fax : 33-(0)1.40.97.79.40 ; site web
La Grande Guerre à Arras
Avant la guerre, la ville d’Arras, chef-lieu du Pas-de-Calais, attirait déjà les touristes avec les deux places baroques qui en font l’égale de Lille ou de Bruxelles. Les combats de la Grande Guerre atteignent la cité dès le mois d’août 1914 ; le 7 octobre, l’hôtel de ville est en flammes, le 6 juillet 1915, la cathédrale est touchée. Jusqu’en avril 1917, le front s’établit à la lisière de la ville qui ne vit plus que sous les bombes : tout comme Reims, Arras est considérée comme une « ville martyre ».
Les artistes ayant réalisé les œuvres commentées ici ont tous deux une expérience de guerre, différente il est vrai. Fernand Sabatté (1874-1940), élève des Beaux-Arts et apprenti dans l’atelier de Gustave Moreau, se trouve mobilisé et même décoré pendant la Première Guerre mondiale, au cours de laquelle il trouve le temps de peindre les spectacles de désolation qu’il découvre. Georges (dit Geo) Dorival (1879-1968), fameux dès 1910 pour ses affiches publicitaires, en particulier touristiques, est lui réformé mais s’engage comme infirmier volontaire à l’hôpital militaire du Val-de-Grâce. Il continue à dessiner des affiches (pour la Croix-Rouge par exemple) et des cartes postales de bienfaisance.
Esthétique de la destruction
Le tableau de Fernand Sabatté est peint dans les tons assez pâles de la pierre crayeuse qui a servi à édifier la cathédrale d’Arras. La composition est rythmée verticalement par des colonnes encore debout, disposées selon une fausse perspective. Le socle de la colonne la plus proche sert de repère horizontal et trace une limite entre la partie de l’édifice restée intacte et les décombres qui gisent au sol jusqu’au premier plan. Derrière le monceau de gravats apparaissent la chaire au dais à demi effondré et un confessionnal aux rideaux d’un jaune éteint, seule touche de couleur dans ce monde de ruines qu’habille une fine poussière.
L’affiche réalisée par Geo Dorival est plus impressionnante encore. La ville d’Arras, cité d’art et de culture, y est résumée par les ruines de ses plus célèbres édifices. Vus avec peu de recul et traités avec une palette qui associe les bruns sourds et les gris lugubres, ils semblent devoir s’enfoncer dans le bas de l’image. Au centre se dressent les vestiges de l’hôtel de ville, bien reconnaissable à son beffroi. À droite, les étais de bois disent l’instabilité des façades restées en place. Dans le ciel crépusculaire flottent des nuages dont la forme rappelle la fumée des bombes et des incendies qui ont ravagé la ville. Le dessin écrase littéralement la partie de l’affiche où le nom de la ville apparaît en réserve sur un fond rouge sang, couleur reprise pour le liseré qui le borde. Le point de vue adopté donne le sentiment d’un vide que rien ne peut combler : fenêtres sans carreaux, monuments sans toits, rues sans âme qui vive. Dessinés en peu de traits, les amas de décombres montrent le travail herculéen à accomplir pour rendre à Arras son visage.
Souvenirs d’une épreuve passée
Le tableau de Sabatté et l’affiche de Geo Dorival constituent chacun une sorte d’instantané destiné à montrer l’ampleur des dégâts que la guerre a infligés à des monuments de la culture européenne. L’accablement saisit le spectateur à la vue de ces lieux dévastés, dont aucun homme ne vient troubler le silence. Mais l’affiche de Dorival fait des ruines un attrait touristique, une invitation à visiter la ville : deux ans après la fin du conflit, Arras ne peut proposer qu’un tourisme de nature mémorielle pour trouver les fonds indispensables à sa renaissance. Le centre historique d’Arras est longuement reconstruit à l’identique dans les années 1920 et 1930 sous la direction de l’inspecteur général des Monuments historiques Pierre Paget, tandis que les faubourgs bénéficient d’une vaste opération urbanistique et de l’érection de bâtiments dans le style Art nouveau.
Auteur : Alexandre SUMPF