© ADAGP, © Bibliothèque de documentation internationale contemporaine / Musée d'histoire contemporaine
Titre : Le vol des Quinz'mill.
Auteur : Jules GRANDJOUAN (1875-1968)
Date de création : 1910
Lieu de Conservation : Musée d'histoire contemporaine / BDIC (Paris) ; site web
Contact copyright : ADAGP, 11, rue Berryer. 75008 Paris. Tél: 33+01-43-59-09-78 - Email : adagp@adagp.fr -Site web : www.adagp.fr / Bibliothèque de documentation internationale contemporaine, 6 Allée de l'Université, 92001 Nanterre Cedex, Tél.:33-(0)1.40.97.79.00 / Fax : 33-(0)1.40.97.79.40 ; site web
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Titre : Unité de front.
Auteur : Jules GRANDJOUAN (1875-1968)
Lieu de Conservation : Musée d'histoire contemporaine / BDIC (Paris) ; site web
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Titre : Victimes de la même Ruhrie.
Auteur : Jules GRANDJOUAN (1875-1968)
Lieu de Conservation : Musée d'histoire contemporaine / BDIC (Paris) ; site web
Contact copyright : ADAGP, 11, rue Berryer. 75008 Paris. Tél: 33+01-43-59-09-78 - Email : adagp@adagp.fr -Site web : www.adagp.fr / Bibliothèque de documentation internationale contemporaine, 6 Allée de l'Université, 92001 Nanterre Cedex, Tél.:33-(0)1.40.97.79.00 / Fax : 33-(0)1.40.97.79.40 ; site web
Du militantisme radical au communisme
La Troisième République ancre les pratiques démocratiques en France mais est loin de satisfaire les plus radicaux qui appellent de leurs vœux une République sociale. Les affaires politico-financières qui émaillent la fin du XIXe siècle, comme le scandale de Panama en 1893, favorisent le rejet d’un système auquel tous les partis politiques apportent toutefois leur caution par la participation aux élections, à une époque qui voit triompher en ville l’affiche comme moyen de communication.
Jules Grandjouan (1875-1968), farouche libertaire, critique la compromission politicienne en détournant une affiche à l’occasion des élections législatives de 1910 pour le compte du Comité révolutionnaire antiparlementaire. Ce comité a été fondé par La Guerre sociale de Gustave Hervé, socialiste révolutionnaire et antimilitariste. Son combat le porte aussi sur le front de l’unité syndicale et de la lutte de classes, dans une France qui a connu les grandes grèves de guerre (1917, 1918) et de 1919. L’obtention des huit heures journalières de travail confirme les syndicalistes de la nouvelle CGTU dans le choix d’un positionnement radical. Ils s’appuient sur la Section française de l’Internationale communiste née en décembre 1920, à laquelle Grandjouan adhère.
La moindre occasion est saisie pour défendre la cause du travailleur internationaliste contre le bourgeois impérialiste. Décidée par Poincaré pour obtenir en nature une partie des réparations exigées de l’Allemagne vaincue, l’occupation de la Ruhr par l’armée française, en janvier 1923, déclenche ainsi une violente campagne de la part des communistes.
Antiparlementaire, unitaire et internationaliste
La composition de l’affiche Le vol des Quinz’mille imite habilement les images d’époque vantant les attractions populaires et fait en particulier appel au goût récent du public pour les exploits aéronautiques. Au centre de l’image, un dirigeable doré nommé « Palais Bourbeux », en référence au Palais Bourbon où siègent les députés, symbolise l’Assemblée nationale. Le titre de l'affiche est un jeu de mots sur le double sens du mot vol. Dans la nacelle du dirigeable, les députés sortants s’accrochent à leur pactole : 41 francs par jour, presque 15 000 francs par an. Ils sont survolés, du point de vue du salaire, par le président de la République Armand Fallières, souriant et rubicond, et le Président du Conseil Alexandre Millerand. Sur terre se presse la masse des prétendants à la prébende que constitue, selon Grandjouan, une place de député ; en frac noir, signe de d'élégance mais aussi de richesse, ils tendent des bras fortement allongés, signe de leur cupidité.
Unité de front, composée après la Première Guerre mondiale, fait la promotion de la nouvelle organisation syndicale issue de la scission de la CGT. Par la représentation de la Bastille, Grandjouan revendique l’identité révolutionnaire de la CGTU. Le récit se développe en trois étapes disposées verticalement. Du haut de la « Bastille capitaliste », cigare vissé aux lèvres, des profiteurs narguent depuis le chemin de ronde des manifestants munis d’écriteaux indiquant partis et syndicats de gauche. Puis, à l’appel de la CGTU, tous abandonnent leur identité particulière pour unir leurs efforts comme ils lient les hampes. Dans un dernier temps, ce faisceau se transforme en bélier qui enfonce la porte au milieu de fortifications. L’effort collectif des personnages désormais unis dans l’action provoque la reddition capitaliste, exprimée par un drapeau blanc, qui contraste par sa modestie et son unicité avec les neuf drapeaux rouges et deux drapeaux noirs de la première séquence.
Victimes de la même Ruhrie a été édité par la CGTU que soutient Grandjouan. La composition horizontale fait converger au centre de l’image le sommet d’un tas de charbon, richesse de la Ruhr, et la dépression du paysage spécifique de cette région très industrialisée, où les puits de mine découpent l’horizon. Au premier plan, trois personnages se dévisagent : à gauche, un mineur allemand forcé de travailler sous la menace d’une baïonnette brandie à bout de fusil par un soldat français, debout au centre. A droite, le mineur français auquel s’adresse son camarade allemand ne se distingue de lui que par sa passivité. Le crayonnage plus appuyé pour le mineur allemand, que l’effort (il s’aide du genou) plisse, le rapproche du noir du charbon qu’il exploite, et à travers lequel on l’exploite également. Le soldat, reconnaissable à son inimitable casque, est au contraire figé en statue, ses équipements sont finement détaillés. Le mineur de droite se tient dans une étrange position d’attente ou de doute, sa silhouette apparaît comme découpée dans le décor.
Jeux de mots et jeux de miroirs
La constante de l’engagement de Grandjouan réside dans la croyance en la possibilité d’une révolution sociale qui mettrait à bas les privilèges dans un régime dirigé dans l’intérêt de la bourgeoisie. S’il fait figurer Alexandre Millerand en robe d’avocat, c’est que ce dernier, après avoir participé en 1898 à un gouvernement « bourgeois », s’était compromis en plaidant la cause du liquidateur Duez dans l’affaire du « milliard des congrégations ».
A l’occasion des élections de 1910, Grandjouan appelle à ne pas voter, structure un Comité révolutionnaire antiparlementaire au sein duquel il occupe les plus hautes fonctions, dessine deux affiches (avec la mention « vu par le candidat ») et donne des conférences.
Dans ses affiches, il use volontiers du jeu de mots qui dénonce et fait mouche : l’ambivalence du mot « vol » permet de détourner une affiche aéronautique, le Bourbon devient un marécage fangeux, l’occupation de la Ruhr devient de la rouerie. Il propose également une leçon, souvent exprimée en chiasme, sagesse populaire à contenu révolutionnaire.
Cet art du trait se retrouve dans sa manière de dessiner, assez sèche, qui tient dans l’épaisseur du coup de crayon plus que dans le jeu des couleurs : les ouvriers au travail sont denses, les bourgeois sont sans consistance, tout en apparences, baudruches gonflées de profit, mais parasites esclaves de l’argent.
Ces compositions en miroir et ce jeu constant sur les représentations des deux principales « classes » signent la manière de Grandjouan. Le tout jeune parti communiste attire à lui nombre de militants anarchistes ou antimilitaristes, qui s’en détourneront toutefois assez vite.
Auteur : Alexandre SUMPF