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Camarade, ton devoir est d’assister à l’Assemblée générale de ton syndicat.

© Bibliothèque de documentation internationale contemporaine / Musée d'histoire contemporaine

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Titre : Camarade, ton devoir est d’assister à l’Assemblée générale de ton syndicat.

Lieu de Conservation : Musée d'histoire contemporaine / BDIC (Paris) ; site web
Contact copyright : Bibliothèque de documentation internationale contemporaine, 6 Allée de l'Université, 92001 Nanterre Cedex, Tél.:33-(0)1.40.97.79.00 / Fax : 33-(0)1.40.97.79.40 ; site web

Travailleurs du bâtiment. Tous à la grande réunion !

© Bibliothèque de documentation internationale contemporaine / Musée d'histoire contemporaine

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Titre : Travailleurs du bâtiment. Tous à la grande réunion !

Lieu de Conservation : Musée d'histoire contemporaine / BDIC (Paris) ; site web
Contact copyright : Bibliothèque de documentation internationale contemporaine, 6 Allée de l'Université, 92001 Nanterre Cedex, Tél.:33-(0)1.40.97.79.00 / Fax : 33-(0)1.40.97.79.40 ; site web

  Contexte historique

La CGTU, syndicat de combat sous influence communiste

Depuis la fondation de la Confédération générale du travail, en 1895, le syndicalisme français s’est développé dans une direction révolutionnaire. En 1912, une tendance réformiste se structure mais ne parvient pas à s’imposer face à l’anarcho-syndicalisme avant le début des années 1920. A la suite de la scission des communistes décidée lors du congrès de Tours, en décembre 1920, les syndicalistes les plus radicaux de la CGT décident de créer une CGT unitaire affiliée à l’Internationale syndicale rouge, elle aussi création des bolcheviks, dirigée à Moscou par Solomon Lozovski. Si la première direction de la CGTU est de tendance anarchiste et pacifiste, sous la direction de Gaston Monmousseau, l’organisation se rapproche fortement de la SFIC, communiste, tandis que la CGT cultive une proximité inédite avec la SFIO, socialiste : l’esprit de la Charte d’Amiens (1906) perd de sa vigueur, l’anarcho-syndicalisme perd sa prééminence. La CGTU, qui revendique entre 330 et 430 000 adhérents au milieu des années 1920, recrute surtout dans les branches des chemins de fer, de l’énergie et du bâtiment. Elle reste toutefois minoritaire par rapport à la CGT et peine parfois à rassembler des partisans dans de nouveaux secteurs.

  Analyse des images

Convoquer en mots et mobiliser en images

Les deux placards commentés, produits en série pour convoquer des assemblées de syndiqués, présentent une construction similaire avec la mention de la fédération unitaire, une représentation de l’ouvrier, un slogan mobilisateur et quelques lignes laissées en blanc pour les précisions locales.

Le placard du Syndicat général du personnel de la Société de Gaz de Paris est une convocation à une assemblée générale qui accorde à l’image le tiers de la feuille disposée horizontalement. L’adresse tutoie le travailleur, interpellé comme « camarade » et enjoint à faire son « devoir » de syndicaliste. Sur un fond d’usine aux caractéristiques spécifiques de l’industrie du gaz d’éclairage, se dressent trois immenses cheminées dégageant des volutes rouges. Le dessin de cet arrière-plan est relativement précis sans être technique ; le dégradé des zones ombrées souligne la perspective sur la quelle surgit, au premier plan, un ouvrier aux teintes rouges, planté sur une estrade parfaitement noire. Les plis de son vêtement de travail, ses muscles saillants et les traits contractés de son visage connotent une certaine tension ; son poing droit fermé et sa main gauche ouverte résonnent comme un appel à l’action.

Le placard de la Fédération Unitaire du Bâtiment, de dimension plus modeste et de couleur verte, convoque les travailleurs à une « grande réunion » où ils écouteront un « orateur ». L’image occupe également le tiers de la feuille et fait aussi ressortir un ouvrier sur un arrière-plan industriel où l’on distingue des grues et des structures métalliques. Cet ouvrier émerge d’une masse ouvrière en marche, symbolisée par une mer de casquettes et quelques visages vieux et jeunes au second plan. Surtout, il crève littéralement l’affiche, comme déchirée par sa force, en se rendant de manière très volontaire à ladite réunion. Les traits sévères de son visage, à moitié dans l’ombre, ses deux poings fermés et la position de ses membres indiquent tous la même résolution.

  Interprétation

Force du syndicalisme

Le gazier montre le poing et tend la main ouverte, élément récurrent des affiches de mobilisation de la guerre (tel « On les aura ! » de J. A. Faivre), mais aussi de la représentation de l’ouvrier européen et du leader révolutionnaire, en particulier le Lénine des images soviétiques. Son camarade du secteur bâtiment, lui, est porté par la masse « unitaire », force révolutionnaire impossible à arrêter qui brise les carcans sociaux, renverse les positions, inclut de plus en plus d’ouvriers et rejette à l’extérieur ceux qui ne travaillent pas.

Ces types de placards produits à grande échelle par les fédérations de branche ou les syndicats des grandes unités de production étaient appelés à être placés sur le parcours de l’ouvrier autour de son lieu de travail. Si l’écrit respecte le code étroit de ce type de placard, encadré par la fameuse loi du 29 juillet 1881, et n’appelle à aucune action interdite, l’image fait sourdre une certaine violence qui dans un cas défigure presque l’ouvrier, dans l’autre fait exploser le cadre autorisé. Leur petite taille est compensée par la couleur du fond ou du dessin même, ainsi que par leur multiplication. Ces images sont par essence éphémères, d’autant qu’elles convoquent une réunion précise ; mais elles se répètent dans l’espace et dans le temps, car elles peuvent resservir. Tout autant que les assemblées qu’elles convoquent, ces affichettes participent de l’éducation syndicale et de la mobilisation des syndiqués.

Auteur : Alexandre SUMPF


Bibliographie

  • Jean-Jacques BECKER, Gilles CANDAR (dir.), Histoire des gauches en France, Paris, La Découverte, tome 2, 2005.
  • Michel DREYFUS, Mouvement ouvrier et mutualité : l’exception française (1852-1967), mémoire de HDR, Paris, 1997.
  • Romain DUCOLOMBIER, Camarades ! La naissance du parti communiste en France, Paris, Perrin, 2010.

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