L’art académique (4 oeuvres)
© Photo RMN-Grand Palais - H. Lewandowski
Titre : Les Romains de la décadence.
Auteur : Thomas COUTURE (1815-1879)
Date de création : 1847
Dimensions : Hauteur 472 cm - Largeur 772 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 92-000335 / INV3451
© Photo RMN-Grand Palais - H. Lewandowski
Titre : Siècle d'Auguste : naissance de N.S. Jésus Christ.
Auteur : Jean-Léon GEROME (1824-1904)
Date de création : 1855
Dimensions : Hauteur 620 cm - Largeur 1015 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Lieu de Conservation : Musée de Picardie (Amiens) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 97-023474 / RF1983-92
© Photo RMN-Grand Palais - H. Lewandowski
Titre : L'Accueil du Grand Condé à Versailles par Louis XIV.
Auteur : Jean-Léon GEROME (1824-1904)
Date de création : 1878
Date représentée : 1875
Dimensions : Hauteur 96.6 cm - Largeur 139.7 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 04-515551 / RF2004-15
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Titre : L'Excommunication de Robert le Pieux, 998.
Auteur : Jean-Paul LAURENS (1838-1921)
Date de création : 1875
Dimensions : Hauteur 130 cm - Largeur 218 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 05-521849 / RF151
La peinture d’histoire, un genre noble
En formulant les théories du classicisme en 1667, André Félibien plaça la peinture d’histoire au sommet de la hiérarchie des genres. Genre noble par excellence de la peinture, la peinture d’histoire occupe encore au XIXe siècle une place fondamentale au sein de l’enseignement académique, surtout à une époque où l’histoire tient une place cruciale à la fois dans la culture romantique et dans les usages politiques.
A l’Ecole des Beaux-Arts, l’apprentissage de la technique est complété par des cours de théorie, parmi lesquels des cours d’histoire générale, d’antiquité et d’archéologie. Les sujets des tableaux historiques proposés pour le prix de Rome de peinture continuent d’être tirés de l’histoire classique, de la mythologie ou de la Bible, et celui qui remporte le Grand Prix annuel de peinture d’histoire est assuré d’une carrière couronnée d’honneurs officiels. Particulièrement abondantes au XIXe siècle, les commandes de l’Etat, elles aussi tournées vers des thèmes historiques, contribuent à prolonger la suprématie de ce genre durant la première moitié du siècle. Toutefois, la seconde moitié du XIXe siècle voit s’effacer la hiérarchie des genres, tandis que se produit un glissement très net de la peinture de genre vers la peinture d’histoire. Cette dernière évolue dans un sens plus intimiste, s’humanise en s’ouvrant à l’anecdote, ce qui lui permet de se rapprocher d’un public dont elle s’était depuis longtemps éloignée.
Un style de plus en plus anecdotique
Au début du XIXe siècle, les néo-classiques, héritiers de David, s’inscrivent dans la continuité de leur maître. Défenseurs acharnés de la tradition académique, ils continuent à exalter la peinture d’histoire qu’ils utilisent à des fins d’édification. Il s’agit pour eux de tirer de leurs tableaux une leçon de morale, de mettre en scène des vertus, d’idéaliser les héros ou de stigmatiser des comportements contemporains, comme le fit Thomas Couture (1815-1879) avec Les Romains de la décadence en 1847. Dans cette toile monumentale qui le rendit célèbre, cet élève de Gros a cherché à extraire un message édifiant du sujet antique inspiré par ces vers de Juvénal, "Plus cruel que la guerre, le vice s'est abattu sur Rome et venge l'univers vaincu". L’orgie qui se déroule dans un temple antique, peu avant la chute de l’Empire romain, est une allusion à la décadence morale qui règne sous la Monarchie de Juillet, affaiblie par une série de scandales. Dans cette allégorie réaliste, le peintre se sert de la fin d’un monde pour critiquer le sien propre.
A l’opposé de cette vision moralisante de l’histoire se situe la démarche archéologique d’un Gérôme (1824-1904) qui fait de l’anecdote un moyen privilégié d’accès à la peinture historique. Son goût pour la reconstitution archéologique, allié à un sens de l’observation minutieuse, fait de lui le chantre de la peinture réaliste. Dans la tradition de la grande peinture d’histoire, l’Etat lui commande pour l’exposition universelle de 1855 la toile intitulée Siècle d’Auguste : naissance de N.S. Jésus-Christ. Inspirée d’un passage de Bossuet sur la Pax Romana sous Auguste, ainsi que de l’Apothéose d’Homère d’Ingres, l’un des maîtres de Gérôme, cette peinture donne au spectateur le sentiment d’être un témoin direct du passé, tant la reconstitution archéologique est minutieuse et le traitement des personnages réaliste.
Le Siècle d’Auguste : naissance de N.S. Jésus-Christ rencontre un succès mitigé qui pousse par la suite Gérôme à privilégier plutôt la petite histoire, au détriment de la grande, ainsi en 1878 dans L’accueil du Grand Condé par Louis XIV à Versailles. Dans cette œuvre aux dimensions imposantes, l’escalier monumental des ambassadeurs à Versailles, démoli sous Louis XV et scrupuleusement reconstitué pour l’occasion, organise toute la scène d’une manière théâtrale. Les costumes, d’une grande variété et d’une grande richesse, témoignent aussi bien de sa connaissance précise des mœurs de l’époque que de son penchant envers l’anecdote. A travers le choix d’un tel sujet, l’allégeance tardive du prince de Condé au souverain, il s’agit de mettre en scène de la manière la plus vivante possible la comédie du pouvoir dont le peintre était un familier. Ce goût pour la reconstitution et la précision se retrouve dans les toiles de Jean-Paul Laurens (1838-1921) illustrant des sujets historiques.
A la différence de Gérôme qui concentre son attention sur l’objectivité du récit historique et son déroulement, Laurens privilégie les sujets tragiques mettant en scène des individus et s’attache à traduire leurs sentiments, ainsi dans L’Excommunication de Robert le Pieux, datée de 1875. Dans cette œuvre célèbre, le peintre a choisi de représenter le moment où Robert le Pieux, excommunié par le pape en 998 pour avoir refusé de répudier sa seconde épouse Berthe, demeure seul avec celle-ci, tandis que les évêques quittent la salle du trône. Prostré sur son trône, en proie à un terrible dilemme, il fixe l’immense salle vide. A ses pieds gît le sceptre qu’il a laissé échapper de ses mains, tandis que, devant lui, également à terre, un cierge, qui vient juste d'être éteint comme le manifestent les volutes de fumées. Le cierge a été soufflé et posé au sol selon le rituel symbolique de l'excommunication. Ce sujet est l’occasion pour Laurens de dénoncer l’intransigeance religieuse des siècles passés et de son époque, ainsi que d’utiliser ses connaissances archéologiques médiévales pour représenter avec une grande minutie le portail d’église par lequel s’acheminent les évêques.
Renouvellement de la peinture d’histoire
Ces deux dernières œuvres de Gérôme et de Laurens illustrent bien l’évolution qui affecte la peinture d’histoire depuis la Restauration. Discréditée pour sa dimension pompeuse et idéalisante qui l’éloignait du grand public, la peinture d’histoire ne pouvait être temporairement sauvée que par un assouplissement des frontières entre les différents genres et par la contamination de la peinture de genre.
Le premier à tenter de rendre le fait historique plus accessible par le biais du réalisme archéologique et de l’expression des sentiments humains fut Paul Delaroche ; Gérôme et Laurens, qui admiraient tous deux beaucoup ce peintre, ont exploré les pistes que celui-ci avait tracées, en humanisant chacun à leur manière la peinture d’histoire.
Leur démarche doit être mise en parallèle avec le renouvellement de l’approche historique au XIXe siècle. Désormais considérée comme une discipline intellectuelle à part entière, l’histoire se modifie en profondeur sous l’influence des grands historiens de la génération romantique, Augustin Thierry et Jules Michelet en particulier (dont Gérôme et Laurens furent des lecteurs assidus, le second surtout, qui illustra les Récits des Temps mérovingiens de Thierry). Ces historiens s’éloignent du moralisme des siècles précédents pour privilégier l’étude critique et objective des sources et hisser l’histoire au niveau des sciences pures, tout en adoptant une narration très vivante et presque romancée des faits historiques.
L’école positiviste qui fait son apparition dans le dernier tiers du XIXe siècle renforce la nécessité d’écrire une histoire objective, centrée autour de l’événementiel et des documents d’archives. Cette nouvelle approche historique, dont on retrouve des échos dans les toiles d’un Laurens par exemple, donne à la peinture d’histoire de la seconde moitié du XIXe siècle un nouveau souffle, avant qu’elle ne tombe totalement en désuétude au siècle suivant.
Auteur : Charlotte DENOËL