L’art académique (4 oeuvres)
© Photo RMN-Grand Palais - G. Blot
Titre : L'atelier de dessin à l'Ecole des Beaux-Arts.
Auteur : Antoine Jean BAIL (1830-1918)
Date de création : 1855
Date représentée : 1855
Lieu de Conservation : Musée Gadagne (Lyon) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 97-015613
© Photo RMN-Grand Palais - T. Le Mage
Titre : Thésée reconnu par son père Egée.
Auteur : Hippolyte FLANDRIN (1809-1864)
Date de création : 1832
Dimensions : Hauteur 50 cm - Largeur 39 cm
Technique et autres indications : Crayon, encre (dessin), mise au carreau, papier calque.
Lieu de Conservation : Musée du Louvre (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 03-002155 / RF52629Folio7
© Photo RMN-Grand Palais - R. G. Ojeda
Titre : La résurrection de Lazare.
Auteur : Léon BONNAT (1833-1922)
Dimensions : Hauteur 112 cm - Largeur 145 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Lieu de Conservation : Musée Bonnat (Bayonne) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 94-050163 / Inv.548
© Photo RMN-Grand Palais - F. Raux
Titre : Adam et Eve trouvant le corps d'Abel.
Auteur : Jean-Jacques HENNER (1829-1905)
Dimensions : Hauteur 30 cm - Largeur 24.5 cm
Technique et autres indications : Esquisse pour le concours du Grand Prix de1858.
Lieu de Conservation : Musée Jean-Jacques Henner (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 07-502438 / JJHP90
L’histoire du Prix de Rome de peinture
Institué en 1663 par l’Académie afin de sélectionner les artistes qui seraient admis à séjourner à l’Académie de France à Rome, le concours était divisé en plusieurs sections, sculpture, architecture, estampe, musique et peinture, cette dernière étant la plus prestigieuse. Sous la Révolution, ce concours passe sous la responsabilité d’une section de l’Institut (la future Académie des Beaux-Arts dès 1803) et de son secrétaire perpétuel qui choisissent les sujets et jugent les œuvres.
Lorsque le premier bâtiment de l’Ecole des Beaux-Arts fut achevé en 1824 à l’emplacement de l’ancien couvent des Petits-Augustins, le concours annuel s’installe, toujours sous la responsabilité de l’Académie, dans les nouveaux locaux de l’Ecole. Les épreuves sont ouvertes à tout concurrent de sexe masculin (les femmes n’obtiendront le droit de concourir qu’en 1903), célibataire, âgé de moins de 30 ans et déjà reçu au concours de l’Ecole des Beaux-Arts. Elles se déroulent sur quelques semaines en trois étapes successives, les candidats devant rendre une série d’esquisses avant de mener à bien, durant 72 jours d’isolement dans une loge, l’exécution d’une grande toile d’après un sujet historique déterminé.
Le déroulement du concours et les œuvres primées
La pratique du dessin dans la genèse des tableaux présentés au concours du Prix de Rome est d’une importance primordiale. Seule matière enseignée à l’Ecole des Beaux-Arts avant la réforme de 1863, le dessin constitue l’essence même de la formation des élèves, dans la plus pure tradition académique.
Les élèves se consacraient au dessin d’après nature ou d’après la bosse, c’est-à-dire d’après des moulages de statues antiques, comme le montre ce tableau d’Antoine-Jean Bail (1830-1918) représentant Un atelier de dessin à l’Ecole des Beaux-Arts en 1855. Un modèle professionnel nu pose sur une estrade pour des élèves qui s’applique à le peindre, sous la surveillance d’un professeur, dans un atelier éclairé par une lumière zénithale et tapissé de moulages en plâtre de têtes de statues. Çà et là, le sol est jonché d’instruments de travail, de livres, de papiers et de divers déchets qui témoignent du désordre et de la saleté qui régnaient couramment dans les ateliers de cette époque.
Lors de la troisième étape du concours de peinture du Prix de Rome, les participants disposaient de 12 heures pour rendre une esquisse fixant les traits de la composition du grand tableau qu’ils devaient ensuite exécuter. Au bout du délai imparti, un professeur recueillait les esquisses dont on faisait des calques pour les candidats. Une esquisse sur papier calque d’Hippolyte Flandrin (1809-1864) représentant Thésée reconnu par son père Egée, scène mythologique pour laquelle il remporta le Grand Prix de peinture en 1832, donne déjà une idée assez exacte de ce que sera l’œuvre finale. Cet élève d’Ingres s’inscrit dans la lignée néo-classique de son maître. Dépourvue de tout artifice, sa composition se distingue par l’agencement équilibré des figures dans l’espace et par son trait linéaire et épuré.
En 1857 et 1858, ce sont des sujets religieux qui sont proposés au concours, respectivement La résurrection de Lazare et Adam et Eve trouvant le corps d’Abel.
Candidat au concours, Léon Bonnat (1833-1922) proposa en 1857 une toile qui lui valut un second prix. Résultant de l’observation attentive des maîtres italiens, le traitement réaliste des têtes des personnages annonce son goût pour l’art du portrait qu’il développa avec succès par la suite, abandonnant le genre historique.
Jean-Jacques Henner (1829-1905) reçut le Grand Prix en 1858 pour Adam et Eve. Son esquisse peinte est très proche de la toile finale. Elle témoigne de la passion de l’artiste pour le sfumato des maîtres vénitiens, ainsi que pour les nus qui feront sa célébrité. Adam et Eve sont campés à coups vigoureux de pinceau au milieu de la scène, stupéfaits et plongés dans la douleur devant le corps sans vie d’Abel. D’une grande éloquence dramatique, cette toile, avec le corps nu d’Abel qui se détache en clair-obscur au premier plan, sur fond de paysage rocheux, n’est pas sans évoquer une peinture célèbre de Prud’hon, artiste qu’admirait beaucoup Henner, La Justice et la Vengeance divine poursuivant le crime (1808, Musée du Louvre).
Une carrière officielle
Les artistes qui remportaient le Grand Prix de Rome devenaient pensionnaires de l’Académie de France à Rome durant quatre ou cinq ans, suivant la spécialité qu’ils avaient choisie, peinture de paysage ou peinture d’histoire. C’était l’occasion pour eux de se familiariser avec les œuvres de l’Antiquité grecque et latine, ainsi qu’avec celles de la Renaissance italienne. Au cours de leur séjour, ils devaient exécuter un certain nombre d’œuvres, copies d’après nature ou d’après l’antique, esquisse peinte et tableau d’histoire ou de paysage.
Une fois rentrés en France, ces lauréats du Grand Prix de Rome étaient assurés, dans la plupart des cas, d’une brillante carrière couronnée d'honneurs. Ils exposaient régulièrement au salon officiel et recevaient commande de toiles et de décors muraux pour des particuliers et les pouvoirs publics, pour lesquels ils décoraient palais nationaux, églises, etc. Le plus souvent aussi, ces artistes, auxquels la critique donna le surnom de « pompiers », étaient nommés à des postes officiels, devenant membres de l’Académie puis, récompense suprême accordée à certains, professeurs à l’Ecole des Beaux-Arts.
Bien rôdé, ce système officiel de cooptation, où l’académisme exerçait une domination sans partage, administrative comme esthétique, n’était pas sans susciter de virulentes critiques. Celles-ci aboutirent en 1863 à la réforme de l’Ecole des Beaux-Arts destinée à détacher l’Ecole de la tutelle de l’Académie et à l’ouvrir à la modernité artistique.
Auteur : Charlotte DENOËL