Le mariage au XIXe siècle (5 oeuvres)
© Photo RMN-Grand Palais - D. Arnaudet / C. Jean
Titre : Signature du contrat de mariage du prince Jérôme Bonaparte et de Frédérique-Catherine de Wurtemberg.
Auteur : Jean-Baptiste REGNAULT (1754-1829)
Date de création : 1810
Date représentée : 22 août 1807
Dimensions : Hauteur 400 cm - Largeur 646 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Titre complet : Signature du contrat de mariage du prince Jérôme Bonaparte et de Frédérique-Catherine de Wurtemberg en présence de la famille impériale aux tuileries, le 22 août 1807.
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Versailles (Versailles) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 78-000217 / MV1558
© Photo RMN-Grand Palais - G. Blot
Titre : Extrait de l'acte de mariage de George Sand et du baron Casimir Dudevant en septembre 1822.
Date de création : 1822
Technique et autres indications : Septembre 1822.
Lieu de Conservation : Musée Carnavalet (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 04-506273
La sécularisation du mariage
Les mariages conclus dans la haute bourgeoisie au XIXe siècle permettent de se rendre compte de l’importance de la cérémonie religieuse, au regard de la cérémonie civile, et du poids des mariages arrangés, ainsi qu’en témoignent notamment le mariage du prince Jérôme Bonaparte avec la princesse de Wurtemberg, d’une part, et celui d’Aurore Dupin, future George Sand, avec le baron Casimir Dudevant, d’autre part. Cette situation n’a guère évolué depuis l’Ancien Régime, malgré les nombreux changements survenus dans la législation matrimoniale sous la Révolution puis le Premier Empire.
Le 20 septembre 1792, mettant fin au monopole millénaire de l’Eglise sur la juridiction matrimoniale, l’Assemblée nationale entérina la laïcisation du mariage, désormais envisagé comme un contrat civil conclu en présence d’un officier civil. Ces mesures révolutionnaires n’ont pas été adoptées ex nihilo : elles ont des antécédents bien connus. Les idées lancées par les philosophes des Lumières et les juristes gallicans en faveur d’un mariage dégagé de la religion ont influencé les prises de position de l’Assemblée, mais c’est surtout l’indignation suscitée en 1790 par l’affaire Talma, un comédien qui s’est vu refuser par le curé de Saint-Sulpice le droit de se marier, qui a joué le rôle de déclencheur.
Si des concessions sont apportées par la suite à la loi de 1792, en particulier lors du concordat de 1801 qui rétablit le mariage religieux, le Code civil de 1804 n’en confirme pas moins ses principales dispositions, en réaffirmant la primauté du mariage civil sur le mariage religieux et la nécessité de conclure celui-ci devant un officier civil dans la commune de résidence en présence de quatre témoins, au cours d’une cérémonie qui reprend certains traits du mariage religieux. Il consacre également l’autorité maritale à laquelle est soumise la femme qui contracte un mariage. Dans les couches sociales les plus aisées, les documents analysés ici montrent bien que cette réforme de la législation matrimoniale a eu des conséquences très limitées.
Les formalités du mariage
Les actes de mariage fourmillent de renseignements sur l’institution du mariage elle-même. Le 17 septembre 1822, un acte officiel de mariage fut par exemple dressé à l’occasion du mariage d’Aurore Dupin, future George Sand, descendante de l’une des plus grandes familles d’Europe, avec le baron Casimir Dudevant, lui aussi riche héritier. Ce mariage, décidé alors que George Sand était âgée seulement de 18 ans, s’est déroulé conformément à la tradition, ainsi qu’en témoigne l’extrait de l’acte : publication des bans (ici à l’église, alors qu’ils doivent l’être en principe devant la mairie), fiançailles, bénédiction nuptiale, célébration du mariage devant l’officier civil en présence de témoins, enregistrement par écrit de l’évènement... Ce mariage ainsi conclu permit à George Sand de devenir baronne et de maintenir sa position dans l’échelle sociale.
Précédant la cérémonie du mariage, les contrats de mariage établis par les notaires se font également l’écho de ces préoccupations. Ils sont de règle dans la noblesse comme dans la haute bourgeoisie qui voient dans le mariage un moyen de concilier familles et intérêts financiers. Héritée de l’Ancien Régime, cette pratique des contrats revêt une importance cruciale, souvent bien plus que la cérémonie proprement dite. Elle permet de fixer les conventions pécuniaires qui vont régir la vie commune des époux, en précisant exactement l’apport financier de chacun et le sort de leurs biens de leur vivant et après leur mort. Le mariage du plus jeune frère de Napoléon Ier, le prince Jérôme Bonaparte, tout juste placé à la tête du royaume de Westphalie, avec la fille du roi de Wurtemberg, la princesse Frédérique-Catherine, le 22 août 1807 a donné lieu à une telle formalité. Celle-ci a été codifiée au travers d’un imposant cérémonial, immortalisé par une toile de Jean-Baptiste Regnault (1754-1829) en 1810. La cérémonie se déroule dans le palais des Tuileries en présence de toute la famille impériale ; l’empereur assis sur son trône en habit de sacre, aux côtés de l’impératrice Joséphine, accueille les futurs époux qui s’avancent vers lui pour signer le contrat de mariage qui doit les unir. Cette somptueuse œuvre au format monumental illustre bien le faste qui entoure Napoléon alors au faîte de sa puissance ; elle montre aussi quelle importance l’on accordait à la signature d’un contrat de mariage, surtout au sommet de l’Etat où des intérêts diplomatiques et territoriaux étaient en jeu.
Le mariage d’argent remis en cause
Il ressort des actes et contrats de mariage que, dans la plupart des cas, les mariages sont un instrument pour les classes dominantes bourgeoises qui cherchent à maintenir, voire à accroître leur fortune. Dans un contexte marqué par l’ascension sociale de la bourgeoisie et le règne de l’argent, les mariages sont conclus entre individus de condition et de fortune équivalentes, et rares sont les mésalliances.
La littérature du XIXe siècle se fait abondamment l’écho de cet esprit bourgeois, souvent en termes satiriques, ainsi Balzac avec son court roman intitulé Un contrat de mariage (1835) dans lequel il dénonce les tractations financières qui sous-tendent les relations sociales et amoureuses, ou encore George Sand, qui, rapidement déçue par son propre mariage, se fit le chantre de l’égalité des sexes et revendiqua pour les femmes le droit à la passion amoureuse.
Relayées par des doctrinaires comme Marx, ces critiques formulées à l’encontre du mariage d’argent ne parviennent cependant pas à ébranler les fondements du conformisme moral bourgeois, et il faudra attendre le siècle suivant pour que les mariages d’amour entrent dans les mœurs et que la femme s’émancipe de la tutelle maritale. A cet égard, le texte de Léon Blum, Du mariage, paru en 1907, marque un tournant, bien qu’il ait suscité une grande polémique. Dans ce livre qui constitue une attaque en règle contre l’institution du mariage, il revendique l’égalité des sexes et la liberté sexuelle pour les femmes comme pour les hommes.
Auteur : Charlotte DENOËL