© MuCEM, Dist.RMN-Grand Palais D. Adam
Titre : Une noce en Basse-Normandie. La belle-mère apporte le trousseau de la mariée.
Auteur : Joseph-Louis-Hippolyte BELLANGE (1800-1866)
Date de création : 1834
Technique et autres indications : Lithographie.
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Iconothèque du Musée national des arts et traditions populaires
Ministère de la Culture
6, avenue du Mahatma Gandhi
75 116 Paris
Tél. : + 33 1 44 17 60 50 ; site web
Référence de l'image : 06-510718 / 1960.34.1
© Photo RMN-Grand Palais - H. Lewandowski
Titre : La rançon du marié ou Noce alsacienne.
Auteur : Camille Alfred PABST (1821-1898)
Technique et autres indications : Vers 1850.
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 97-023821 / FNAC230
© Photo RMN-Grand Palais - Droits réservés
Titre : Une Noce en Bretagne.
Auteur : Adolphe-Pierre LELEUX (1812-1891)
Date de création : 1863
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Lieu de Conservation : Musée des Beaux-Arts de Quimper (Quimper) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 76-002934
© Photo RMN-Grand Palais - G. Blot
Titre : Repas de noces à Yport.
Auteur : Albert Auguste FOURIE (1854-1937)
Date de création : 1886
Dimensions : Hauteur 2.45 cm - Largeur 3.55 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Lieu de Conservation : Musée des Beaux-Arts de Rouen (Rouen) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 94-001647 / Inv.D.889-1
Le mariage et la culture rurale française
Au XIXe siècle, les peintures et les gravures consacrées aux mariages célébrés à la campagne montrent que la réforme de la législation matrimoniale depuis la Révolution n’a eu guère d’incidence sur les pratiques matrimoniales dans le monde rural, où le poids des traditions du passé était plus fort qu’ailleurs. Durant une grande partie du XIXe siècle, les rituels du mariage demeurent inchangés, malgré la loi révolutionnaire du 20 août 1792 qui instaure le mariage civil et le divorce.
Le mariage religieux continue d’être massivement pratiqué, et c’est lui qui s’accompagne de festivités. Celles-ci prennent une importance particulière dans les campagnes, surtout vers le milieu du XIXe siècle, en plein âge d’or des campagnes françaises. Les traditions qui constituent le fondement de la communauté villageoise tiennent une grande place dans le déroulement des cérémonies du mariage qui appartient au cycle de la vie, au même titre que la naissance ou la mort. Chaque région, chaque village ont leurs propres fêtes et rites caractéristiques, leur propre folklore, qui témoignent de la vitalité de la culture rurale française.
Les rituels du mariage dans les campagnes
Le mariage à la campagne prend une dimension bien plus importante qu’à la ville, car il implique tout le village dans ses réjouissances collectives qui conservent le souvenir des rites de passage nécessaires pour l’entrée dans une vie nouvelle.
Ainsi voit-on dans une gravure de Joseph Bellangé représentant une noce en Basse-Normandie la belle-mère apporter le trousseau de la mariée dans une charrette tirée par un attelage de bœufs. Le principal meuble du trousseau est ici une armoire massive fixée par une corde dans la charrette ; à l’arrière-plan, l’église et des paysans au bord du chemin rappellent qu’il s’agit d’une scène villageoise. Dans toutes les civilisations, le trousseau est un élément fondamental des noces ; ici, son transport au travers d’un cérémonial bien codifié l’inscrit dans un rituel symbolique de passage : la mariée se sépare de son ancienne vie pour en entamer une nouvelle avec son époux dans une autre demeure où elle emporte ses effets personnels confectionnés pour l’occasion.
C’est aussi d’un rite de passage dont il s’agit dans une peinture d’Alfred Pabst intitulée La rançon du marié ou Noce alsacienne. Dans cette image, le marié accompagné de son épouse doit s’acquitter d’un droit de passage auprès des gens du village qui tendent une corde devant eux. Les musiciens qui jouent du tambour et de la trompette, les villageois qui assistent à la scène de leur fenêtre ou dans la rue montrent bien que le mariage est une festivité collective.
Il en va de même dans une toile d’Adolphe Leleux, datée de 1863, représentant une noce en Bretagne : rassemblés en grand nombre, Bretons et Bretonnes en costumes traditionnels s’adonnent à des danses et des réjouissances sur la place du village où se déroule la noce. Souvent, en Bretagne, les danses débutaient dès la sortie de l’église, alors que dans la plupart des autres régions, elles suivaient le repas de noces.
Dans le scénario nuptial, le repas de noces constitue le point culminant des festivités : il permet aux hôtes de communier collectivement avec les mariés, ainsi que le suggère une peinture d’Albert Fourié. Dépeignant un repas de noces à Yport, dans un cadre champêtre idyllique, au milieu de pommiers en fleurs, l’artiste a choisi de représenter le moment où, au milieu du repas, les mariés placés au centre de la table se portent un toast l’un à l’autre. Des personnages en costume de ville côtoient ici des invités revêtus du costume traditionnel du pays de Caux où se déroule la noce.
Des traditions au folklore
Durant la seconde moitié du XIXe siècle, l’industrialisation de la société et la marche vers le progrès entraînent un déclin démographique dans les campagnes au profit des villes. Principale conséquence de ce phénomène, nombre de coutumes nuptiales tombent en désuétude et celles qui demeurent ne sont plus qu’une pâle copie des rites séculaires qui ponctuaient les principales étapes de la vie, de la naissance à la mort. Devant cet effacement de la France rurale et de ses coutumes, les ethnographes entreprennent d’en recueillir les ultimes traces.
Dès le début du XXe siècle, Arnold Van Gennep fut l’un des premiers à prendre conscience de l’urgence de la situation et à susciter la curiosité publique envers les cultures populaires qui constituent le cœur de l’identité nationale. De 1936 à 1957, il publie son Manuel de folklore français, une immense encyclopédie sur les mœurs et les coutumes de la France, où il est abondamment question du mariage et où le folklore est élevé au rang de science.
Parallèlement à cette entreprise, une autre école d’ethnologie naît autour de Georges-Henri Rivière qui est, avec Paul Rivet, à l’origine de la fondation du Musée des arts et traditions populaires en 1937. Bien qu’il ait mis près de trente ans à sortir de terre, ce musée s’est très tôt affirmé par ses expositions et ses enquêtes nationales comme le réservoir officiel de tous les aspects de la culture populaire, aussi bien matérielle qu’immatérielle.
Auteur : Charlotte DENOËL