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La petite baigneuse - Intérieur de harem.

© Photo RMN-Grand Palais - R. G. Ojeda

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Titre : La petite baigneuse - Intérieur de harem.

Auteur : Jean-Auguste Dominique INGRES (1780-1867)
Date de création : 1828
Dimensions : Hauteur 35 cm - Largeur 27 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Lieu de Conservation : Musée du Louvre (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 01-021974 / RF1728

Le Bain turc.

© Photo RMN-Grand Palais - G. Blot / C. Jean

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Titre : Le Bain turc.

Auteur : Jean-Auguste Dominique INGRES (1780-1867)
Dimensions : Hauteur 110 cm - Largeur 110 cm
Technique et autres indications : Peinture sur bois, peinture sur toile.
Lieu de Conservation : Musée du Louvre (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 84-000473 / RF1934

  Contexte historique

De la baigneuse Valpinçon au Bain turc

Illustre représentant de la peinture néo-classique française, Jean-Auguste Dominique Ingres (1780-1867) a très tôt exploré le thème de la femme aux bains. A travers sa recherche esthétique sur la nudité féminine, il se démarque du modèle académique, en préférant au motif antique une référence orientale et plus précisément ottomane.

Dès 1808 avec La Baigneuse de Valpinçon (ou Grande Baigneuse), il réalise le portrait d’une femme à turban, présentée nue et de dos, dans une ambiance de hammam et de harem. L’artiste décline ensuite cette étude, que l’on retrouve presque à l’identique dans les deux tableaux ici étudiés, La petite baigneuse – Intérieur de harem qui date de 1828 et Le Bain turc réalisé plus de trente années plus tard, en 1862.

Evoquant la pratique du bain et du harem, ces réalisations s’inscrivent pleinement dans le courant orientaliste du XIXe siècle. Indirectement, elles permettent aussi une approche originale de la question du rapport au corps, à la nudité, à la santé et à l’hygiène durant cette période.

  Analyse des images

Femmes aux bains

La composition de La petite baigneuse – Intérieur de harem s’organise selon trois niveaux de profondeur. Au premier plan sur la droite, une femme dénudée présentée de dos, coiffée d’un foulard et se tenant assise sur une sorte de lit aux draps blancs. A ses pieds, on aperçoit ses vêtements et ses chaussons éparpillés. Au second plan, l’espace du bain est constitué d’un bassin de marbre rectangulaire, où une jeune fille goûte les délices de l’eau. A l’arrière plan, une troisième femme est couverte d’un voile transparent. Ses cheveux sont peignés par une autre, et elle est manucurée par une servante habillée à l’orientale, sous le regard amusé d’une femme noire, elle aussi vêtue à la turque. La lumière douce, le trait épuré, le jeu des couleurs et des courbes suggèrent l’intimité et le plaisir du bain qui se déroule dans une atmosphère érotique de charme feutré.

Des éléments que l’on retrouve dans Le Bain turc, même si la scène est moins intime puisque cette fois, le nombre de femmes présentes est beaucoup plus important. Organisant toute la composition comme sur le tableau précédent, on retrouve l’étude du dos dénudé (le personnage joue cette fois du luth) au premier plan, ainsi que la présence du bassin et de l’eau au second. Pourtant, à l’image de l’arrière plan, l’espace est comme tapissé de corps nus et blancs (dont la pâleur est rehaussée par la présence de deux femmes noires), dans une ambiance érotique et lascive assez suggestive. Les bijoux, les coiffes et l’ensemble à thé (premier plan) signalent quant à eux la nationalité du bain.

  Interprétation

L’hygiène ou le plaisir des corps

Au cours du XIXe siècle, les pratiques d’hygiène comme le bain se développent. Si elles concernent d’abord évidemment une minorité que l’on trouve dans les couches les plus aisées de la population, la prise de conscience de leur importance pour la santé publique fait lentement son chemin.

Le bain reste largement un espace privé, une activité à laquelle on s’adonne chez soi. Mais les thermes connaissent aussi un succès grandissant auprès d’une certaine élite sociale, notamment pendant le règne de Napoléon III, lui-même grand amateur de cures. Et à travers des œuvres comme La petite baigneuse – Intérieur de harem et Le Bain turc l’orientalisme popularise aussi un imaginaire du bien turc et du hammam, sans que ceux-ci n’existent véritablement en France. Synonymes d’une certaine hygiène de vie, ces bains publics réels ou rêvés ainsi que la manière dont ils sont représentés contribuent aussi à façonner une autre approche du corps, de la nudité et de la propreté.

Ainsi, lorsque Le Déjeuner sur l’herbe (d’abord intitulé Le bain, puisqu’il contient aussi une scène de ce type) de Manet scandalise, le Bain turc réalisé la même année est mieux accepté. Si l’on peut penser que l’exotisme et la féminité exclusive du second sont moins provocateurs que le réalisme géographique et la mixité du premier, on peut aussi suggérer que les corps nus (finalement bien occidentaux) d’Ingres, tout en ayant une certaine dimension érotique, sont ici associés à une pratique saine et propre. En effet, sur le La petite baigneuse – Intérieur de harem et Le Bain turc l’espace du bain est comme aseptisé (il est immaculé, l’eau est totalement pure). Artificiel, il ne lie pas le corps à la nature (et par là à une certaine énergie animale et pulsionnelle mal définie et illimitée) mais l’enferme dans un lieu clos et protégé. Un espace où les soins précis et élaborés qui lui sont prodigués déculpabilisent la nudité et le plaisir du bain.

L’hygiène apparaît alors avant tout comme une pratique et une occasion de bien-être et de santé, un soin du corps agréable et noble, qui change la perception traditionnelle de la nudité.

Auteur : Alexandre SUMPF


Bibliographie

  • Alain CORBIN, Histoire du corps, vol. 2 : De la Révolution à la Grande Guerre, Paris, Editions du Seuil, « L’Univers historique », 2005.
  • Georges VIGARELLO, Histoire des pratiques de santé, Paris, Points Seuil Histoire, 1999.
  • Georges VIGNE, Ingres, Paris, Citadelles et Mazenod, 1995.

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