L'hygiène (7 oeuvres)
© MuCEM, Dist. RMN-Grand Palais / Droits réservés
Titre : Le Blanc (Indre) : une séance de vaccination publique à la Mairie, pendant l'épidémie de variole en février 1898.
Date de création : 1898
Date représentée : 1898
Technique et autres indications : Carte postale.
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 05-511205 / n°025811
© Photo RMN-Grand Palais - G. Blot
Titre : Une infirmière du Comité donnant un cours d'hygiène d'enfants.
Auteur : ANONYME
Dimensions : Hauteur 23.7 cm - Largeur 29.7 cm
Technique et autres indications : Photo prise entre 1917 et 1924. Fonds Anne Morgan, relatif aux activités du CARD.
Lieu de Conservation : Musée national de la Coopération Franco-américaine (Blérancourt) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 01-023031 / VFPH284
L’hygiène : une cause à la fois publique et privée
Durant la seconde partie du XIXe siècle, la lutte pour promouvoir l’hygiène et la santé de la population s’intensifie en France. Avec la Troisième République et la forte émergence de courants hygiénistes à la fin du siècle, les pouvoirs publics soucieux d’assurer le bien-être des citoyens développent sur tout le territoire des mesures concrètes et des campagnes de prévention d’une importance jusque là inégalée. Et, au service de ce combat, tous les moyens modernes de communication sont utilisés, qui montrent les actions engagées et leurs succès et invitent le plus grand nombre à en bénéficier. Les estampes, les affiches mais aussi les photographies utilisées dans la presse ou transformées en cartes postales, comme ici avec Le Blanc (Indre) : une séance de vaccination publique à la Mairie datant de 1898, sont largement diffusées au tournant du siècle.
Les initiatives privées restent pourtant un complément nécessaire de cette véritable politique de santé publique, surtout lorsque la Première Guerre Mondiale vient appauvrir et affaiblir le pays. Ainsi, le CARD (ou Comité Américain pour les Régions Dévastées) créé par la fille du banquier John Morgan, Anne Morgan, utilise des fonds collectés aux Etats-Unis pour fournir une aide dans les domaines de la santé, de l’éducation et des loisirs aux habitants de Picardie de 1917 à 1924. Tiré du fonds Anne Morgan, le cliché Une infirmière du Comité donnant un cours d’hygiène d'enfants présente d’abord un témoignage documentaire sur ce volet de l’activité du CARD. On peut cependant supposer que l’image a aussi vocation à être rendue publique, et qu’elle est par là un outil de promotion délivrant un certain message.
L’hygiène en pratique
Le Blanc (Indre) : une séance de vaccination publique à la Mairie est une photographie utilisée comme carte postale, comme l’indiquent la présence du timbre tamponné (en haut) en surimpression et la légende descriptive de l’événement, qui barre en bas de l’image.
Dans la salle de la mairie, où le buste de Marianne (en haut à droite, coupé) symbolise classiquement la République, un groupe d’habitants vient se faire vacciner contre la variole. Le champ assez large embrasse l’ensemble de la scène, et permet de tous les apercevoir. On peut distinguer deux gendarmes (à gauche et au centre) qui encadrent l’opération, ce qui accentue son caractère officiel, déjà évoqué. La composition est linéaire et organisée à partir de l’endroit ou a lieu cette vaccination (centre gauche) puisque les attentes et la plupart des regards convergent vers les deux agents de la santé publique qui la réalisent (l’un est assis à une table et note les noms, l’autre est le médecin qui fait la piqûre). A gauche de « l’action », un simple observateur, vraisemblablement un notable ou un homme politique local. A droite, ceux qui y prennent véritablement part, et attendent leur tour : des hommes, des femmes et des enfants ; des paysans (costumes et sabots) et deux hommes plus « urbains » et mieux habillés.
Une infirmière du Comité donnant un cours d’hygiène d'enfants présente une composition en demi-cercle ouvert, qui fait pénétrer le spectateur dans l’intimité féminine et circulaire du cours d’hygiène. L’absence de profondeur et de second plan renforce d’ailleurs cette impression d’une sorte de cocon confortable et fermé. Au centre, une baignoire de métal et l’enfant nue servant à la « démonstration » pédagogique effectuée par la professeure (en costume d’infirmière) que regarde avec attention et bienveillance un public de jeunes femmes, d’écolières (au sens propre et figuré).
Hygiène institutionnelle et institutrice d’hygiène
Le Blanc (Indre) : une séance de vaccination publique à la Mairie suggère l’aspect solennel, officiel et institutionnel de cette action de santé publique (signes de la République, du pouvoir politique et des forces de l’ordre). Cette carte postale diffusée à travers le pays montre aussi que la République s’occupe de tous (les paysans assez pauvres contrastent avec les lieux, les notables et les médecins), vieux comme jeunes, femmes, comme enfants. Elle sait réagir (ici à une épidémie) rapidement et efficacement, et ce sur tout le territoire national comme l’indique la précision du lieu.
Une infirmière du Comité donnant un cours d’hygiène d'enfants offre une assez image différente de la lutte pour l’hygiène. Si le moment est important, il n’est pas solennel (sourires sur les lèvres) mais plutôt doux et intime. Nul signe d’une institution (le CARD est un organisme privé et « international »), sauf l’institution en action d’un savoir et d’une pratique à destination des générations futures.
Si le fait que les cours ne soient pas mixtes expliquent que la scène se déroule dans un véritable gynécée, on peut aussi suggérer que la question de l’hygiène semble alors essentiellement féminine : ce sont les femmes qui doivent la transmettre (les infirmières au CARD ; et les futures mères, ici préparées, à la maison) et qui la pratiquent le plus. Ainsi, quand la politique de santé publique (première image) serait républicaine et par là indifférente au genre, l’hygiène à proprement parler resterait d’abord une affaire de femmes.
Auteur : Alexandre SUMPF