© Photo RMN-Grand Palais - H. Lewandowski
Titre : Le pédicure.
Auteur : Edgar DEGAS (1834-1917)
Date de création : 1873
Date représentée : 1873
Dimensions : Hauteur 61 cm - Largeur 36 cm
Technique et autres indications : huile sur toile;
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 01-018282 / RF1986
© Photo RMN-Grand Palais - H. Lewandowski
Titre : Femme à sa toilette.
Auteur : Ernest Joseph LAURENT (1859-1929)
Date de création : 1908
Date représentée : 1908
Dimensions : Hauteur 64.5 cm - Largeur 54.5 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 93-000976-02 / INV20660
Pratiques d’hygiène et espace privé
Au cours du XIXe siècle, les pratiques d’hygiène augmentent en fréquence, en régularité et en diversité. Les femmes sont les premières à renouveler leur approche de la « toilette », à laquelle s’associent désormais d’autres « soins de beauté ». Avec Le pédicure réalisé en 1873, Edgard Degas (1834-1917) donne à voir cette actualité. En véritable « peintre de la vie moderne », il représente une situation assez originale, nous renseignant à cette occasion sur le fait que les « soins du corps » exercés par des spécialistes sont de plus en plus répandus, et de moins en moins réservés aux femmes les plus aisées.
Autant de soins qui continuent de se dérouler très largement dans l’espace privé du domicile, comme le confirme indirectement la toile Femme à sa toilette exécutée par Ernest Laurent (1859-1929) en 1908.
Le soin du corps
Le pédicure donne à voir une scène assez inédite, et en tout cas très originale, dans l’histoire picturale. Dans un petit salon aux murs verts et au sol rouge, un homme vêtu de noir taille les ongles des pieds d’une jeune femme. Degas choisit de remplir presque totalement l’espace (en plus des personnages, le canapé, la commode, la bassine et la chaise occupent toute la pièce), plaçant au centre de sa composition le pied dénudé, objet des soins du pédicure. On note le travail sur les nuances de pâles (le tissu et la chair), qui fait magnifiquement ressortir cette partie de la toile, concentrant l’attention sur l’action ici représentée avec précision (voir le point de contact entre la main du pédicure, et le pied, véritable « paroxysme » pictural ici). Enroulée d’un tissu semblable à celui couvrant la chaise, le personnage féminin qui doit être partiellement dévêtu (sa robe repose à sa droite) s’abandonne, les yeux clos ou mi-clos, à ce moment particulier.
Dans Femme à sa toilette, Ernest Laurent figure une femme assise devant sa coiffeuse, dans ce qui doit être sa chambre à coucher (commode au fond à droite). Visible sur la gauche, une petite table sur laquelle reposent différents ustensiles, annonce un miroir dans laquelle elle se regarde. Occupée à attacher ses cheveux, le personnage est torse nu et semble sortir du lit ou encore du bain. L’influence impressionniste, et plus particulièrement celle de Seurat est évidente, qui confère à l’ensemble un flou un peu mélancolique, presque embué, ainsi qu’une grande douceur et un certain érotisme diffus.
L’hygiène et la beauté
Avec Le pédicure, Edgard Degas explore son thème privilégié : la beauté des femmes de son temps. Et il choisit, comme souvent, de placer son sujet dans une situation à la fois « contemporaine » et intime. Donnant à voir son modèle dans une situation d’intimité et d’abandon (voir le visage mi-clos de la jeune fille), il suggère que la séance de pédicure est un temps de repos et de détente, comportant assurément une certaine grâce. Loin d’être un épisode disgracieux et gênant pour le spectateur qui observe la scène indiscrètement, ce soin du corps se révèle beau et précieux, tout en conservant une dimension de propreté (le blanc des draps) et de précision (le travail minutieux du spécialiste).. A la différence de la manière officielle dont elle est souvent promue à l’époque, l’hygiène ainsi conçue et représentée n’apparaît plus comme l’obscur complément de froides et obligatoires pratiques de santé, et le devoir nécessaire de se préserver de maladies inesthétiques.
Si le sujet de Femme à sa toilette est moins « original » et moins « neuf », on note la même intention chez Ernest Laurent. Jouant à merveille du « flou » impliqué par sa technique picturale (pluis moderne quant à elle), il reprend et renouvelle une tradition qui présente la toilette féminine comme un instant de solitude spéculaire, où l’intimité et le secret (le lieu confiné, caché, anormalement offert aux regards des spectateurs) se teintent d’érotisme, de mystère et de beauté.
Auteur : Alexandre SUMPF