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Réjane, comédienne et interprète de la Belle Époque

Réjane . Réjane .

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Réjane .

© Photo RMN-Grand Palais - H. Lewandowski

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Titre : Réjane .

Dimensions : Hauteur 13.5 cm - Largeur 9.5 cm
Technique et autres indications : Epreuve sur papier albuminé.
Portrait de Gabrielle Réju, dite Réjane.
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 02-007502 / PHO2001-11-2

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Dimensions : Hauteur  cm - Largeur  cm
Lieu de Conservation :

  Contexte historique

Le Boulevard et sa reine 

La diffusion, sous forme de cartes postales, des portraits photographiques des actrices est, à la Belle Époque, la preuve de leur succès et aussi la meilleure manière d’accroître leur notoriété. Dans un Paris avide de spectacles, le public partage son admiration entre deux reines du théâtre largement « médiatisées » par le biais des portraits : Sarah Bernhardt (voir Sarah Bernhardt par Nadar et La naissance du vedettariat), la grande diva du théâtre dramatique, et Réjane, souveraine incontestée du genre comique et brillant, mais aussi fine interprète dramatique. Les spectateurs admirent en Sarah Bernhardt un idéal grandiloquent, tandis que Réjane les reconcilie avec la réalité, sublimée par un jeu théâtral qui garde le charme du naturel. Interprète aussi pétillante que sensible, Réjane est la reine incontestée du Boulevard, ce « véritable méridien d’une gaieté parisienne dont la réputation dépassait largement ses frontières », comme le définit François Baudot. 

Née à Paris le 5 juin 1856 dans le quartier populaire de la Porte-Saint-Martin, Gabrielle Charlotte Réju est un enfant de la balle : son père, ancien comédien et ex-directeur d’une troupe en province, est contrôleur au théâtre L’Ambigu ; sa mère travaille comme caissière dans le même théâtre. En 1862, Gabrielle perd son père ; sa mère rêve pour elle d’un avenir d’institutrice, mais l’enfant a déjà contracté ce qu’elle qualifiera un jour de « mal rouge et or du théâtre » et assiste en cachette aux derniers exploits du « Talma du Boulevard », Frédérick Lemaître. À quinze ans, elle entre au Conservatoire d’art dramatique et intègre la classe de François-Joseph Regnier, ancien acteur de la Comédie-Française, qui lui apprend la simplicité, dans les gestes aussi bien que dans le maquillage et la parure, et lui recommande même de conserver le petit accent faubourien qui confère un charme particulier à son phrasé. En 1874, Gabrielle obtient le second prix d’interprétation au Conservatoire, qui lui aurait permis d’intégrer la troupe de l’Odéon, si le directeur du théâtre, Félix Duquesnel, n’eût pas « oublié » de l’engager… Quatre ans plus tard, grâce à Coquelin aîné, elle obtient enfin un contrat au prestigieux théâtre du Vaudeville et se fait appeler désormais Réjane. Saluée comme « la grande actrice de l’époque nouvelle » par le sévère Jules Amédée Barbey d’Aurevilly, qui la compare à Rachel, grande comédienne de l’époque romantique, Réjane triomphe aussi bien dans les comédies de vaudeville que dans le répertoire contemporain (Sardou, Daudet, Bernstein, Bataille) ; influencée par le Théâtre-Libre d’André Antoine, elle aborde également avec succès le théâtre naturaliste.

  Analyse des images

Une comédienne qui dicte la mode 

En 1895, Réjane atteint la notoriété internationale grâce à une tournée en Amérique. Dans les deux dernières décennies de sa carrière, la comédienne se partage entre les planches et le septième art, et à deux reprises, en 1900 et en 1911, joue dans une version cinématographique de l’œuvre dont elle a fait son cheval de bataille, Madame Sans-Gêne

Selon une habitude commune aux femmes de spectacle et aux demi-mondaines parisiennes, Réjane confie son image aux soins des plus illustres ateliers de photographie (voir Cléo de Mérode, une icône entre Romantisme et Symbolisme), comme celui des Reutlinger (voir La Belle Otero, emblème de la Belle Époque), qui réalise ce cliché où la comédienne quadragénaire, debout devant un simple rideau blanc qui contraste avec l’élégance de sa tenue, adopte le regard fier et la pose assurée qui siéent à son statut d’artiste de théâtre de haut niveau. Le joli visage de Réjane est encadré par le chapeau à plumes, par les bandeaux de sa coiffure et par le collier de perles qui enserre son cou ; la robe claire contraste avec les tonalités sombres du chapeau, de la ceinture et des gants qui, selon la mode de l’époque, couvrent entièrement l’avant-bras. Avec coquetterie, Réjane relève la traîne de sa robe. À l’instar de son jeu théâtral, sa tenue élégante mais simple est une marque de modernité : au style surorné, « Second Empire » des robes dessinées par le Britannique naturalisé français Worth, Réjane préfère en fait les lignes épurées des créations de Doucet, dictant les nouvelles tendances depuis les planches à une époque où la mode n’a pas encore sa propre scène médiatique. Comme l’observe François Baudot, la comédienne permet aux couturiers de « présenter sur scène, dans un cadre qui autorisait toutes les audaces, des suggestions nouvelles qui, par la suite, seraient adoptées, après délai de réflexion élémentaire, par beaucoup de spectatrices ».

  Interprétation

Une interprète sensible de son temps 

Longtemps liée à Paul Porel (alias Paul Désiré Parfouru), ancien comédien, directeur de l’Odéon, puis du Théâtre du Vaudeville et du Gymnase, qu’elle épouse en 1893 et dont elle divorce en 1905, Réjane se lance avec succès dans la carrière de directrice de théâtre : elle rachète en 1906 le Nouveau-Théâtre d’Aurélien Lugné-Poë, qu’elle rebaptise Théâtre Réjane et dirige jusqu’en 1918. C’est là qu’elle donne, en 1911, la première française de L’Oiseau bleu (1908) de Maurice Maeterlinck. Racheté par Léon Volterra, le Théâtre Réjane devient le Théâtre de Paris. 

Femme énergique en dépit de sa santé chancelante, Réjane meurt d’une crise cardiaque, le 14 juin 1920 ; Marcel Proust, ami de longue date de la comédienne et de son fils Jacques, est le premier à se rendre à son lit de mort et à lui rendre hommage. Songeant à la santé fragile de Réjane, Cécile Sorel ne cache pas son admiration pour « cette martyre de son art, qui officie chaque soir pour la beauté, la mort et l’amour. Peut-être au fond de la volupté douloureuse du don de soi, y a-t-il un fond de sainteté ? ». 

Trois rôles consacrent le talent éclectique de Réjane, qui passe du répertoire populaire aux pièces d’avant-garde. Celui de Germinie Lacerteux, rôle titre de la pièce (1888) tirée du roman éponyme (1865) des frères Goncourt, suscite un véritable scandale politique et une interpellation à la Chambre à cause de son thème, les conditions misérables faites aux domestiques. Un autre sujet dérangeant, l’autodétermination de la femme, est abordé par Nora Helmer, l’épouse naïve, puis rebelle du drame Maison de poupée (1879) de Henrik Ibsen, rôle que Réjane crée à Paris en 1894. Mais le personnage auquel Réjane finit par s’identifier est Madame Sans-Gêne, protagoniste de la pièce à succès de Victorien Sardou et Émile Moreau, inspirée de la maréchale Lefebvre, ancienne blanchisseuse entrée à la cour napoléonienne (en réalité, Madame Sans-Gêne était la femme-soldat Marie-Thérèse Figueur) : la comédienne se reconnaît dans cette incarnation de la France populaire, sincère et courageuse, que les classes dominantes accueillent bienveillamment puisqu’elle ne représente aucun « danger » social. Il faut cependant remarquer que Réjane est parmi les premières personnalités publiques à prendre la défense de Dreyfus (voir « J'accuse... ! » de Zola et La mobilisation des dreyfusards). 

Reine du Boulevard, Réjane révèle la poésie du quotidien. Sylvie Jouanny écrit d’elle : « Comme la Duse, Réjane ne reproduit pas, elle crée, elle utilise tel comportement ponctuel ou banal comme point de départ vers une généralisation qui aboutit à la poésie, où le quotidien rejoint l’exceptionnel ; le superficiel, le profond ; le ponctuel, le général. »

Auteur : Gabriella ASARO


Bibliographie

  • François BAUDOT, Réjane, la reine du Boulevard, Göttingen, Éditions 7L, 2001.
  • Sylvie JOUANNY, L’Actrice et ses doubles : figures et représentation de la femme de spectacle à la fin du XIXe siècle, Genève, Droz, 2002.
  • RÉJANE, « Quand j’étais Madame Sans-Gêne », in Lectures pour tous, 15 octobre 1913, p. 106-115. Illustrations de René Lelong.

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