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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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Ecoliers dans la cour intérieure du Palais social du Familistère.
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Liane de Pougy.
Liane de Pougy.

Liane de Pougy et le charme de l’ambiguïté à la Belle Époque

Liane de Pougy. Liane de Pougy.
Liane de Pougy. Liane de Pougy.
Liane de Pougy. Liane de Pougy.
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Liane de Pougy.

© Ministère de la Culture - Médiathèque du Patrimoine, Dist. RMN-Grand Palais / Atelier de Nadar

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Titre : Liane de Pougy.

Date représentée : 6 juin 1899
Technique et autres indications : Négatif verre au gélatino-bromure d'argent.
Lieu de Conservation : Médiathèque de l'architecture et du patrimoine (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 10-502537 / NA 238 15761 R

Liane de Pougy.

© Photo RMN-Grand Palais - H. Lewandowski

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Titre : Liane de Pougy.

Dimensions : Hauteur 13.5 cm - Largeur 9.5 cm
Technique et autres indications : Epreuve sur papier albuminé.
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 10-502537 / NA 238 15761 R

Liane de Pougy.

© Ministère de la Culture - Médiathèque du Patrimoine, Dist. RMN-Grand Palais / Atelier de Nadar

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Titre : Liane de Pougy.

Technique et autres indications : Négatif verre au gélatino-bromure d'argent.
Lieu de Conservation : Médiathèque de l'architecture et du patrimoine (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 10-502535 / NA 238 13017 A P

  Contexte historique

La métamorphose d’une mère de famille en « grande horizontale »

Depuis le Second Empire, le portrait photographique connaît un véritable essor, lié au désir d’affirmation individuelle des classes moyennes qui, à défaut des trop onéreux services des peintres, se rendent dans les ateliers photographiques. Mais la photographie constitue aussi une excellente forme de publicité pour les courtisanes qui cherchent une renommée internationale et, en outre, est le principal instrument du culte pour la figure féminine, qui, à la Belle Époque, tourne à l’obsession, sans pour autant mettre en discussion la mentalité patriarcale et misogyne de la société. Depuis la Révolution française et la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne proposée par Olympe de Gouges en 1791, les mouvements féministes revendiquent l’égalité entre les sexes, mais, à la fin du XIXe siècle, l’émancipation de la femme passe encore par les alcôves. Jouissant d’une liberté impensable pour les autres femmes, les hétaïres peuvent même afficher leurs éventuelles tendances saphiques sans crainte de décourager leurs soupirants qui, au contraire, sont attirés par le défi d’une conquête apparemment impossible, oubliant – ou faisant semblant d’oublier – que leurs relations avec les « grandes horizontales » se fondent sur l’argent. La société de la Belle Époque tolère des personnages comme l’écrivain Jean Lorrain ou les courtisanes Liane de Pougy et Émilienne d’Alençon, pourvu que leur « excentricité » ne donne pas le mauvais exemple aux jeunes personnes de bonne famille. Cependant, les courtisanes de haut vol n’ont pas toujours vécu une enfance dramatique comme celle de la Belle Otero, ou du moins misérable, comme celle d’Émilienne d’Alençon : l’histoire de Liane de Pougy prouve qu’une jeune mère de famille peut devenir une grande cocotte en dépit d’une bonne éducation et d’un mariage bourgeois, si les germes de la révolte et de l’ambition couvent dans son esprit.

Née Anne-Marie Chassaigne à La Flèche, le 2 juillet 1869, dans une modeste mais respectable famille de militaires, d’un père agnostique et d’une mère très dévote, Liane éprouve les premiers frissons d’amour saphique pendant son enfance. Malgré les modestes ressources de ses parents, elle reçoit une excellente éducation au couvent des Fidèles Compagnes des Filles de Jésus de Sainte-Anne-d’Auray. Très belle et très grande pour l’époque (elle mesure 1,68 m), Anne-Marie épouse, à seize ans, le jeune militaire Armand Pourpe, dont elle a un seul enfant, Marc, né en 1887. Un accouchement pénible et la naissance d’un garçon, alors qu’elle désirait une fille, marquent la jeune femme, qui n’éprouve aucun instinct maternel ; étouffée par les violentes crises de jalousie de son mari, elle finit par le tromper, puis par l’abandonner, en 1889. Enfin libre, Anne-Marie part à Paris, la ville de tous les plaisirs et de toutes les occasions, qu’elle avait découverte en voyage de noces : après une période d’apprentissage dans une maison close et grâce aux conseils de la célèbre Valtesse de la Bigne, qui a inspiré à Zola le personnage de Nana, la pudique Anne-Marie se transforme en Liane de Pougy et gravit rapidement les échelons de la galanterie. Proust s’inspire d’elle pour créer Odette de Crécy, l’obsession amoureuse de Swann.

Comme ses consœurs, Liane entame une carrière théâtrale pour accroître sa notoriété et ses gains : en 1894, elle débute aux Folies-Bergère comme magicienne et acrobate, puis se produit comme mime à l’Olympia. Sa rivalité avec la Belle Otero, son amitié avec son « âme sœur » Jean Lorrain et ses liaisons avec Émilienne d’Alençon et Natalie Clifford Barney, font la joie des chroniqueurs mondains : en particulier, Liane est l’héroïne du Gil Blas, qui ne manque pas d’annoncer la sortie de ses romans autobiographiques.

  Analyse des images

La savante construction d’une idole féminine

Ces trois clichés, réalisés par l’atelier Nadar, montrent la passion de Liane de Pougy pour les perles. Sensible à l’éclat de l’or et des pierres précieuses, la célèbre hétaïre est, encore plus qu’une croqueuse de diamants, une « croqueuse de perles » : la féminité et la lueur lunaire des billes de nacre attirent irrésistiblement Liane, qui, à ses débuts dans l’art de la galanterie, a enduré les coups de cravache assenés par Lord Carnavon, le célèbre égyptologue anglais, pour obtenir en récompense une perle d’inestimable valeur.

Dans les deux premiers clichés, Liane est à peine trentenaire et déjà une célébrité de la vie mondaine parisienne. La cocotte s’affiche sur le premier cliché en dame élégante, prête à partir pour une promenade, peut-être au bois de Boulogne ; sa robe claire, son attitude sage et son regard sérieux prouvent que, loin d’avoir oublié la tenue et les bonnes manières apprises dans sa jeunesse, elle les utilise maintenant pour attirer ses riches soupirants. La position debout met en valeur la silhouette élancée de Liane et l’attitude fière d’une femme qui a réussi à s’affranchir du pouvoir marital et à se faire une position – peu honorable, certes, mais aussi très rentable – dans le milieu mondain parisien.

Sur le deuxième cliché, Liane apparaît en costume de scène, déguisée en page de la Renaissance, selon la mode du travestissement qui charme les spectateurs masculins par le double attrait du déguisement : son ambiguïté sexuelle et les jolies formes qu’il révèle (voir Giuditta Pasta et le travestissement à l'opéra). Liane de Pougy joue sur l’ambiguïté grâce à son physique androgyne, mais elle ne résiste pas à la tentation de porter un tour de perles même sur son déguisement masculin.

Le troisième cliché montre une Liane mûre, mais toujours pleine de beauté et de charme. Le modèle apparaît ici comme enveloppé dans un nuage impalpable de voiles blancs, d’où ressortent ses cheveux, encore châtains naturels, et dix tours de grosses perles. Le luxe de la parure contraste avec l’attitude de la belle courtisane, qui tourne les yeux vers le ciel, dans une contemplation qui semble annoncer la conversion qui transformera la belle pécheresse en Madeleine pénitente.

  Interprétation

Une « femme spectacle » proche de la sainteté

Liane de Pougy rêve d’une carrière théâtrale, bien que Sarah Bernhardt (voir Sarah Bernhardt par Nadar et La naissance du vedettariat) lui ait conseillé de se contenter de se montrer sans parler, et que les critiques, impitoyables mais sincères, aient décrété qu’elle joue « mieux couchée que debout » : elle se tourne alors vers la pantomime, où, à défaut d’expressivité, sa beauté lui garantit le succès. Comme Nana, Liane de Pougy triomphe au théâtre sans aucun talent, par la seule force de la séduction : on peut parler d’elle, plutôt que d’une femme de spectacle, d’une « femme spectacle » qui s’offre aux yeux du public, en anticipant la « femme objet » du XXe siècle.

En 1910, Liane épouse le prince roumain Georges Ghika, de quinze ans son cadet, et abandonne la vie de demi-mondaine, sans pour autant renoncer aux amours saphiques. La mort de son fils Marc, pionnier de l’aviation tombé au champ d’honneur en 1914, éveille en elle l’amour maternel et aussi un vif sentiment de culpabilité. Ce deuil et, en 1926, une profonde crise conjugale poussent Liane à une radicale remise en question de sa vie ; en 1928, la rencontre avec la mère supérieure de l’asile de Sainte-Agnès, à Saint-Martin-le-Vinoux, près de Grenoble, marque le début de sa conversion. Restée veuve en 1945, Liane Pougy entre dans le Tiers Ordre de Saint-Dominique, près de Lausanne, sous le nom d’Anne-Marie-Madeleine de la Pénitence ; à sa mort, le 26 décembre 1950, à l’âge de quatre-vingt-et-un an, son confesseur la dit « proche de la sainteté ».

Auteur : Gabriella ASARO


Bibliographie

  • Jean CHALON, Liane de Pougy, courtisane, princesse et sainte, Paris, Flammarion, 1994.
  • Claude DUFRESNE, Trois grâces de la Belle Époque, Paris, Bartillot, 2003.
  • Sylvie JOUANNY, L’actrice et ses doubles : figures et représentation de la femme de spectacle à la fin du XIXe siècle, Genève, Droz, 2002.
  • Liane de POUGY, Mes Cahiers bleus, Paris, Plon, 1977.

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