© Photo RMN-Grand Palais - G. Blot / Droits réservés
Titre : Crédit Lyonnais. Souscrivez au 4e emprunt national.
Date de création : 1918
Dimensions : Hauteur 120 cm - Largeur 80 cm
Lieu de Conservation : Musée national de la Coopération Franco-américaine (Blérancourt) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 05-518629 / Dsb25/15
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Titre : Souscrivez à l'emprumt de la libération et la victoire est à nous.
Auteur : William MALHERBE (1884-1951)
Date de création : 1918
Date représentée : 1918
Dimensions : Hauteur 120 cm - Largeur 80 cm
Technique et autres indications : Lithographie.
Lieu de Conservation : Musée de l'Armée (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 07-531110 / 2001.32.6
Mobilisation pécuniaire de l’arrière
Durant la Première Guerre mondiale, l’épargne française est mise à contribution par le biais d’emprunts nationaux annuels (novembre 1915, octobre 1916, 1917 et 1918). Ces initiatives répondent à une double nécessité. Il s’agit d’abord, bien sûr, de financer une guerre rendue particulièrement coûteuse par l’effet combiné de sa longueur, de l’ampleur des moyens nécessaires, ainsi que de son caractère industriel. Mais cet enjeu coexiste avec un autre, celui de la mobilisation de la société dans son ensemble.
En enjoignant les populations de souscrire aux emprunts, ou aux bons de la Défense nationale, les pouvoirs publics entendent entretenir l’implication des Français dans la guerre, dans une optique très similaire à celle qui préside à l’organisation des Journées diverses (du Poilu, du 75, des Alliés…). Le devoir de l’arrière est en effet de seconder les efforts et les sacrifices endurés sur le front par les millions de mobilisés. Pour ce faire, l’État recourt à des moyens de propagande variés, tels que la presse, les conférences, les discours et l’affichage.
Les deux documents présentés ici relèvent de cette catégorie, ce sont des œuvres de commande destinées à l’affichage, par exemple dans les agences bancaires ou l’emprunt pouvait être souscrit : « dessinateurs, graveurs, peintres, caricaturistes rivalisèrent d’imagination pour composer les affiches destinées à stimuler le patriotisme et la générosité » (Jean-Jacques Becker et Serge Berstein, Victoire et frustrations, p. 83).
Guerriers et symboles
L’affiche Souscrivez au 4e emprunt national, anonyme, met en scène un guerrier français nu et casqué, muni d’un glaive. Sa posture résolue et combattive renvoie à celle des héros antiques, une tendance générale accentuée par le drapé tricolore qui l’enveloppe et par la typographie utilisée pour le slogan au bas de l’image. L’allégorie de la France au combat est bâtie sur un emploi de l’imaginaire mythologique : tel un Hercule contemporain, le soldat français combat en effet un grand aigle. La férocité de celui-ci est soulignée par plusieurs détails : regard hostile, serres sorties, ailes déployées, aspect sombre. L’aigle symbolise l'Empire allemand, dont il est l’emblème. Le péril encouru par la France est évoqué par le bec de l’animal, accroché au côté droit (est de la France) du tissu bleu-blanc-rouge. La position de l’épée du soldat, prête à transpercer l’aigle, laisse cependant entrevoir l’issue heureuse du combat.
L’affiche Souscrivez à l'Emprunt de la libération et la Victoire est à nous a été dessinée par l’artiste William Malherbe. On ne retrouve pas ici son style postimpressioniste, qu’il laisse de ôté pour un art très figuratif – certainement plus adapté aux contraintes de l’affiche de propagande. Sa composition associe plusieurs symboles afférents à la « Victoire ». L’appel à souscription est en effet étayé par quatre éléments imbriqués : un combattant en uniforme, enthousiaste et déterminé, porte virilement Marianne, qui, elle-même brandit un drapeau tricolore. Le valeureux combattant est le soutien de la République et de la Nation, il est en retour gratifié d’une couronne de lauriers, dernier élément de la scène et apanage des glorieux vainqueurs.
Alimenter le mythe unanimiste par la propagande
Ces deux documents ont un point commun essentiel, celui de mettre en valeur toute l’étendue des mérites des combattants afin de faire pression sur les populations civiles en vue du succès de l’emprunt national. Les civils sont mis en face de la situation privilégiée qui est la leur loin du front. Comment ne pas souscrire quand les combattants affrontent les armées ennemies et assurent la protection de la communauté nationale ?
Prises tels quels, ces documents peuvent donner à penser qu’un élan patriotique puissant et continu caractérise la société française durant le premier conflit mondial. Cela est vrai en partie, et le cadre de références employé ici renvoie bien sûr à certaines représentations des contemporains. Mais les choses se présentent aussi de façon un peu plus prosaïque, puisque les emprunts de la défense nationale sont aussi des placements avantageux pour les nombreux épargnants ciblés par ces affiches. Cela rend ambiguë une "analyse" en seuls termes de patriotisme. Comme le dit Jean-Baptiste Duroselle, « gagner de l’argent sous couvert de patriotisme convenait très bien à l’atmosphère de l’Union sacrée » (Baptiste Duroselle, La Grande Guerre des Français, p.159). Quant aux soldats, dont la vie quotidienne ressemblait assez peu aux mises en scène proposées ici, ils étaient souvent assez réticents ou hostiles à l’égard de telles opérations, comme en témoigne cette lettre, saisie par le contrôle postal, d’un mobilisé du 264e Régiment d’Infanterie à son épouse : « si je te disais qu’ils ont le toupet de demander aux soldats de souscrire pour la continuation de la guerre et de les faire tuer. Jamais de ma part ils auront un sou. Et je te défends, et surtout ta mère, qu’elle ne fasse pas cette bêtise de souscrire » (Jean Nicot, Les Poilus ont la parole. Lettres du front, 1917-1918, p.163).
Auteur : François BOULOC