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Comptoir national d'escompte de paris, emprunt national, 1918.

© Photo RMN-Grand Palais - J.-G. Berizzi - Droits réservés

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Titre : Comptoir national d'escompte de paris, emprunt national, 1918.

Auteur : Pierre Albert LEROUX (1890-1959)
Date de création : 1918
Date représentée : 1918
Technique et autres indications : Lithographie.
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 05-513821 / 733013

Banque d'Alsace et de Lorraine. Emprunt de la libération.

© Photo RMN-Grand Palais - G. Blot / Droits réservés

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Titre : Banque d'Alsace et de Lorraine. Emprunt de la libération.

Auteur : Jean-Jacques Waltz, dit HANSI (1873-1951)
Date de création : 1918
Date représentée : 1918
Lieu de Conservation : Musée national de la Coopération Franco-américaine (Blérancourt) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 05-518639 / Dsb25.31

  Contexte historique

Combler les déséquilibres financiers du premier conflit mondial 

Durant le premier conflit mondial, la France a financé son effort de guerre par l’emprunt préférentiellement à l’impôt. Les emprunts de guerre sont dits « perpétuels » : ils ne devaient pas être remboursés, mais servir une rente aux souscripteurs, à un taux fixe avantageux (autour de 5 %) au moins tant que l’inflation demeurait inexistante. Ce choix des ministres Ribot et Klotz (à partir de 1917) se révéla dangereux pour l’équilibre financier du pays au sortir de la guerre, mais il généra pendant le conflit une production d’œuvres de propagande aussi prolifique qu’intéressante du point de vue historique. Les illustrateurs sollicités convoquent des thèmes majeurs du patriotisme pour inciter les Français à souscrire à ces placements particuliers. 

Le quatrième emprunt, dit de la Libération, fut voté le 19 septembre 1918 et souscrit avant et après l’armistice (20 octobre – 24 novembre). Or dès la fin de l’été 1918, il est patent que l’Allemagne ne pourra plus gagner la guerre, sa grande offensive du printemps 1918 ayant été jugulée par les Alliés qui ont repris l’offensive et percé le front. Ceci explique que les affiches mettent l’accent sur l’Alsace-Lorraine, territoires dont la récupération était un des buts de guerre essentiels de la France.

  Analyse des images

Les provinces perdues, puis retrouvées, mises à contribution 

L’affiche du Comptoir National d’escompte de Paris est due à Auguste Leroux, artiste académique reconnu et auteur de nombreux nus féminins. Significative d’un art mis au service de la patrie, cette œuvre représente deux jeunes filles vêtues des costumes traditionnels des « provinces perdues », l’Alsace à gauche, la Lorraine à droite. Cette disposition est inversée par rapport à la configuration géographique, ce qui peut sembler curieux alors que l’intention allégorique est par ailleurs manifeste. La souscription est sollicitée « pour hâter la Victoire et pour nous revoir bientôt ». L’hirondelle estompée en bas à gauche apparaît comme un signe d’espoir en des lendemains meilleurs, soulignant ainsi le message général du document. 

Le cas de l’affiche de la Banque d’Alsace et de Lorraine nécessite quelques éclaircissements. En effet, l’entrée des Français à Strasbourg, thème central de l’illustration, ne s’étend que du 22 au 25 novembre 1918, soit à la fin et un jour au-delà de la période de souscription. Cette bizarrerie n’en est pas une, puisque l’illustration est en fait une reprise de celle faite par le fameux artiste alsacien francophile Hansi pour le troisième emprunt, celui de 1917. Le tableau composé rassemble tous les éléments d’une célébration du retour de l’Alsace à la France. Strasbourg, la ville longtemps perdue, est représentée avec ses maisons typiques à colombages, pavoisées comme il se doit de drapeaux français. Le cortège des soldats est ouvert par des enfants en tenue traditionnelle, et acclamé par la foule massée dans les rues et aux fenêtres. Deux soldats ont grimpé sur la tour droite de la cathédrale pour hisser les couleurs de la France, geste classique lors de la prise d’une ville. La liesse populaire n’occupe cependant pas toute la place, puisque, en bas à gauche, on voit deux Allemands (un père et son fils peut-être) qui fuient précipitamment avec quelques bagages et bibelots. Ils sont reconnaissables au chapeau tyrolien du plus grand et à la couleur gris-vert de leurs vêtements. Le tambour le plus à gauche au premier plan semble avoir repéré ces deux intrus et affiche un sourire satisfait devant leur fuite.

  Interprétation

Une vision lisse du retour de l’Alsace-Lorraine dans le giron français 

En 1914, la perte de l’Alsace-Lorraine n’était plus vraiment au centre des débats et préoccupations en France. Si elle était toujours considérée comme dommageable, « le refus de faire la guerre pour les provinces perdues était général, de sorte que la question était assoupie 1 » (Jean-Jacques Becker, 1914 : Comment les Français sont entrés dans la guerre, p. 62). Le basculement dans la guerre modifia bien sûr cet état de faits et tendit à réactiver ce mythe politique qui, parmi d’autres, permettait d’appuyer les nécessités de la mobilisation patriotique sur le long terme. 

Par la suite, l’entrée des armées françaises dans les provinces retrouvées a longtemps été envisagée comme un moment tout de fêtes et de solennité. Toutefois, si l’on déplace le point de vue depuis l’échelon des pouvoirs publics, où la propagande est conçue et structurée, jusqu’aux réalités du terrain, on observe de notables inflexions et contradictions par rapport à cette vue trop lisse. 

Les récents travaux sur la question montrent ainsi que l’entrée en Alsace et en Lorraine a été un moment très anxiogène. Les soldats français, empreints de préjugés contre une population germanisée depuis plus de quatre décennies, craignaient les gestes hostiles (francs-tireurs par exemple), tandis que les populations s’interrogaient sur la façon dont allaient les traiter ceux qui, par certains côtés, représentaient un nouvel occupant. Comme l’analyse Bruno Cabanes, « à ne considérer que les foules communiant dans la liesse, on risque d’oublier ceux (on ne sait combien ils sont) renfermés chez eux dans la crainte des troupes françaises ou cachés derrière leurs volets fermés : tous ceux que les soldats ne voient pas 2 » (Bruno Cabanes, La Victoire endeuillée. La sortie de guerre des soldats français (1918-1920), p. 110).

Auteur : François BOULOC


Bibliographie

  • Jean-Jacques BECKER, 1914 : Comment les Français sont entrés dans la guerre, Paris, Presses de la Fondation nationale des Sciences Politiques, 1977.
  • Jean-Jacques BECKER et Serge BERSTEIN, Victoire et frustrations, 1914-1929, Paris, Le Seuil, 1990.
  • Bruno CABANES, La Victoire endeuillée. La sortie de guerre des soldats français (1918-1920), Paris, Le Seuil, 2004.
  • Jean-Baptiste DUROSELLE, La Grande Guerre des Français, Paris, Perrin, 1998.
  • André LOEZ, La Grande Guerre, Paris, La Découverte, 2010.
  • Henri TRUCHY, Les Finances de guerre de la France, Paris, P.U.F., 1926.

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