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La Française.

© Musée d'Histoire contemporaine / Bibliothèque de documentation internationale contemporaine - Tous droits réservés

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Titre : La Française.

Auteur : Alice KAUB-CASALONGA (1875-1948)
Date de création : 1906
Lieu de Conservation : Musée d'histoire contemporaine / BDIC (Paris) ; site web
Contact copyright : Hôtel des Invalides, 129 rue de Grenelle, 75007 Paris, Tél : 01.44.42.54.92 / Fax : 01.44.18.93.84 ; site web

Les Françaises veulent voter !

© Musée d'Histoire contemporaine / Bibliothèque de documentation internationale contemporaine - Tous droits réservés

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Titre : Les Françaises veulent voter !

Lieu de Conservation : Musée d'histoire contemporaine / BDIC (Paris) ; site web
Contact copyright : Hôtel des Invalides, 129 rue de Grenelle, 75007 Paris, Tél : 01.44.42.54.92 / Fax : 01.44.18.93.84 ; site web

Sauvons-les !

© Musée d'Histoire contemporaine / Bibliothèque de documentation internationale contemporaine - Tous droits réservés

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Titre : Sauvons-les !

Lieu de Conservation : Musée d'histoire contemporaine / BDIC (Paris) ; site web
Contact copyright : Hôtel des Invalides, 129 rue de Grenelle, 75007 Paris, Tél : 01.44.42.54.92 / Fax : 01.44.18.93.84 ; site web

  Contexte historique

Le combat des femmes françaises pour l’égalité

Depuis le dernier tiers du XIXe siècle, les féministes françaises revendiquent l’égalité civile entre les hommes et les femmes, qui ne disposent alors d’aucun droit d’action en justice ou auprès de l’administration, et ne peuvent théoriquement contracter d’assurance ou recevoir une pièce d’identité sans autorisation de leur conjoint. En 1901 naît le Conseil national des femmes françaises et, petit à petit, le « sexe faible » obtient de nouveaux droits, sur fond de laïcisation et de démocratisation de la nation. Dans ce contexte paraît en 1906 le premier numéro de La Française. Journal de Progrès féminin, revue créée par Jane Misme. Mais c’est aussi au tournant du siècle que leur combat se concentre sur le droit de vote, avec la première proposition de loi l’offrant à toutes les femmes sans distinction, déposée à la Chambre en février 1914 suite à cinq années de pression par l’Union française pour le suffrage des femmes (UFSF). L’entre-deux-guerres voit le gel de l’avancée sur le terrain du vote, par crainte d’un retour en force du cléricalisme, tandis que progresse petit à petit l’égalité civique.

  Analyse des images

Le « progrès féminin », laïque et démocrate

Alice Kaub (1875-1948), artiste-peintre épouse d’un juriste, crée à la demande de Jane Misme une affiche pour l’appel à souscrire à la revue qu’elle fonde : La Française, dont le titre est stylisé selon les codes en vigueur de l’Art nouveau. Une silhouette féminine se présente de profil, l’air grave et mélancolique à la fois, parée d’un rouge franc dans lequel on doit voir un signe de la noblesse de son rang plutôt qu’un rappel de la révolution. Le drapé est économe, la sensualité dissimulée. Elle se détache comme sur le fond d’un décor de théâtre, le ciel nuancé du jaune solaire dominant un paysage rural crayonné en grisé. Elle coupe l’affiche en deux dans le sens de la hauteur et inscrit dans la scène un mouvement assez lent, presque imperceptible. Derrière elle flotte un foulard diaphane, devant elle les pétales tombant du bouquet de fleurs de tonalité similaire à sa robe opèrent une transition entre le titre et la raison sociale de la revue.

En noir et blanc, toute en texte, l’affiche Les Françaises veulent voter ! ne fait pas dans la suggestion, mais dans la démonstration. Au centre, une carte où apparaissent en noir la France et les nations d’Europe orientale, unies dans une même arriération politique tandis que l’ensemble des nations européennes, neuves ou anciennes, vainqueur ou vaincues, accordent aux femmes l’égalité civique. Le discours porté par l’UFSF livre des arguments centrés sur les femmes à gauche, centrés sur l’intérêt national à droite.

Assez typique des affiches du parti socialiste au début des années 1930, Sauvons-les ! se construit sur le contraste entre obscurantisme teinté de noir du monde clérical et espace aveuglant de blancheur de la République laïque. Ils sont séparés par un immense drapeau rouge, à la fois écran protecteur et, par ses volutes, flamme révolutionnaire toujours vivante. Le jeu de perspective réduit fortement la taille des enfants soumis à la chauve-souris ecclésiastique, à genoux, tristes ; à l’inverse, le garçon de la laïque, cuisse vigoureuse en avant, pratique le sport, sa jeune camarade resplendit de joie. Aux ailes crochues de la chauve-souris s’imposent le bras ouvert d’un République jeune dont le bonnet phrygien rouge n’est pas sans rappeler celui de la Liberté peinte par Delacroix tout juste un siècle auparavant.

  Interprétation

Le droit des femmes à construire leur image

Le dessin d’Alice Kaub est lourd d’enjeux : il donne à voir un progrès de la condition féminine dans la représentation : la silhouette n’est ni une allégorie, ni une princesse, ni une amante, ni une mère (ou ses avatars), ni une épouse, mais juste une femme. Un an plus tard, en 1907, les femmes obtiennent la maîtrise complète de leurs revenus et peuvent soutenir les diverses initiatives de structuration de l’espace public en faveur des libertés féminines. Les féministes françaises, à l’instar de leurs camarades britanniques, américaines, russes ou allemandes, utilisent volontiers les outils de propagande (meetings, affichage, presse pour public spécifique) qui peuplent désormais le quotidien des Français. En dépit de la volonté générale de récompenser à sa juste valeur l’effort consenti par les femmes pendant la guerre, la réforme du droit de vote reste bloquée au Sénat après la décision de la Chambre. Ce sont notamment les radicaux, auteurs de la séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905, qui redoutent le vote des femmes. En ces années de répression accrue de l’émancipation féminine au nom de la morale bourgeoise et catholique, les féministes descendent dans la rue et occupent l’arène médiatique. Elles reçoivent le soutien des socialistes, qui voient en elles le symbole de la défense laïque qui, avec la démocratisation, est outil de progrès social. Cécile Brunschvicg (1877-1946), présidente de l’UFSF à partir de 1924 et rédactrice en chef de La Française la même année, incarne ce féminisme réformiste. En 1936, elle devient l’une des trois premières femmes ministres, sous le gouvernement de Front populaire de Léon Blum. Mais il faut attendre 1944 pour que les femmes obtiennent le droit de vote.

Auteur : Alexandre SUMPF


Bibliographie

  • Christine BARD, Valérie NEVEU, Visages du féminisme réformiste, 1901-1940, Catalogue d’exposition (18 avril-30 avril 2001), Bibliothèque universitaire d’Angers.
  • Laurence KLEJMAN, Florence ROCHEFORT, L’égalité en marche. Le féminisme sous la Troisième République, Paris, Presses de la FNSP/des femmes, 1989.
  • Florence ROCHEFORT, « Laïcisation des mœurs et équilibres de genre. Le débat sur la capacité civile de la femme mariée (1918-1938) », Vingtième Siècle. Revue d'histoire 3/2005 (no 87), p. 129-141.

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