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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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Femmes de spectacle (6 études)

Joséphine Baker sur scène dans un cabaret à Paris pendant l’Occupation.
Joséphine Baker sur scène dans un cabaret à Paris pendant l’Occupation.

Cécile Sorel, de la Comédie-Française au couvent, en passant par le music-hall et le cinéma

Cécile Sorel. Cécile Sorel.
Cécile Sorel. Cécile Sorel.
Lucien PALLEZ.
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Cécile Sorel.

© Photo RMN-Grand Palais - H. Lewandowski

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Titre : Cécile Sorel.

Date de création : 1908
Date représentée : 1908
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 00-021768 / Pho1983-165-548-438

Cécile Sorel.

© Photo RMN-Grand Palais - F. Vizzavona

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Titre : Cécile Sorel.

Auteur : Lucien PALLEZ
Date de création : 1913
Date représentée : 1913
Technique et autres indications : Photographie de François Antoine Vizzavona
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 97-027441 / VZC9729

  Contexte historique

Contexte historique – Le portrait photographique au service d’une grande artiste

Poser dans l’atelier d’un photographe devient, à la Belle Époque, une pratique courante : les familles modestes se font immortaliser à l’occasion de fêtes et d’événements marquants, tandis que les nantis multiplient leurs portraits, à l’instar des personnalités politiques, artistiques et mondaines. Le portrait photographique permet aux célébrités d’entretenir et accroître leur popularité, soit-elle due à leur activité politique, à leur appartenance à la crème de la société, à leurs charmes ou à leur talent d’artistes ; en outre, la diffusion de cartes à l’effigie des personnages en vue donne une impulsion remarquable au phénomène de vénération des « stars » et au culte de l’image qui caractérisent la société contemporaine.

Parmi les femmes artistes du théâtre, la comédienne Cécile Sorel (de son vrai nom Cécile Émilie Seurre) connaît un très grand succès à la Belle Époque et dans l’Entre-deux-guerres. Aussi célèbre et éclectique que Réjane, Cécile Sorel incarne à la fois la France traditionnelle des grands classiques et la France moderne du spectacle des variétés. Née à Paris le 17 septembre 1873, Cécile Sorel joue dans plusieurs théâtres de la capitale avant d’entrer, en 1903, à la Comédie Française, où elle se produit jusqu’en 1933. Vestale du temple du théâtre français, Cécile Sorel brille dans tous les rôles classiques, notamment dans celui de la précieuse Célimène, dans Le Misanthrope de Molière : la comédienne s’identifie avec ce personnage, au point qu’elle affirme, non sans fierté, que « Célimène et Cécile se confondent déjà et s’inscrivent ensemble au fronton de la Comédie Française ».

Cécile Sorel quitte la Comédie Française à l’âge de cinquante ans, mais elle a toujours la fièvre du spectacle : elle se produit au music-hall à la demande de Sacha Guitry, qui en fait la vedette du Casino de Paris (la phrase « L’ai-je bien descendu ? », prononcée par Cécile Sorel au pied de l’escalier Dorian en 1933, devient célèbre) et lui ouvre également les portes du Septième art, en tournant avec elle le film Les perles de la couronne (1937) ; de plus, elle remporte un franc succès lors de ses tournées à l’étranger.

Éternelle coquette, Cécile Sorel réalise son rêve de noblesse en épousant le comte Guillaume de Ségur (1889-1945), neveu de l’écrivain Sophie Rostopchine et médiocre comédien sous le pseudonyme de Guillaume de Sax. Ses amitiés célèbres sont nombreuses : dans son hôtel particulier, quai Voltaire, elle reçoit, parmi d’autres, le comédien Maurice Escande, l’écrivain et historien de l’art Gustave Larroumet, les écrivains Maurice Maeterlinck, Émile Verhaeren et Gabriele d’Annunzio, ainsi que les hommes politiques Georges Clemenceau et Maurice Barrès. Personnalité importante de la vie artistique et du high life parisiens jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, Cécile Sorel joue le rôle de coquette à la scène comme à la ville, comme en témoignent les portraits photographiques et les précieux documents filmés qui nous restent d’elle.

  Analyse des images

Le portrait vivant de la coquetterie

L’énorme popularité de Cécile Sorel est célébrée par l’opération commerciale de l’enseigne de distribution Félix Potin, créée en 1844 par un jeune épicier qui, en 1860, inaugure la première grande surface commerciale parisienne. Félix Potin est aussi un précurseur dans la technique de fidélisation de la clientèle par le biais de cadeaux à collectionner : dès 1855, il offre à ses clients des cartes reproduisant des personnalités politiques, artistiques, sportives, à recueillir dans des cahiers-albums. L’image de Cécile Sorel figure dans la deuxième collection Félix Potin, sortie en 1908 : la comédienne, élégamment habillée, ne daigne pas fixer l’objectif : à mi-corps, de trois quarts à droite, elle tourne sa tête joliment coiffée dans la direction opposée, le regard perdu vers un point lointain et mystérieux. L’éventail qu’elle tient à la main droite effleure sa joue avec coquetterie.

Le sculpteur Lucien Pallez, né à Paris en 1853 et élève d’Eugène Guillaume et d’Aimé Millet, présente au Salon de 1913 ce buste qui célèbre Cécile Sorel en tant que parfaite incarnation de l’esprit du XVIIIe siècle. Rayonnante de beauté dans son costume de scène, le regard fier, Cécile est l’héroïne de la Comédie Française, dont elle est sociétaire depuis dix ans. Ce portrait nous rappelle les mots de la comédienne Béatrix Dussane (1888-1969) qui, dans une interview de 1966, définit son amie Cécile Sorel « l’avatar féminin du Roi soleil », en raison de l’éclat, du rayonnement et de l’autorité se dégageant de sa personne ; elle rappelle aussi la capacité de Cécile Sorel de porter avec élégance et crédibilité de somptueux – et très lourds – costumes inspirés du XVIIIe siècle.

Le cliché reproduisant le buste de Cécile Sorel a été réalisé par François Vizzavona, photographe officiel du Salon des Artistes français et de la Société nationale des Beaux-Arts. Éditeur, photographe et peintre, Vizzavona rachète en 1916 les archives d’Eugène Druet (1867-1916), photographe officiel d’Auguste Rodin et marchand d’art, qui, par une géniale intuition, a fait connaître les oeuvres de sa galerie à travers des reproductions photographiques de grande qualité. En 1957, Vizzavona vend son fonds à la Réunion des musées nationaux et devient le directeur de son premier service photographique ; depuis 2001, le Fonds Druet-Vizzavona est conservé au Fort Saint-Cyr, dans les Yvelines.

  Interprétation

Un esprit profondément théâtral, même après la conversion religieuse

Une longue crise spirituelle mène Cécile, après la mort de son mari, à entrer dans le Tiers-Ordre franciscain : elle prononce ses voeux en 1950, à la Chapelle des Carmes à Bayonne. Après avoir consacré ses dernières années à l’écriture de ses mémoires et à la prière, Cécile Sorel s’éteint paisiblement à Trouville-sur-mer le 3 septembre 1966, deux semaines avant son quatre-vingt-treizième anniversaire. Dans ses mémoires, Cécile réfléchit sur les illusions du théâtre : « nos rôles nous permettent de prendre trop de liberté à l’égard de notre humaine condition pour qu’un jour ils ne nous les fassent payer en nous entraînant dans le destin qu’ils composent en se succédant ». Cependant, même après sa conversion, Cécile ne peut pas renoncer au style déclamatoire et aux gestes majestueux qui ont accompagné toute sa carrière et sa vie entière ; l’élégante comtesse de Ségur, la charmante Célimène, la pieuse Cécile ne sont qu’une seule et même personne : Cécile Sorel, comédienne dans l’âme. Devant elle, même Oscar Wilde est intimidé, et avoue : « Vous êtes l’image de celle que j’ai fait vivre dans mes livres. Vous étiez devenue un mythe que je ne pouvais plus approcher. Je vous rencontrais dans mes nuits de création. Je vous connaissais mieux par ma Salomé que par la Comédie Française. […] Pour moi, vous étiez toutes les déesses, tous les êtres, tous les sexes, et toutes les âmes ».

Auteur : Gabriella ASARO


Bibliographie

  • Cécile SOREL, « Quand j’étais Célimène », extrait de Lectures pour tous, 1914.
  • Cécile SOREL, Les Belles heures de ma vie, Monaco, Éditions du Rocher, 1946.
  • Cécile SOREL, La confession de Célimène, Paris, Presses de la Cité, 1949.
  • Sylvie JOUANNY, L’actrice et ses doubles : figures et représentation de la femme de spectacle à la fin du XIXe siècle, Genève, Droz, 2002.
  • Thomas SCHLESSER, « Le Fonds Druet-Vizzavona », in Les nouvelles de l’INHA, n° 17, avril 2004, p. 22-25, disponible en ligne sur : http://www.inha.fr/IMG/pdf/numero17.pdf (consulté le 25 avril 2011).
  • Cécile Sorel évoque ses souvenir d'actrice à la Comédie Française, Document INA.
  • Hommage à Célimène (Cécile Sorel), Document INA.
  • Cécile Sorel, la comtesse de Ségur, Document INA.

Commentaires

Intriguée par ce destin qui rappelle celui de Louise de Lavallière, je prends connaissance de votre article, lequel contredit le titre puisqu'il semble que Cécile Sorel ne soit jamais entrée au couvent : elle devient tertiaire franciscaine à 77 ans. Remarquons que l'on entre pas au couvent à cet âge. Membre d'un tiers-ordre séculier, Cécile Sorel n'a donc pas prononcé de voeux, n'a pas pris l'habit, a poursuivi sa vie dans le siècle, quoique assagie par le cheminement spirituel. Il aurait été intéressant de souligner la générosité du tempérament qui transparaît sur son visage, dans sa carrière et vraisemblablement dans ses écrits.
silvie
Par silvie le 04/07/11 à 10h40 - #237

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